Tribunal militaire : Ayuk Tabe et coaccusés renient la nationalité camerounaise

L’audience des 10 sécessionnistes interpellés depuis 11 mois au Nigeria a débuté hier. Ils se reconnaissent comme des citoyens de l’ « Etat de
l’Ambazonie » et non les Camerounais.

C’est parti depuis ce 6 décembre 2018 pour un long feuilleton judicaire dans l’affaire ministère public contre Julius Ayuk Tabe et les neuf autres
sécessionnistes interpellés depuis le 5 janvier 2018 au Nigeria. Ayuk Tabe, ingénieur informaticien, considéré comme le président de l’Etat imaginaire de l’Ambazonie et ses coaccusés sont arrivés au tribunal militaire aux environs de 9h30. Installés sur la place réservée aux prévenus, il s’en est suivi une phase d’échanges et d’accolade entre les avocats de la défense et certains membres de la famille. Entre temps, en dehors des avocats et d’autres personnels de la défense, toutes les autres personnes qui voulaient entrer hier dans la salle d’audience étaient obligées de consigner leurs téléphones auprès d’une gendarme assise à l’entrée. Derrière le téléphone portable, le gendarme prenait le soin d’écrire un numéro et vous remettait un bout de papier dans lequel le même numéro était inscrit. A la sortie de la salle, il fallait présenter le bout de papier remis à l’entrée pour pouvoir récupérer son téléphone. La consigne du départ était qu’au cas où le bout de papier se perd, vous ne pouvez plus récupérer votre téléphone portable. Les avocats qui étaient dans la salle avec leurs téléphones, étaient surveillés par les gendarmes et les gardiens de prison qui évitaient toute prise d’images avant le début de l’audience. Ils sont accusés d’apologie des actes de terrorisme, d’hostilité contre la patrie, atteinte à la sureté intérieure et extérieure C’est à 11h 22 mn que l’audience a débuté. Environ 100 avocats se sont constitués pour défendre les accusés. Me Fru John Nsoh, Claude Assira, Michelle Ndoki, Emmanuel Simh, Felix Agbor Bala figurent parmi les avocats de la défense. Ayuk Tabe était le premier prévenu à rejoindre le box des accusés.

Après avoir lu le nom de chaque accusé, la présidente du tribunal a donné tous les autres éléments de bibliographie comme le nom des parents, le lieu de naissance, la nationalité et le lieu de la résidence des prévenus. Dans les éléments que dispose le tribunal, les accusés ne sont ni Camerounais ni Nigerians. L’espace de nationalité est resté vide malgré le fait qu’ils sont tous nés dans les localités du Sud-Ouest et Nord-Ouest. Mais pour plus d’informations, la présidente du tribunal a voulu insister en demandant à chacun de préciser sa nationalité. Ils ont tous répondu qu’ils étaient du « Sourthern Cameroon Ambazonia ».

Après la présentation des prévenus et la constitution des avocats de la défense, un autre avocat du nom de maître Mangwa a pris la parole pour se
constituer à défendre les intérêts de l’Etat. Cette réaction de l’avocat constitué pour la partie civile a suscité une vague de réaction du côté de la défense qui conteste cette constitution en évoquant le règlement du barreau. « Etant donné que deux avocats sont poursuivis dans cette affaire, un confrère n’a le droit de se constituer du côté adverse au cas où il a reçu au préalable une autorisation du bâtonnier. Mais pour l’instant Me Mangwa n’a pas d’autorisation et ne doit pas parler » a relevé un avocat. Face à cette position de la défense, l’avocat concerné a répondu en disant qu’il avait déposé sa lettre et que selon la loi, quinze jours après le dépôt, le silence du bâtonnier est synonyme d’une autorisation.

La deuxième confrontation entre la défense et le ministère public a été observée au niveau de la liste des témoins à charge. La défense affirme avoir reçu cette liste hors délai c’est-à-dire le 5 décembre 2018, à la veille du procès. Les avocats de la défense estiment que les dispositions de la loi qui précisent que cette liste soit communiquée cinq jours avant l’ouverture des débats à la partie adverse n’ont pas été respectées. Ces avocats ont souhaité que le tribunal rejette cette liste communiquée hors délai. Le ministère public pour sa part a précisé que les débats n’étaient pas encore ouverts et que l’argument de la défense ne tient pas. Suite au débat occasionné par la liste des témoins, l’audience a été suspendue pour reprendre deux heures après. Dès la reprise, toutes les parties se sont entendues à ce que, l’audience soit renvoyée au 2 janvier 2019 pour ouverture des débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *