Sa Majesté TCHOUA KEMAJOU, Roi BAZOU: " C'est moi qui désigne le Fo'o à Bangou " - 237online.com
Société

Sa Majesté TCHOUA KEMAJOU, Roi BAZOU:  » C’est moi qui désigne le Fo’o à Bangou « 

Dans une interview coup de poing, le chef supérieur Bazou, au centre de la controverse de la succession à la chefferie Bangou met les points sur les “i”.

L’homme est au centre de la controverse qui secoue les fils et filles Bangou au sujet de l’arrestation de leur Chef supérieur le 28 Janvier dernier.

Traitre ou héros ? A chacun de qualifier Sa Majesté Tchoua Kemajou Vincent, ci devant le Roi Bazou. Dans les lignes ci-contre, il s’explique. A en croire ses propos sur la situation du Royaume Bangou et de deux la’akam où se trouvent deux chefs qui suivent les rites traditionnels, il urge que les choses soient mises au clair.
Pour lui, si les chefs traditionnels ont hérité des institutions, il est grand temps que ces derniers se retrouvent autour d’une même table pour regarder vers la même direction. Même s’il est clair qu’aujourd’hui, certains ont les mains liées parce qu’ils doivent faire entendre leurs voix en passant par les lobbies politiques pour avoir une école, un point d’eau, ou encore de l’électricité qui sont des quêtes en vue de l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. Mais la question fondamentale est de savoir s’ils peuvent mener ą bien leur projet sans des accointances politiques ? Le mal est d’autant plus perceptible quand on sait que les brigades anti-sardinards ont été créées pour lutter contre ces chefs qui, au quotidien, pactisent avec le pouvoir en place au grand dam de leurs populations. Au delą de la crise de la succession de feu Tayo Marcel à la chefferie Bangou, le Roi Bazou profite dans cet entretien pour lancer un vibrant appel ą ses homologues chefs traditionnels de la région, ainsi que ceux d’ailleurs, pour que l’autorité des chefs soit restituée. Pour lui, l’histoire de la chefferie Bangou devrait nous interpeller tous de notre vivant. La véritable question qu’il faudra déją se poser, c’est comment va se passer la sortie des deux chefs après neuf semaines, si rien n’est fait justement par l’administration ? Bangou court le risque d’avoir d’un côté un Fo’o choisi par l’administration et de l’autre cōté un autre choisi par le peuple. Retenons que l’histoire d’un peuple ne doit pas être tronquée…

Dans un entretien accordé à Ouest Echos, Sa Majesté Tchoua Kemajou revient sur la crise de la chefferie Bangou, et réitère qu’il est le facilitateur dans le processus de désignation des Chefs dans ce groupement. Il interpelle les autres chefs à regarder dans la même direction pour sauver la chefferie traditionnelle et éviter le pire.

Ouest Echos : Sa Majesté Roi des Bazou, est ce que vous pouvez nous apporter des éclairages sur la crise de succession à la chefferie Bangou?

S.M Tchoua Kemajou Vincent : Je vous remercie très sincèrement !
Vous me donnez là l’opportunité de me faire entendre et expliquer au monde ce que je représente pour la chefferie supérieure Bangou. D’entrée de jeu, je dirai que Bazou fut créée par l’adjoint au chef supérieur Bangou. Ne se sentant pas à l’aise parce qu’il voulait aussi être chef, il s’est donc retrouvé à Bazou. Je suis le 11e Chef de la dynastie. Donc je suis un chef allié à Bangou depuis la fondation du groupement Bazou. Pour la petite histoire, et ce que je connais, Bangou serait partie d’une sous chefferie dans le groupement Baleveng, et le chef qui a fondé le groupement Bangou n’était pas de cette sous chefferie. Il est tout simplement parti du village en aventure pour se retrouver en train de créer le peuple Bangou, d’où la naissance de notre père géniteur. Voila ce que je sais !

