Paul Biya en France dès aujourd'hui : Contexte et enjeux d'une visite

La visite officielle qu??effectue dès aujourd??hui en France le président de la République, Paul Biya marque un tournant dans les relations entre le Cameroun et la France. L??importance historique de cet événement fort attendu était déjà perceptible à travers la forte tonalité et les conclusions de la visite préparatoire effectuée du 20 au 22 mai dernier au Cameroun

par le Premier ministre français François Fillon. Accueillis avec à faste Yaoundé, en pleine célébration de la 37e fête nationale de l??Unité, le Premier ministre français et la forte délégation qui l??accompagnait ont signé le 21 mai 2009, avec les autorités camerounaises, trois nouveaux accords de coopération. Il s??agit : de l??accord sur la gestion concertée des flux migratoires et le développement solidaire ; de l??accord instituant un nouveau partenariat de défense et de sécurité sanctionnant la renégociation des fameux accords de coopération militaire conclus entre la France les pays africains au lendemain de leur accession à l??indépendance ; de la convention devant régir la deuxième tranche du C2D centrée sur le secteur de la santé. Les trois nouveaux accords de coopération, signés lors de la visite du Premier ministre François Fillon s??inscrivaient dans le droit fil de la réorientation de la politique française en Afrique, telle que le chef de l??Eta français Nicolas Sarkozy en avait énoncé les principes directeurs en février 2008 devant le parlement sud-africain. Avec comme mot-clé «le partenariat». Au terme de sa visite officielle dont les actes significatifs ont été autant de signes de réaffirmation de relations solides, forgées par l??histoire et une grande communauté d??intérêts, le Premier ministre François Fillon avait réitéré l??invitation du président Nicolas Sarkozy adressée au chef de l??Etat Paul Biya de se rendre en France ce mois de juillet. Déjà, le 26 octobre 2007, au cours du premier tête-à-tête au palais de l??Elysée entre les deux chefs d??Etat depuis l??élection de Nicolas Sarkozy, avaient été passés en revue les axes majeurs d??une coopération ancienne, riche et diversifiée, ainsi que les nouvelles perspectives qui s??offraient à elle. La visite du Cameroun à laquelle le chef de l??Etat avait alors invité son homologue français devait donner l??occasion aux deux pays d??accorder leurs violons quant à la réorientation et au réchauffement de leurs liens historiques, à l??aune de la politique de «rupture» en matière de relations franco-africaines prônée par le chef de l??Etat français à sa prise de fonction. La visite de François Fillon aura permis en quelque sorte de d??identifier grands dossiers sur la base desquelles Paul Biya et Nicolas Sarkozy vont recadrer les relations bilatérales de nos deux pays et leur imprimer une dynamique nouvelle. Relation décomplexée La rencontre au sommet attendue dans les jours prochains à Paris, entre le chef de l??Etat, Paul Biya et son homologue français Nicolas Sarkozy, devrait préciser davantage les contours de la nouvelle donne dans la relation Cameroun-France. Telle qu??elle a été amorcée à travers les actes posés lors de la visite du Premier ministre François Fillon en mai dernier à Yaoundé, cette nouvelle donne intègre le contexte et les grands enjeux mondiaux de l??heure. L??environnement international impose que les relations entre Etats soient désormais régies par le partenariat et non plus par un paternalisme suranné. C??est d??une relation décomplexée qu??il s??agit désormais, entre le Nord et le Sud. Une relation privilégiant les intérêts des peuples, la démocratie et le progrès. La crise financière déclenchée en Occident, puis muée en crise économique mondiale, ne laisse guère d??autre choix. S??agissant de la France, elle entend, comme on le voit, jouer un rôle de premier plan au sein de l??Union européenne. Son plus grand engagement en Europe ne peut qu??amoindrir le rôle qu??elle a joué jusqu??ici en Afrique. Au regard des gros intérêts communs qui la lient aux pays africains, la France ne saurait faire fi de la montée en puissance sur le continent de puissances comme la Russie et de pays émergents comme la Chine et le Brésil. Le contexte dans lequel le renouveau de la coopération entre le Cameroun et la France se met en place est en outre marqué par des préoccupations d??ordre géopolitique. L??un des enjeux réside dans la négociation des accords de partenariat économiques (APE) qui piétine, avec l??exigence de la prise en compte des questions de développement. Le Cameroun pour sa part a signé un accord d??étape visant la préservation de ses exportations vers l??Union européenne. Mais beaucoup reste à faire pour l??atteinte de l??objectif visé de la CEMAC, qui est la négociation d??un APE régional complet qui contribue au renforcement de l??intégration régionale. Autre enjeu géostratégique de taille, celui du leadership en Afrique centrale. Logiquement, le rôle moteur du Cameroun dans la sous-région est incontestable. Tout aussi logiquement, les observateurs attendent de notre pays un rôle et une implication plus affirmés dans certains dossiers de la sous-région. Encore plus au lendemain de la disparition du président Omar Bongo Ondimba du Gabon, longtemps connu pour son rôle de médiateur dans plusieurs conflits surgis en Afrique subsaharienne. Si par beaucoup d??aspects on peut estimer que c??en est terminé de la fameuse «Farnçafrique», ces préoccupations et bien d??autres pourraient difficilement ne pas figurer au menu des échanges entre le président Paul Biya et le locataire de l??Elysée.
 
Augustin FOGANG, Cameroon Tribune

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