TOUS ET TOUTES DERRIERE LES LIONS !

Tous et toutes derrière les Lions ! Ce slogan a été récupéré par de nombreux commerçants, des hommes politiques ; comme une nouvelle chance pour le Cameroun de retrouver quelque part : derrière un slogan, des couleurs, un drapeau. Cet engouement qui prend le football pour ciment en dit long sur les frustrations, les manquements et l??absence de repères qui oblige tout un

peuple, à s??en remettre à la magie du ballon rond, qui comme on le sait ne tourne toujours pas dans le sens des sentiments nationaux, mais plutôt dans le sens de l??Histoire.
Et l??Histoire ? Ah l??Histoire, c??est bien là où le bât blesse. C??est bien elle qui n??arrive pas à réconcilier les Camerounais autour d??une bataille commune, des revendications communes susceptibles de cimenter les facteurs de l??unité du peuple.
L??actualité encore une fois cette semaine a charrié des évènements aux significations et sens complexes. Vues de manière immédiate, la grogne des motos taxis à Douala, la grève des étudiants et la violence de la répression à l??université de Yaoundé I, peuvent donner l??impression d??une accumulation de frustrations et d??un ras-le-bol, qui ne peuvent se conclure que par un éclatement, une explosion. Le Cameroun explorera-t-il ou implosera-t-il ? La question est sur toutes les lèvres et la préoccupation anime les débats de salon, sans que les postures intellectuelles n??arrivent à donner des réponses satisfaisantes à ces angoisses existentielles.
Mais comment mettre les faits en relation et établir une grille d??analyse ? Qu?? y a-t-il de commun entre la fébrilité unitaire derrière les Lions, le mouvement social qui s??agite et les bruits de palais qui veulent laisser croire à un possible scénario à la Eyadema, que pourrait utiliser une génération de chefs d??Etat africains, qui n??ont pas (ou pu?) préparer la transition et la succession. Comment expliquer le Cameroun et prévoir demain ? Les événements entassés dans les feuilles des quotidiens locaux permettent-ils de comprendre un tant soit peu le présent du Cameroun ?
La mobilisation derrière les Lions Indomptables traduit au moins une chose : il faut un repère aux Camerounais. Des balises. Entre répulsion et fascination, leur équipe constitue cette symbolique. Elle que l??on peut fustiger quand on veut et aduler comme on peut. Elle qui devient l??élément fédérateur de toutes les passions de Camerounais du Nord au Sud, de l??Est à l??Ouest. Qu??ils soient de l??opposition ou de la majorité gouvernementale. Eux qui sans plate-forme aucune, sans discours construit ont fini par constituer dans l??imaginaire d??un peuple le corpus de référence, les fondements d??appartenance à un pays qui doit construire sa nationalité.
Si les événements peuvent être analysés au niveau immédiat de leur ?? faisabilité ??, leur sens transfiguré par l??Histoire des hommes doit permettre de tirer des enseignements. Le principal des conversations de salons, des séminaires et autres mondanités de ??réflexion?? sur le Cameroun, se résume en une question : où va le Cameroun? Peut-on prévoir ce que sera 20111 ? Peut-on relier entre eux tous ces événements et faire une prospective sur l??avenir du pays ?
Mais avant cela, comment comprendre les polémiques autour de l??unité nationale ? Que faire de notre Histoire comme s??interrogeait de manière fort à propos Charles Ndongo, dans une des éditions de son excellente émission sur la CRTV ??Par ici le débat??? Oui au fond que faire de notre histoire et avons-nous une histoire commune ? Qui est vainqueur et qui est vaincu ? Le corollaire à cette question étant : sommes-nous prêts à nous approprier ensemble? Comment définir le Cameroun, au-delà du drapeau vert, rouge, jaune, des Lions Indomptables et du Président Paul Biya ? Qu??est-ce qui fait de nous une Nation ? Que partageons nous ensemble et qu??assumons-nous ?
La polarisation autour des faits et gestes des Lions Indomptables est un indice du déficit de repères, de construction symbolique dans la conscience nationale au Cameroun. Cette absence fait que beaucoup de Camerounais ne considèrent pas leur pays comme une Nation.
Or, une Nation, ce n??est rien d??autre qu??une construction. Un concept et une projection, que l??on alimente à coups de plate-forme, contrats, symboles et manifest destiny. De la même manière que l??on essaye de fabriquer autour des Lions le sentiment d??appartenance à une même nation : Tous derrière les Lions. Mais on le sait une équipe de football au vu de ses résultats, ne suffit pas à constituer la plate-forme qui s??impose aux hommes pour fonder leur nation.
Mais qu??est-ce que la nation en Afrique et au Cameroun aujourd??hui ? La question se pose avec d??autant plus d??acuité que l??on prédit pour l??Afrique centrale, des secousses telluriques qui mettront à mal, l??unité nationale et la ?? stabilité ?? légendaire ?? du Cameroun : alors que faire pour prévenir et construire ?
Un temps de réflexion, qui survole l??expérience réelle des peuples du Cameroun, et s??arrête sur ses mythes : le football comme opium, la division comme levier !
Deux facteurs qui rassemblent les peuples du Cameroun. prêts à fustiger avec toute la force, la mesquinerie et la verve qu??ils peuvent, les déboires de leur équipe nationale en même temps qu??à intervenir dans le système de réglage des stratégies, de la sélection de l??équipe nationale, etc.
Mais ces événements ponctuels, cette suspension du souffle, le temps d??un match, ne suffisent pas à bâtir une Nation, et encore moins à consolider l??autorité d??un Etat. Il y a des urgences qu??il faut résoudre : la question de notre passé commun et ce qui nous appartient. Les combats qui ont pu faire des Camerounais un seul et même être existent-ils ? Non ! C??est sans doute cette absence d??appropriation, de référence d??une cause commune, qui oblige les Camerounais à s??arrimer à l??éphémère : celui du succès ou de la défaite d??une équipe nationale qui n??a pas la capacité de porter le destin de la Nation.
Car le sport est ainsi : c??est toujours le meilleur qui gagne, malgré toutes les explications, la rage des supporters fanatiques et les gris-gris des marabouts. Mais bon, pourquoi pas encore et toujours : Tous derrière les Lions : qu??ils gagnent ou qu??ils perdent : est une façon de penser qui permet de s??accepter en tant que citoyens du Cameroun.

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