Sa Majesté, si nous revenons dans l’histoire, dites nous comment est-ce que vous avez été désigné comme chef Bazou ?

Quand mon père décède en 1984, en réalité c’est le Roi Bangou qui devrait venir m’installer suivant les us et coutumes. Mais malheureusement, comme celui qui était là n’assurait que l’intérim, il ne pouvait pas le faire. Je parle bien de feu Tayo Marcel qui n’avait pas en réalité le pouvoir de venir m’installer. Donc c’est le conseil des sept et des neuf accompagné pour la circonstance des Roi Bamena, Bangoulap qui sont venus m’installer en 1984. Pour tout ce qui concerne le Royaume Bangou, je vous dirai qu’en 1995, quand j’ai reçu les notables de la cour royale Bangou à la chefferie Bazou, ils étaient venus me remettre les restes mortuaires du Fo’o Kemayou Paul Bernard qui était décédé en Guinée Conakry. Et c’est à partir de ce moment que j’ai compris qu’il y avait problème à la chefferie Bangou. En cette même période, j’étais encore tout jeune et ne pouvait pas me décider seul. Je suis allé voir le feu Roi Bamena et Bangoulap, nous sommes allés voir le chef Bangou pour restituer les restes mortuaires au chef Tayo. Et pour cela, nous avons passé deux semaines à négocier avec lui sans suite favorable. Je me souviens qu’en 2001, il y avait un arrêté préfectoral signé du 28/02/2001, mettant sur pied une commission chargée d’examiner et d’arrêter les modalités pratiques pour garder les restes du Roi Kemayou Paul Bernard. Cette commission ayant à sa tête le préfet n’a pas pu prospérer à cause du refus de Tayo Marcel qui s’en était farouchement opposé. Voilà le paradoxe ! C’est moi qui ai gardé les restes mortuaires de Paul Kemayou depuis 25 ans.

Aviez-vous cherché à savoir le problème qui existait ?

Les raisons qu’il avançait étaient que feu Roi Kemayou était destitué et condamné à mort. Or il avait oublié qu’en 1982, après l’accession à la magistrature du président Paul Biya, il a proclamé en 1983 une amnistie générale où tous les Rois ont profité tels que Mayi Matip chez les Bassa’a, et chez les Bamiléké on connait le cas des Rois amnistiés de Baleveng, Bandenkop et même Bazou, parce que mon père avait été aussi destitué pour des raisons politiques. Donc en 1985 quand Le Roi Kemayou est mort, il n’était plus en exil mais plutôt à l’étranger, puisqu’il avait déjà obtenu la grâce présidentielle. C’est pour cette raison qu’après avoir lu les textes du chef de l’Etat qui ordonnaient le rapatriement du corps au Cameroun pour aller l’exhumer comme on le fait selon notre coutume, la famille royale était venue me donner les restes en 2001. Malgré que l’Etat s’en soit mêlé, nous n’avions jamais eu une suite favorable.

Pendant ce temps, quel type de relation entreteniez-vous avec le feu chef Tayo Marcel ?

Vous savez, c’est un mystère. Vous connaissez, c’est l’histoire du père, du fils et du Saint d’esprit qui se passe à Bangou. Parce que je n’ai pas compris l’inertie de la population, des notables et même des élites sur le silence. J’avais de bonnes relations avec lui parce qu’il assurait l’intérim. Je partais régulièrement lui rendre visite et il n’y avait pas de problème particulier entre lui et moi. Je l’avais toujours considéré comme mon père. La seule chose est que, j’ai gardé les restes mortuaires du Roi Kemayou pendant 25 ans jusqu’au fatidique jour du 24 Janvier où j’ai interpellé les neuf et les sept de la cour royale parce que les obsèques de feu Tayo étaient déjà programmées. Mais que devrait-on faire des restes du Roi Kemayou ? C’est ainsi que les restes ont été gardés au panthéon des souverains Bangou. Par ailleurs, j’apprécie l’initiative du 4em vice président de l’assemblée nationale Theodore Datouo avec le patriarche Nana Sinkam, qui se sont battus afin qu’ensemble nous trouvons des solutions. Et effectivement pour cette réunion tenue à la salle des actes de la mairie de Bangou le 10 décembre, et à la sortie de cette réunion trois commissions avaient été mises sur pied. D’abord la commission de réconciliation, de l’organisation des obsèques et celle chargée de l’arrestation. Pour cela, l’assemblée avait donné deux semaines pour la restitution des travaux en commission. Mais sauf qu’entre temps, le préfet des Hauts Plateaux est décédé et on devrait tout simplement sursoir, et attendre qu’on enterre le préfet, nommer un nouveau préfet afin qu’on continue avec la procédure, ce qui rendait la suite des préparatifs assez difficile.

