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Cameroun - Crise anglophone: Pourquoi les gendarmes paient le plus lourd tribut

Cameroun - Crise anglophone: Pourquoi les gendarmes paient le plus lourd tribut

26 membres des forces de sécurité, dont une dizaine de bérets rouges, sont tombés dans le Nord-ouest et le Sud-ouest en l’espace de quatre mois.

Ils payent le prix de leur rôle stratégique porté vers la traque des « sécessionnistes ».
Des forces de sécurité et de défense entravées dans l’exercice de leurs fonctions et menacées dans leur intégrité physique. Ces images choc inondent la toile depuis la fin de l’année dernière au Cameroun. Venus des régions du Sud-ouest et du Nord-Ouest du pays, ces clichés montrent la persistance du schéma meurtrier de la crise anglophone. Selon un bilan porté à la connaissance du journal Intégration par la Division de la communication du ministère de la Défense le 14 février 2018, 26 membres des forces de sécurité ont été tués par des séparatistes présumés en régions anglophones.
« Dans ce macabre décompte, commente un officier, la mort a touché les gendarmes et semble devenir, chaque jour, la métaphore d’un ennemi invisible dirigé contre eux ». Plus explicites, les statistiques tenues et mises à jour

par le secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) en charge de la gendarmerie fait état d’une dizaine de pandores tués entre novembre 2017 et mi-février 2018.


Sans précédent
« Depuis avril 1984, on n’a plus enregistré un tel chiffre », avance-t-on dans le haut-commandement. Où, ce chiffre montre que les activistes se réclamant de l’« Amazonie » attisent les brandons de la «haine du gendarme». Sur le sujet, certains officiers supérieurs estiment que ce dédain est adossé sur la place de la gendarmerie dans la chaîne de collecte du renseignement stratégique. Selon eux, ce corps spécial se situe à l’échelon du « traitement expert de l’information ouverte, laquelle constitue 95% du matériau indispensable de la gestion de la crise anglophone », souffle un haut-gradé, capitalisant sur quelques semaines sur le terrain, notamment dans le Nord-ouest. « Dans cette région, ditil, le mépris ne cesse de croître à l'égard des bérets rouges. Depuis le début 2018, au moins10 de nos éléments ont été agressés avec des armes ; 02 ont été tués, soit un bond de 0,7% par rapport à la même période de l'année précédente ».


Explications
Au chapitre des raisons, la crise anglophone a transformé certains espaces en propriétés des bandes et des caïds, « toute une frange sociale qui nourrit un sentiment confusément hostile envers les forces de l'ordre, singulièrement les gendarmes accusés de tenir des biscuits de première main », appuie un cadre du Sed. Dans la région du Sud-ouest, des sources sécuritaires locales indiquent que les trois gendarmes tués le 11 février 2018 à Kembong (département de la Manyu) étaient possesseurs de précieux renseignements sur les livraisons de cannabis aux jeunes activistes ambazoniens. « A cause de cela certainement, ils ont été abattus », croit-on savoir.
La palette des explications présente également les mouvements sécessionnistes comme des organisations très cloisonnées, avec des membres chargés de démasquer les faux transfuges et de lutter contre l'infiltration. « Dans tout mouvement indépendantiste, éclaire le Dr Idriss Fabien Essian de la Fondation Paul Ango Ela, le spectre de compétences correspond bien aux paradigmes du contre-espionnage. On développe plusieurs axes d'effort pour cela et on potentialise ces compétences par le biais de la mise en place de « capteurs » des renseignements parallèles; à l’aide de ces capteurs, le mouvement veille à ajuster ses répliques aux situations.
C’est la raison pour laquelle les gendarmes, agents de renseignement par excellence, (et mêmes des civils) sont leurs cibles ». Pour avoir mené, pour le compte d’un think tank britannique, une enquête (non encore publiée) dans les régions anglophones du pays entre mai et décembre 2017, Elie Stéphane Nlobesse, chercheur en géostratégie, nuance : « Si jusqu’ici les gendarmes ont payé le prix fort dans la crise anglophone, c’est que les sécessionnistes ont une idée figée de leur présence sur le terrain. Ils disent que la gendarmerie semble tenir le rôle d’étincelle pour une situation rendue inflammable par la surenchère militaire et la surdité légaliste des autorités ».
Au Sed, la situation est prise au sérieux. Depuis, apprend-on, en même temps que l’on se pose la question des failles pour éviter de nouveaux drames, des efforts budgétaires sont aussi consentis. Des instructions ont été données aux gendarmes sur le terrain de mieux doser l’emploi de la force. Dans cette démarche, avance-t-on en arrière- plan, chaque information est triée, validée et enrichie par des analystes chargés de « transformer le gisement brut des tuyaux en renseignements stratégiques ».


Jean-René Meva’a Amougou

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