Succession à la chefferie Bangou : Le Premier ministre crée une commission d’enquête

NGAMBOU KEMAYOU Maurice Roi des Bangou

Les pendules sont remises sont à zéro, et ladite commission est chargée de trouver une solution raisonnée et consensuelle au conflit successoral qui mine cette chefferie des Hauts Plateaux depuis quatre ans.

Le préfet des Hauts Plateaux peut souffler un temps : la patate chaude que lui a filée son patron, le ministre de l’Administration territoriale, vient d’être retirée. En effet, les conséquences humaines et matérielles de la crise réveillée le 15 mars dernier par une instruction de Paul Atanga Nji ont amené le Premier ministre à réagir. Par arrêté n°032 du 7 avril 2022, Joseph Dion Ngute vient de créer « une commission d’enquête administrative chargée d’examiner les modalités de règlement du conflit de succession à la tête de la chefferie Bangou ». Ceux des notables et surtout ces élites qui pensaient que leur camp a gagné vont être déçus d’apprendre que celle-ci va se rendre à Bangou et ailleurs, « afin de recueillir et recouper toutes les informations propres à établir la matérialité des faits ».

Dans le détail, prescrit le Pm, la commission va « entendre tout chef coutumièrement apparenté à la chefferie Bangou ou à l’autorité morale et traditionnelle établie dans la région, susceptible de l’édifier sur les mécanismes coutumiers de dévolution successorale au sein de cette chefferie ». Or l’on se souvient que les chefs supérieurs Bazou et Bamendjou, notoirement impliqués dans l’affaire et qui avaient fait des sorties, avaient été pilés au vinaigre par des scribes qui leur niaient toute compétence dans les affaires de leur village.

Ensuite, la commission va « entendre toute personne physique ou morale susceptible de contribuer à la manifestation de la vérité ou l’apaisement au sein de la communauté Bangou. Retracer les événements de consultation des notabilités coutumières du 28 janvier 2019, en questionnant le contexte dans lequel ladite consultation a eu lieu, le rôle et la compétence de l’autorité administrative qui y a procédé, la légitimité des candidatures des deux chefs désignés et celle des notabilités impliquées dans cette double désignation, à la lumière de la coutume des parties et de la réglementation en vigueur ». Il s’agira d’ « établir les responsabilités d’une consultation manifestement menée dans la plus grande confusion » et « faire des propositions concrètes » pour le règlement de ce conflit successoral.

Le Directeur des Affaires Administratives et des Requêtes assure la présidence de cette commission qui inclut le gouverneur de l’Ouest, le préfet des Hauts Plateaux, le Sous-préfet de Bangou, un collège de trois chefs de 1er degré de la Région, un collège de deux chefs de 2ème degré choisis par leurs pairs ; un représentant du cabinet du Pm, trois représentants du Secrétariat général, le directeur de l’organisation du territoire au Minat, ainsi que des représentants du Sed et de la Dgsn « relevant des unités spécialisées dans le renseignement ». Pour la préparation et la gestion matérielle de la mission, la commission dispose d’un secrétariat technique et travaille sous l’autorité du Secrétaire général des services du Premier ministre (Sg/Pm).

Désaveu

« La commission dispose d’un délai d’un mois pour l’accomplissement de sa mission, à compter de la mise à disposition effective de son budget de fonctionnement ». Au terme de cette période, elle adressera au Chef du gouvernement « un rapport complet » assorti de propositions de règlement accepté du conflit de succession. En rappel, le 28 janvier 2019, lors des obsèques officielles du chef Tayo II Marcel, deux chefs furent arrêtés et intronisés dans un cafouillage inouï et la violence. Arnaud Tchihou Tayo, fils du défunt et Maurice Ngambou Kemayou, fils de Paul Bernard Kemayou, chef déchu mort en exil à Conakry en 1985, attendent depuis lors la reconnaissance des pouvoirs publics. Une tentative récente du Minat d’adouber le premier a conduit à une révolte des villageois, des actes de vandalisme et de violence. Une quinzaine de personnes fut blessée et le chef de poste de gendarmerie de Balambo a perdu son poste, après avoir tiré sur un manifestant.

C’est maintenant que l’on découvre une lettre antérieure du Sg/Pm, qui sur instructions, demandait au Minat de « rapporter les termes de (sa) lettre (au préfet des Hauts Plateaux), qui ont pu être interprétés comme une partialité manifeste de l’administration dans un conflit de succession ouvert, pour la résolution duquel elle s’attelle pourtant à donner une réponse juste et pérenne ». Cette lettre lui impute l’escalade de violence observée depuis le 15 mars 2022.

Franklin Kamtche / 237online.com

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