Sa Majesté, est-ce que vous pouvez nous parlez maintenant du déroulement du transfert de la dépouille mortuaire du feu Roi Kemayou Paul Bernard ?

Alors le 24 janvier 2019, les restes sont remis à papa Tassakou qui remet lui aussi à ceux qui sont habilités à inhumer en présence du sous-préfet de Bangou, des forces de maintien de l’ordre, du 4em vice président de l’assemblée Hon Datouo. D’ailleurs, il nous a facilité la tâche afin que cela se passe dans de très bonnes conditions. Et pour cela, je le remercie de tout cœur. Après avoir gardé les restes, j’ai ordonné que le lendemain, c’est à dire le 25 Janvier, qu’on annonce les deux deuils à savoir celui du Roi Paul Bernard Kemayou et Tayo Marcel. Nous avons fait les tours de deuil en tapant le Belier. Je voudrais attirer votre attention pour que vous compreniez que, dès lors que j’avais fait remettre les restes mortuaires de feu Roi Kemayou au sanctuaire, cela voudrait tout simplement dire que ses propres fils étaient déjà éligibles puisque leur père était chef. C’est pour cette raison que malgré la précipitation, le notable qui était habilité à arrêter le chef et me remettre, l’a fait et a choisi parmi les fils du feu Roi Kemayou parce que le corps de ce dernier repose au panthéon. Je pense que s’il n’y avait pas un flou à ce sujet, j’aurais souhaité ardemment qu’avec le décès du préfet qu’on puisse sursoir l’évènement parce qu’il y avait déjà une plaie inguérissable dans la famille royale.

Sauf que toutes ces déclarations sont balayées d’un revers de main, parce que dit-on vous n’êtes pas habilité à accomplir les missions dans le processus de désignation des chefs dans la chefferie supérieure Bangou

Je suis en train de vous dire qu’en 1935, c’est mon grand père le Roi Nana qui avait procédé à l’arrestation du Roi Bangou, et c’est le
notable habilité à le faire qui avait remis le Roi Sinkam Charles à mon grand père Nana. Il y a encore des témoins vivants, le peuple le sait.
J’irai plus loin en 1950 quand le souverain Sinkam était mort, c’est le même notable qui est venu remettre Kemayou Paul Bernard à mon grand père Nana pour aller l’installer, et le 28 janvier c’est ce qui s’est passé avec moi-même. Que celui qui peut nous apporter le contraire de tout ce que je dis, le fasse. C’est toujours Mbeu Youkep. J’aimerai vous poser une question pour éclairer la lanterne de vos lecteurs, le chef Tayo qui est mort dernièrement a succédé au chef Djomo, mais je voudrais bien savoir quel est le chef que Djomo a succédé ? Je sais que Kemayou a succédé à Sinkam, parce que c’est de père en fils.

Depuis le 28 janvier dernier un doigt accusateur est pointé sur vous comme l’auteur de cet imbroglio. Quel est votre vœu le plus ardant face à cette situation ?

