Nigeria: Buhari dans l’étau de Boko Haram

Huit mois pratiquement après sa prise de pouvoir, les lycéennes de Chibok enlevées en avril 2014 par les hommes d’Abubakar Shekau sont sans nouvelles.
Au cours de son investiture le 29 mai 2015 à Abuja, Muhammadu Buhari (général d’armée de 1981 à 1983) s’était pourtant fixé comme priorité de mettre fin à l’insurrection de Boko Haram, affilié à l’État islamique (Ei) avant la fin de l’année. Huit mois après, en dépit de la diminution du nombre d’attaques meurtrières, la secte islamiste s’active toujours à travers bien de localités du pays le plus peuplé d’Afrique (avec plus de 170 millions d’habitants). Plusieurs grandes villes du nord-est du pays (particulièrement touché) restent sous l’emprise de la violence et de la peur.
Fin décembre, en deux jours, plus de 50 personnes ont été tuées dans plusieurs attaques menées par Boko Haram dans le nord. Le successeur de Jonathan se contente de reconnaître que le pays a techniquement vaincu les insurgés islamistes. «Je pense que nous avons techniquement remporté la guerre parce que les gens sont en train de regagner leurs quartiers », a-t-il déclaré. Au regard de la menace qui pèse sur certaines localités du pays, les populations relativisent les assurances de leur président, données au moment de son accession à la magistrature suprême. D’après les témoignages de bon nombre des populations de Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria ravagée par la violence et ancien fief du groupe islamiste, «La secte islamiste est encore une grande menace, même si le gouvernement assure que le groupe a été affaibli».
Selon des nouvelles qui viennent d’Abuja, le septuagénaire aurait changé de discours et se dit prêt à négocier avec les «chefs crédibles» du mouvement d’Abubakar Shekau. Avec en prime l’obtention de la libération des plus de 200 lycéennes de Chibok enlevées en avril 2014. «Nous sommes à la recherche d’une direction crédible de Boko Haram qui nous confirme que les jeunes filles sont toujours en vie», aurait affirmé le président à l’occasion d’un nouveau programme d’échange avec les auditeurs à la radio-télévision. Visiblement, les autorités sont prêtes à négocier avec une direction crédible de Boko Haram, pour obtenir la libération de ces jeunes filles innocentes. Il est à relever que depuis 2009, l’insurrection de Boko Haram a fait plus de 17.000 morts et 2,5 millions de déplacés au Nigeria. Pour l’analyste politique nigérian Chris Ngwodo, le président Buhari doit changer de stratégie pour venir à bout de la secte islamiste.

Pierre Amougou

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