Mariage au Cameroun: Le casse-tête de la dot

«Le mariage était autrefois, c??est quand tu donnes la kola qu??on te donne ta femme », aimait à fredonner Jean Miché Kankan dans ses sketchs. Si l??humoriste était encore de ce monde, beaucoup lui auraient déjà posé la question de confiance : « Es-tu vraiment sérieux ? ». C??est que personne, par les temps qui courent, ne peut vraiment croire qu??une vulgaire noix de kola, quelle que soit sa charge symbolique, suffise pour obtenir la main d??une femme. Charles M. peut en témoigner. Voici son histoire : « Il y a quelques années, je décide d??officialiser

ma relation avec ma concubine, enceinte à l??époque. Après avoir acquis les biens listés par ma future belle-famille, je me déporte vers le village pour la cérémonie de dot. Alors que les pourparlers ont commencé, un oncle de ma fiancée trouve que les biens apportés sont insuffisants et que je dois encore faire un effort. Devant ma résistance, l??oncle m??invite à aller voir ailleurs si les filles valent si peu ». Que croyez-vous que le prétendant a fait ?
Porcs de deux mètres de long, chèvres, morues, tissus pagnes, paire de Mc James, dames-jeannes de vin rouge?? remis dans le camion et cap sur Yaoundé où il vit. L??oiseau ne va guère bien loin. A 100 mètres du lieu des cérémonies, il est intercepté par un père moins prétentieux qui désespère de voir ses sept filles célibataires. Pour la même quantité de biens, l??ami Charles M. choisit une des filles et lève le camp. Sa promise initiale va prendre sur elle de rejoindre son « foyer » sans être « dotée ». Et voilà l??homme devenu polygame dès lors. La faute aux caprices d??un oncle un peu trop gourmand.
C??est clair que la dot n??est plus seulement symbolique et représente, dans certains cas un véritable investissement. Surtout si la fille convoitée est un « long crayon ». La réputation de certaines ethnies du Cameroun en matière de dot exorbitante est d??ailleurs établie. « Dans la Sanaga-Maritime, l??on m??a par exemple exigé des bijoux en or d??Arabie saoudite et des tissus du même pays pour la femme de mon fils aîné sortie de l??Enam », témoigne Jules T, 65 ans. Niveau Première, la fiancée avait simplement le teint clair, le must de la beauté dans son ethnie. Le père va signer une reconnaissance de dette. Germain N., cadre de 40 ans, a dû, lui, remonter sur Yaoundé et réveiller un fripier à 23h, pour accéder à la demande d??un parent lointain réclamant un kimono. Du haut de ses 68 ans, le bonhomme n??était pourtant pas connu pour faire de l??exercice. Plus malin, Stanislas O. a su étouffer dans l????uf les exigences d??un « beau » voulant passer, sans transition, de ses accoutrements de villageois au smoking. « Je lui ai demandé de me faire tenir le vieux modèle en sa possession pour une reproduction sur mesures. Comme il n??en avait pas, nous avons classé l??affaire vite fait », témoigne l??homme de 50 ans. Il y a peu à Douala, un jeune homme a tout simplement déposé une plainte contre son beau-père, pour n??avoir pas obtenu le reçu des biens versés au moment de « toquer à la porte ».
La dot, autrefois partie de plaisir, terrain propice à de belles joutes oratoires, est donc devenue un exercice périlleux pour certains. « C??est à se demander si les gens sont conscients de leurs actes. Quand on dépouille ainsi un jeune qui démarre dans la vie, avec quoi imagine-t-on qu??il va nourrir la femme qu??il épouse? Et dire que les mêmes présentent des doléances dans les jours qui suivent, sous prétexte que la dot ne finit jamais. C??est de l??escroquerie », dénonce Clément F., 30 ans, aucun projet de dot à l??horizon. « Je n??en ai pas les moyens. Si une fille veut qu??on se marie, son père devra se contenter de la kola, du vin de palme et d??une chèvre ou rien », tranche-t-il, péremptoire.

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