Mon vœu le plus ardant comme par le passé, c’est que le gouvernement prenne ses responsabilités, parce qu’il avait été écrit au préfet de voir dans quelle mesure rassembler toutes les parties prenantes pour une sortie de crise. Mais en ce qui me concerne, je pense que l’Etat camerounais doit nous aider à sortir de cette crise à travers la légalité républicaine, parce que le problème de la chefferie ne revient pas aux élites. Je ne comprends pas toujours cette précipitation. Je connais des chefferies comme par exemple à Batcham où on a mis un collège de notables pour assurer la régence même si cela dure dix ans. Le gouverneur et le préfet doivent réunir toutes les parties prenantes à savoir toute les familles royales régnantes de Sinkam à Tayo pour les auditionner. La solution sortira de là et non du politique. Parce qu’actuellement, les notables de cour sont voués à la mort parce qu’ils avaient déjà bu le cadi au temps de feu Tayo qu’après sa mort, ils ne changeront pas de testament. Ils sont donc condamnés et quand on dit que le chef Tayo a fait 39 ans c’est faux. Il a fait six ans d’intérim. Et si en 1985 on venait enterrer les restes du Roi Kemayou Paul Bernard, il sortait de la chefferie. Mais les 25 autres années qu’il a passées étaient illégales, parce qu’on devrait taper le tamtam et procéder immédiatement à l’arrestation du nouveau Fo’o. Moi le 25, j’ai tapé le deuil du Roi Kemayou avec le bouc devant les autorités, le 4em vice président de l’assemblée nationale Théodore Datouo. Que celui qui peut également m’apporter le contraire le fasse. À la chefferie Bangou, c’est Mbeu Youkep qui est habilité à arrêter le chef. Mais du vivant du fo’o, il peut confier sa dernière volonté aux sept et aux neuf, mais ce n’est pas eux qui sont chargés d’arrêter le chef. C’est Mbeu Youkep qui m’a remis le successeur du Roi Kemayou et que j’ai remis aux ayant droits pour le conduit au la’akam où il a passé deux heures de temps avant que le vice président qui n’est pas parmi les sept et neuf, même pas fils du chef s’est introduit frauduleusement au la’akam en compagnie des forces de maintien de l’ordre.

Au regard de tout ce qui se passe en ce moment, en tant que Roi, aviez-vous des projections à l’avenir ?

Evidement je pense qu’on dit toujours qu’à quelque chose malheur est bon. J’en ai connu beaucoup de cas, et il faudrait qu’à l’avenir les Rois prennent leurs responsabilités pour mettre fin à ce genre de situation et que la politique ne se mêle plus de la tradition. Le Roi Kemayou est parti le même jour avec le Roi Bandenkop, et après la grâce présidentielle de 1983, il est revenu et on a fait partir l’autre. En 1985 le Roi Kemayou en est mort. Mais s’il revenait, le chef Tayo partait de la chefferie Bangou. Or Nana Sinkam qui était son adjoint ne pouvait pas devenir chef. Ce que les gens doivent savoir à Bangou aujourd’hui, c’est que je suis le seul chef à arrêter le Roi et je l’ai fait. Et même si dix autres chefs sont arrêtés, je sais que j’ai déjà fait l’essentiel.

Que pensez-vous de la politique qui domine peu à peu sur l’autorité traditionnelle ?

Vous savez, nous avons hérité des institutions. Pour la petite histoire, j’avais fait un voyage en Côte d’Ivoire et je me suis rendu compte qu’il y avait un conseil national des chefs supérieurs. Ils sont reconnus en tant que tels à l’assemblée nationale, et ils ont un droit de regard sur les actions du pays sans être députés, sénateurs ou maires appartenant à un parti politique. Mais aujourd’hui, il est grand temps que nous nous regardons les yeux dans les yeux pour nous décider et parfois pour des besoins que nous connaissons tous. On est obligé de se prostituer parce qu’on a besoin d’un point d’eau, d’une école. Il faut chanter la chanson du parti au pouvoir.

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Source
Interview réalisée par René MBONDJEU
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