CORONAVIRUS AU CAMEROON
Confirmés
12592
Actifs
2179
Guéris
10100
Décès
313
Source : MINSANTE Cameroun -
Mise à jour : 29 juin 2020
Société

Plan humanitaire spécial: Atanga Nji et les 12 milliards du Noso

Alors que l’Etat s’engage à reconstruire les deux régions dévastées par le conflit armé, une polémique enfle sur la gestion des premiers fonds débloqués.

Alors que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest restent marquées par plus de trois ans de conflit armé, et qu’elles peinent à se relever des ravages socio-économiques de cette guerre, les chantiers restent immenses et les interrogations nombreuses. En juin 2018, quatre mois avant l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, le président Paul Biya « prescrit un Plan d’Assistance humanitaire d’urgence, afin de permettre aux citoyens de ces deux régions de retrouver leur dynamisme habituel ». Un document intitulé Plan d’assistance humanitaire d’urgence dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Pahu), a été largement partagé sur les plateformes numériques. En juillet 2018, le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, fraîchement désigné coordonnateur national du plan humanitaire du Noso, s’engageait à redresser ces deux régions et suscitait une vague d’optimisme. Deux ans plus tard, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest semblent n’avoir jamais été aussi mal. Alors que la tâche semblait aisée puisque qu’il bénéficiait dès le départ d’une large bénédiction politique.

Sa feuille de route, elle, avait été préétablie par les représentants des départements ministériels des domaines d’intervention identifiés prioritaires. Elle semblait également simple puisqu’elle ne comportait que les points suivants : la protection des personnes, la fourniture des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, les soins de santé, l’éducation, la reprise des activités économiques, le logement et la reconstitution des documents d’état-civil et des pièces administratives. En un mot, redonner vie à ces régions. Deux ans plus tard, alors que le gouvernement vient de s’engager dans Plan présidentiel de reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, projet qui pèse 3 500 milliards, une polémique alimente les chaumières quant au bilan de gestion des fonds alloués au plan d’assistance humanitaire des régions anglophones. Contactés par Le Messager, nos interlocuteurs du Minat n’ont pas voulu s’exprimer sur le sujet, estimant que leur patron était engagé sur un front prioritaire en ce moment, notamment celui de la lutte contre le Covid-19.

Lire aussi
Patriotisme républicain: Paul Atanga Nji, le gardien de la citadelle

Bilan évasif

Du moins, on peut constater que dans le cadre de son Plan d’assistance, le gouvernement n’a pas respecté son engagement de fournir au secteur agro-pastoral, des appuis en intrants agricoles et cheptel pour relancer les activités des populations. En matière d’éducation, ce n’est guère mieux. La protection des personnes a été un échec et les tueries des populations se poursuivent. « J’avais donné à Atanga Nji un a priori positif mais sa conduite de ce projet est un gros échec et une vraie mascarade », assène un retraité, natif de Bamenda. Le 27 septembre 2019, le Minat a effectué une descente dans la capitale économique, pour assister « 3000 familles de déplacés » du Noso, alors 1 000 familles ont été initialement recensées. Sauf qu’ici, on parle ce jour-là d’une enveloppe de 10 millions de F libérée par le chef de l’Etat. Chacune des familles a reçu la modique somme de 10 000 F. Le bouquet final survient le 28 décembre 2019 à Yaoundé, lors d’une ultime cérémonie présidée par Paul Atanga Njihimself, pour remettre ce qui était présenté comme des « cadeaux spéciaux de fin d’année du couple présidentiel » aux déplacés du Noso.

Lire aussi
Cameroun: Le député Théophile Baoro défie Atanga Nji

Pas de valeur chiffrée du montant total débloqué. Par contre, le Minat s’en était pris à des Ong accusées de manipuler les chiffres sur les déplacés et les réfugiés de la crise, à des fins de déstabilisation. M. Atanga Nji avait aussi fourni des chiffres sur le nombre de déplacés qui ont directement bénéficié du Pahu, et sur ceux (très peu nombreux) déjà retournés dans leurs régions d’origine, en insistant sur l’idée que la situation est entièrement sous contrôle. Sauf que la cérémonie de fin d’année a aussi été l’occasion de rappeler que ce fameux Pahu était arrivé après deux ans, au terme de la phase 1. La suite (2e volet), toujours sous la houlette du président de la République, serait désormais consacrée au développement. Pour ce qui est enfin du bilan du Pahu, il ne comporte aucun montant chiffré, au-delà de quelques détails logistiques. Dans les faits, les populations de ces régions semblent ne plus vouloir croire aux promesses du gouvernement qui n’arrive toujours pas à stopper la crise. En rappel, le financement de ce Plan d’assistance de 12, 7 milliards de F, devait être assuré par le budget de l’Etat, l’appel à solidarité nationale, et les partenaires internationaux. Le Minat affirmait que ces fonds étaient logés dans un compte spécial du Trésor public.

Ahmed MBALA

Tags
Afficher plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer