Mobilisation africaine contre Boko Haram: La tentative manquée de récupération de la France

Après le succès du sommet du Copax et ses fruits déjà palpables, Paris veut se faire passer pour l’ami du Cameroun. Prudence.[pagebreak]La France, main fantôme de Boko Haram ?
Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères français, s’est tout de suite dit horrifié qu’une partie de la presse camerounaise, ait catalogué son pays de la sorte.
« S’il y a une nation qui combat Boko Haram, c’est bien la France », a-t-il martelé. En quoi concrètement ? Là est toute la question. En visite au Cameroun après un passage à Ndjamena, le monsieur monde de l’Elysée était face à la presse camerounaise dans les locaux de la résidence de l’ambassadeur de France. A retenir de cet échange, deux mots : soutien et solidarité (dans la lutte du Cameroun contre la secte islamiste). En quoi ? Il faut noter que la position traditionnelle de l’hexagone n’a pas évolué quant à l’aide concrète à laquelle on devrait s’attendre de la part d’un partenaire aussi historique que la France. Et pourtant, le ministre français a décliné l’aide française sous 3 pôles : politique, international et diplomatique. Toujours mis en avant, le fameux renseignement dont Paris nous ferait bénéficier. Notre surprise cependant tient au fait que ce renseignement aurait été plus efficace s’il nous permettait de ne pas subir des attaques-surprises comme celle récente de Fotokol.
C’est dire que les éléments de renseignement ne nous sont servis qu’après coup. Les drones déjà en service, recueillent des informations qui sont d’abord relayées à Paris et c’est de là qu’on juge de l’opportunité, de la nature et de la qualité des informations à mettre à la disposition du Cameroun. Et à ce propos, on est tout autant étonné, en lisant entre les lignes, de comprendre que jusqu’à un passé récent, le Cameroun ne faisait pas partie du groupe de coordination chargé d’exploiter ce renseignement ; un groupe qui comprenait déjà le Tchad et le Niger. Ce n’est que ces derniers jours qu’un officier camerounais y a été inclus. La France qui promet un plus grand engagement au niveau des renseignements, des mots !
Paris qui jure la main sur le cœur de soutenir devant le conseil de sécurité l’initiative des 8700 hommes de la force multinationale mixte (FMM) pour lui donner une légitimité internationale, nous pensons que cela n’est en rien une prouesse. Encore que, nous voyons mal les autres membres du conseil de sécurité voter contre cette initiative. Pas la Chine, la Russie, les Usa ou encore la Grande-Bretagne en tout cas. Et puis, disons-le clairement, ce n’est pas la France qui portera cette initiative devant le conseil de sécurité, mais l’Union africaine, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Si Fabius reconnait que la clé de la lutte contre Boko Haram c’est le Nigéria (qui actuellement est membre non permanent du conseil de sécurité), la France n’a pas promis d’exercer une quelconque pression sur notre géant voisin pour le pousser à fournir plus de volonté à combattre la secte islamiste.
C’est à la Ceeac de le faire. Ce qui nous conforte dans notre position, à savoir que le Nigéria est un élément du dispositif occidental de déstabilisation du Cameroun. Sur le plan de l’aide militaire, c’est le silence radio. Alors que la Chine, la Russie, l’Allemagne se sont déjà illustrés à l’égard du Cameroun via des dons en matériels militaires. Laurent Fabius annonce l’intention de la France d’organiser une conférence des donateurs. Avait-il besoin de faire le déplacement du Cameroun pour si peu ?

La grande tentative de récup
Au final, Laurent Fabius a convaincu pas grand monde. Les questions de fond demeurent : le ravitaillement en armes de Boko Haram, le partage du renseignement, l’aide en termes de matériels militaires… La France surprise par l’écho favorable dont a bénéficié l’Afrique en décidant de prendre le taureau Boko Haram par les cornes, tente une récupération pour se faire passer devant le monde entier pour le grand chantre de la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélienne. Dans un contexte où les autres pays que sont la Chine, la Russie brillent par leurs aides concrètes vis-à-vis du Cameroun.
La France ne veut pas se laisser voler la vedette par ces pays, même si on sait quel jeu trouble Paris joue. C’est que les gens commençaient à s’interroger sérieusement sur l’inertie de l’hexagone à nous aider, surtout après que Paul Biya a appelé à l’aide.

Kami Jefferson

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