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Source : MINSANTE Cameroun -
Mise à jour : 29 juin 2020
EconomieSport

Stade d’Olembé: Mouelle Kombi et la grosse arnaque de Magil

Trois mois après avoir repris le chantier en procédure d’urgence, des doutes pèsent sur la capacité de l’entreprise canadienne à respecter les délais contractuels.

Après avoir pompeusement résilié le contrat de construction de l’infrastructure octroyé au groupe italien Piccini pour le confier à l’entreprise canadienne Magil en procédure d’urgence, le ministre des Sports et de l’éducation physique et non moins président du Comité local d’organisation de la Can 2021, constate que sauf miracle, le joyau de 60 000 places ne pourrait être livré dans les délais contractuels.

Un chantier toujours en chantier

Il faut jouer de ruse pour franchir le poste de sécurité installé à l’entrée du chantier et contrôlé par quatre vigiles vêtus aux couleurs d’une société de gardiennage bien connu dans la ville de Yaoundé. Comme l’indique une plaque signalétique tout en face, l’accès au site qui abrite le stade d’Olembé est « interdit au public ». En dehors des ouvriers et quelques cadres de la société Razel, identifiables à partir de leur uniforme ou à bord leur 4×4, les entrées sont filtrées et conditionnées par la présentation d’un badge, d’un ordre de mission et l’enregistrement systématique
des plaques d’immatriculation des véhicules étrangers. Au vu de toute la polémique que l’infrastructure charrie depuis 2016date à laquelle les travaux ont démarré, les journalistes ne sont pas les bienvenus ici. Exception faite s’ils sont embarqués dans la délégation du Comité de site que dirige Naseri Paul Bea, le gouverneur de la région du Centre.

Ce vendredi 06 mars 2020, le premier fait marquant, c’est que le bureau de recrutement construit en matériel provisoire, est fermé. Motif ? « Magil ne recrute plus la main d’œuvre pour le moment. Elle n’en a pas besoin puisque les travaux qui sont effectués actuellement sont uniquement confiées à des ingénieurs chevronnés et non à de simples tacherons », confie sous cape, un technicien en soudure métallique recruté dans une société sous-traitante de l’entreprise canadienne il y’a un mois. On annonçait pourtant il y’a quelques jours, des enrôlements de « manœuvres » à la pelle, question de tripler les effectifs, renforcer la main d’œuvre et boucler les travaux dans l’espoir de respecter les délais contractuels. Que nenni ! Ce qu’on observe c’est l’impressionnant balai des camions bennes transportant du sable fin.

Une vingtaine en moyenne par jour. Pour savoir à quoi il servira, il faut coller au train ces engins qui vont déverser leur contenu à quelques mètres des deux stades annexes, actuellement en cours de finition. Pour l’heure, les travaux de drainage de l’aire de jeu se poursuivent. Les différentes canalisations ont été totalement recouvertes de gravier et de sable sur les trois quarts de la surface. Une fois le sable convenablement réparti, va s’enchaîner l’ensemencement du gazon prévu pour le courant du mois d’avril. « Une pelouse dont les semences vont arriver des Etats-Unis dans les prochains jours par fret aérien », apprend-on. Si toutes les voies d’accès et l’imposant parking de plus de 800 véhicules sont bitumées et les lampadaires d’ores et déjà installés, les inquiétudes persistent quant à la finition du gros œuvre. Faute de guide pour orienter notre visite inopinée, force est tout de même de constater que c’est une ambiance de cimetière qui règne sur le site.

2 -Recrutement des ouvriers : le grand bluff

Sur plus de 200 mètres, pas une âme qui vive. Intrigant quand on sait que l’infrastructure est censée être livrée à la Confédération africaine de football (Caf) au mois de juillet prochain, soit cinq mois avant le coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations 2021 comme le veulent les usages. Où sont donc passés les 1000 employés annoncés par Magil au moment où il prenait le contrôle en décembre dernier ? N’était-ce finalement qu’un coup de bluff voire un simulacre savamment tissé pour faire bonne presse ?Nos confrères du quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, dans la livraison de jeudi 5 mars 2019, renseignent que « des experts italiens ont rejoint la semaine dernière, les 900 ouvriers camerounais et 22 expatriés présents sur le site ». 237online.com Des transalpins qui vont mener à terme les opérations liées à la charpente métallique sur lesquels vont reposer les panneaux décoratifs de l’enveloppe de la future enceinte de 60 000 places couvertes. Au niveau de la tribune ouest, une rangée de sièges endommagés a été retirée. Juste en-dessous, les travaux de finition sont en cours dans les vestiaires. Il s’agit notamment des opérations de plomberie et de carrelage. Si l’imposante architecture donne quelques lueurs d’espoir dans l’esprit des visiteurs, notamment avec tous les sièges recouverts qui ont été installés depuis plusieurs mois sous Piccini avant l’arrêt des travaux au mois de juin 2019, la pelouse verdoyante tant annoncée sur l’aire de jeu n’est encore qu’un rêve qui tarde à se matérialiser. Pendant ce temps, « l’acoustique dans les deux terrains d’entraînement est rythmée par les bruits des scies électriques à métaux et des excavatrices. Sur place, on peut voir les mats d’éclairage en cours de montage. Ils seront dressés dans les prochaines semaines. Les façades extérieures des tribunes des deux terrains ont reçu une couche de peinture rouge le terrain B et jaune sur le terrain A. Il est actuellement apporté à la charpente de la tribune de cette dernière, des réparations mineures à l’aide d’une nacelle élévatrice. Sur l’aire de jeu, on procède au décapage de la couche de sable jugée de mauvaise qualité après analyse », apprend le journal à capitaux publics, présent mercredi dernier, lors de l’inspection du stade conduite par le ministre des Sports.

