Nigeria-Cameroun: Face à Boko Haram, l’urgence d’un droit de poursuite réciproque





Pour combattre efficacement la secte islamiste Boko Haram, le Cameroun et Nigeria ont intérêt non seulement à partager des informations, mais à collaborer étroitement à travers un droit de poursuite réciproque.[pagebreak]Malgré le mini-sommet organisé par le président français François Hollande le samedi 17 mai 2014 à l’Élysée, à Paris pour la sécurité au Nigeria, en présence des chefs d’Etat nigérian Goodluck Jonathan, camerounais Paul Biya, béninois Thomas Yayi Boni, nigérien Mahamadou Issoufou et tchadien Idriss Deby Itno, la guerre déclarée à Boko Haram par Paul Biya ne se présente pas comme certains observateurs auraient souhaité. Chacun combat Boko Haram à partir de son territoire. En évitant de pourchasser les membres de cette secte au-delà de ses frontières. Très vite, les réalités des combats sur le terrain ont amené le Cameroun, – qui refusait de laisser les soldats nigérians poursuivre des membres de Boko Haram sur son sol – à laisser entrer, à plusieurs reprises, non seulement des populations civiles nigérianes fuyant Boko Haram, mais aussi des centaines de soldats nigérians (en difficulté ?) sur son sol.
Avec armes, munitions et véhicules blindés.

Réduire la capacité de nuisance de Boko Haram
Mieux, les soldats nigérians ayant abandonné de nombreuses localités passées sous le contrôle de Boko Haram dans des Etats fédérés situés au nord du Nigeria, les soldats camerounais sont constamment harcelés par les milices de Boko Haram qui attaquent régulièrement leurs positions en face d’eux, à partir du territoire nigérian ou tentent de s’infiltrer dans des villages frontaliers pour commettre des exactions et des crimes. Pour éliminer ou réduire la capacité de nuisance de Boko Haram, des soldats camerounais n’auraient plus d’autres choix que de pourchasser l’ennemi là où se trouve pour l’anéantir, le neutraliser ou le faire reculer le plus loin possible, afin de sauver de nombreuses vies au Cameroun comme au Nigeria, selon des sources concordantes. Les mouvements de populations étant de plus en importants entre les frontières du Cameroun, au niveau de la région de l’Extrême-nord et au nord-est du Nigeria.
Ce qui remet su la sellette la question du droit de poursuite que le Nigeria avait sollicité en vain au Cameroun. Le droit de poursuite est sans aucun doute un élément important dans la stratégie de lutte contre Boko Haram qui a récemment annoncé un califat dans des villes nigérianes. L’enjeu n’est plus seulement de faire coopérer les services de renseignement et les armées des deux pays ou encore de coordonner les actions communes et de contrôler les frontières. Il s’agit surtout formaliser une situation complexe que la guerre a rendu possible. En autorisant un droit de poursuite réciproque qui permettrait aux soldats camerounais et aux soldats nigérians de développer ensemble des stratégies visant en prendre en sandwich Boko Harman au Nigeria comme au Cameroun, à mettre en déroute la secte islamiste qui a enlevé le 14 avril dernier plus de 200 lycéennes à Chibok, au nord-est du Nigeria.

Ce droit de poursuite réciproque est nécessaire dans le contexte actuel de guerre où le Nigeria et le Cameroun affrontent un ennemi commun sur une bonne partie des 1 700 kilomètres de frontière qu’ils partagent. Une frontière réputée poreuse qui a permis au groupe islamiste de se mouvoir et de faire de certains coins de la région frontalière une base de repli lorsqu’il était traqué sur le terrain par l’armée nigériane. Paul Biya avait déclaré à Paris que «Nous avons mis en place désormais des unités de combat et ce ne sera plus facile pour Boko Haram de s’attaquer au Cameroun. Surtout que maintenant, on va accentuer la coordination des actions avec le président Goodluck» et avec les autres partenaires. Goodluck Jonathan n’avait pas dit le contraire : «Nous allons travailler ensemble», avait-il promis. Comment comprendre que la présence des drones et des avions de surveillance occidentaux n’aient pas permis de dénicher à ce jour les 200 lycéennes enlevées par Boko Haram ni les camps d’entrainement de Boko Haram ?

Trouver une formule de coopération transfrontalière
En matière de coopération policière transfrontalière comme dans la coopération militaire, le droit de poursuite sur le territoire d’un autre Etat est encadré par le droit. Il faut simplement que les experts y travaillent pour trouver une formule de coopération bilatérale transfrontalière qui convient aux Nigeria et au Cameroun qui partagent une frontière commune. Une formule de coopération qui tienne compte du contexte, de la zone géographique sur laquelle ce droit peut s’exercer et de l’urgence particulière. Par exemple, le nombre de kilomètres au-delà de la frontière.
Avec le principe de l’obligation d’informer les autorités centrales de l’État sur le territoire duquel la poursuite est exercée, au plus tard lors du franchissement de la frontière. Les poursuites pourraient gagner en efficacité si elles pouvaient ne plus être limitées aux seules frontières terrestres. Plus tard, ce droit de poursuite pourrait s’étendre dans le cadre de la lutte contre la criminalité internationale en mer – trafic de stupéfiants, piraterie, esclavage- au niveau par exemple du golfe de Guinée.

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