Le procès Martinez Zogo a basculé ce jour au Tribunal militaire de Yaoundé. À la demande du Commissaire du gouvernement, le Pr Bell Bitjoka, expert en cybercriminologie, a projeté devant la salle des extraits vidéo tirés des téléphones des accusés. Des images montrant le journaliste en sang, suppliant. Des pleurs ont éclaté. La salle n’était plus la même après.
Ce que les téléphones ont révélé
C’est une expertise qui ne laisse pas de place au doute interprétatif. Le Pr Bell Bitjoka a extrait et projeté des éléments numériques récupérés sur les appareils de plusieurs accusés, parmi lesquels Eko Eko, Danwe, Jean-Pierre Amougou Belinga, Bidjang et Etoundi Nsoé. Pas des témoignages. Pas des suppositions. Des données.
Les vidéos diffusées montrent Martinez Zogo dans un état de souffrance extrême, suppliant ceux qui l’entourent. Une mise à mort filmée, visiblement partagée entre les protagonistes, et aujourd’hui projetée dans une salle d’audience militaire. Difficile d’imaginer stratégie de défense capable de tenir face à ça.
L’émotion a débordé.
Plusieurs personnes présentes n’ont pas retenu leurs larmes. Ce n’est pas un détail anecdotique. C’est le signe que cette audience a changé de nature, qu’on est sorti du registre procédural pour entrer dans quelque chose de beaucoup plus brut.
Un tournant que les semaines précédentes annonçaient à peine
Depuis l’ouverture du procès, les débats s’étaient largement perdus dans les batailles procédurales. Recours, demandes de renvoi, contestations de compétence. Une vingtaine d’audiences, pour certains observateurs, à tourner autour du fond sans jamais vraiment l’atteindre.
Là, c’est différent. Le procès entre dans le temps des preuves matérielles, et les preuves sont numériques, traçables, difficiles à contester techniquement. Le recours à un expert en cybercriminologie n’est pas anodin : cela signifie que l’accusation a construit une partie de son dossier sur des données extraites légalement des appareils saisis. On ne sait pas encore quels autres éléments pourraient être versés aux débats dans les prochaines audiences, mais ce qui a été montré aujourd’hui change l’équilibre du procès.
C’est un tournant. Peut-être le plus décisif depuis l’ouverture.
L’affaire Martinez Zogo dépasse depuis longtemps le seul sort des accusés. Elle pose une question que le Cameroun ne peut plus éviter : que se passe-t-il quand un journaliste est assassiné et que les preuves remontent jusqu’aux cercles du pouvoir économique et sécuritaire ?
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Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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