Du sable de carrière qui sera remplacé par du sable de rivière avant de procéder à l’ensemencement. Une situation que ne connaît pas l’aire de jeu du terrain A. « Son gazon quelque peu défraîchi reçoit des boutures du stade de la Réunification pour retrouver intégralement sa verte couleur.On parle même que le gazon devrait être planté au mois d’avril ». Annoncé en fuite depuis quelque temps, Franck Mathière, vice-président en charge des opérations internationales à l’entreprise canadienne Magil était bel et bien présent sur le chantier du stade d’Olembé. L’homme qui jurait qu’en fin décembre, l’engazonnement de l’aire de jeu, avec la fin des travaux de drainage et d’assainissement prendraient corps, revient de plusieurs semaines de vacances en Thaïlande.

Embarrassés et se sentant piégés, ses collaborateurs restés sur place étaient obligés de « jongler », le temps que leur boss ne revienne. Et comme par pure coïncidence, le français est revenu pile poil pour conduire la visite d’inspection du Minsep mercredi dernier.Visite au cours de laquelle l’on a appris qu’après l’audit des infrastructures sportives en construction, l’évaluation des différentes nécessités et la recherche des solutions, « l’entreprise Magil est dans la phase opérationnelle de son plan de travail ».

3 -Le complot contre Piccini ( ?)

Au moment où Magil tente désespérément de berner le public de belles promesses non sans offrir des assurances quant à sa capacité opérationnelle à respecter les délais, l’histoire nous rappelle que cette même entreprise a obtenu en gré à gré le marché de la pénétrante Est de Douala. Un temps attribué aux chinois à 34 milliards Fcfa, bien en deçà des propositions de Razel campé sur 42 milliards Fcfa, on ne sait par quelle alchimie Magila réussi à se voir confiée le même marché à 56 milliards Fcfa. Là où le bât blesse, c’est qu’à Olembé, Piccini a été mis sur la touche par le ministre des Sports et de l’éducation physique en fin novembre 2019 pour son « incapacité à livrer l’infrastructure dans les délais contractuels ». Dans la foulée, les prestataires, las d’attendre de rentrer dans leurs droits, ont engagé une procédure judiciaire aux conséquences explosives.

Une situation qui rappelle le chemin de croix de ces entreprises camerounaises sur le stade de Bépanda à Douala. Plusieurs ont travaillé sans être payées, bercés par l’illusion des pseudos contrats résiliés unilatéralement et des menaces qui s’en sont suivis. « Après avoir surexploité ses sous-traitants, au moment de payer, Frank Mathiere n’hésite pas à convoquer les entreprises pour les menacer d’accepter le deal qu’il leur propose sinon ils ne seront pas payer de toutes les façons. Il n’hésite pas à mettre en avant ses relations avec les pontes du régime », révèle une source au sein du Cocan. Plusieurs analystes soutiennent d’ailleurs que le chantier du stade de Bépanda est loin d’avoir été un modèle pour que Magil dont on attend toujours les bruits de ses imposantes grues mécaniques retentir sur le chantier, se voit confier celui d’Olembé, malgré les défaillances de Piccini qui ne demandait que près de 40 milliards Fcfa pour finir le stade. 237online.com Parlant de Piccini justement, parmi les manquements énumérés par celui qui est par ailleurs président du Comité local d’organisation de la Can 2021, « l’arrêt des travaux non autorisé par le maître d’ouvrage, l’abandon du chantier dûment constaté par voie d’huissier et par procès-verbal administratif, la défaillance de l’entreprise caractérisée par le non-respect des engagements contractuels et des ordres de services du rapportant, la sous-traitance avérée des prestations contractuelles sans autorisation du maître d’ouvrage, la violation de la législation caractérisée par l’accumulation des arriérés de salaires des travailleurs ». S’appuyant sur les procès-verbaux d’évaluation des ordres de service et des réunions mensuelles, Mouelle Kombi bottait en touche une entreprise pourtant présentée au début de l’idylle comme l’un des leaders de la construction des infrastructures dans le monde. Elle qui cumule des états de services incontestables en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique. Des aéroports en Italie, des hôtels à Paris, en Guinée Équatoriale, des Stades en Irak, et ailleurs ne font-ils pas partie de leur portfolio ?

Il y’a un mois, une correspondance signée de Makon-nenAsmaron, le patron du groupe Piccini exigeait des explications de Paul Biya en vue de savoir si l’ordre de prendre en otage ses collaborateurs et de saisir le matériel et les équipements de son entreprise émanait de la présidence de la République. «… Après une décision abusive et non fondée de nous retirer le marché de construction de la Can 2021 (…) financé par le gouvernement italien, à notre grande surprise, et en violation des règles qui régissent ce type de marché, une décision unilatérale a été prise en faveur d’une entreprise canadienne alors que la construction suivait son cours», se lâchait le Pca du constructeur italien. Lui qui disait avoir choisi de rester de son plein gré au Cameroun depuis le mois de novembre, date de la rupture du contrat, question d’honorer les dispositions contractuelles qui la lie au pays de Samuel Eto’o, dans l’attente d’une « décision objective et amiable » venant du « premier sportif camerounais ». Chaud devant !

Christian TCHAPMI

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