Lettre d'un camerounais à Jean-Yves Le Drian : "Occupez-vous de vos gilets jaunes" - 237online.com
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Lettre d’un camerounais à Jean-Yves Le Drian : « Occupez-vous de vos gilets jaunes »

Monsieur, nous vous écrivons pour vous dire courtoisement, mais fermement que nous avons été choqué (s) et humilié (s) par vos propos en marge de la visite du sous-préfet de Brazzaville à Paris que : « Vous exercez des pressions sur Yaoundé ».

Ce n’est pas la libération des prisonniers politiques qui nous émeut. Mais votre immixtion dans la gestion de notre justice démontre la condescendance de votre pays à l’égard de l’Afrique noire. Qu’il soit clair pour tous et chacun, nous ne défendons pas le régime de Yaoundé, mais nous défendons notre pays comme vous défendez les intérêts de votre pays.

Monsieur, Jean-Yves Le Drian :
1- Pouvez-vous faire pression sur un juge en France ? Pourquoi le faites-vous quand il s’agit du Cameroun? Parce que dites-vous, c’est une république bananière ? Oui, notre système judiciaire est imparfait, le vôtre aussi. De grâce, laissez-nous corriger nos propres erreurs. La France ne s’est pas faite en un jour. Le dire ne signifie pas encourager la violation des droits des justiciables. Tout prévenu a droit à un procès équitable.
2- Monsieur Jean-Yves Le Drian, vous et la France n’aimez pas le Cameroun plus que la France. Nous l’affirmons et vous le savez. Les morts du Cameroun ne vous tiennent pas à cœur plus que ceux du Bataclan ou de Nice. Retirez-vous du Cameroun. Rapatriez au Cameroun, nos avoirs de la Banque de France et nous pourrons solutionner beaucoup de nos problèmes et notamment l’indépendance de la justice.
3- La France ne fabrique pas les armes par philanthropie. C’est pour fomenter des guerres ici et là afin de vendre ses armes. Vous ne direz pas le contraire.
4- Le Cameroun n’est pas une colonie de la France.
Avons-nous besoin de vous le rappeler ? Si le Cameroun ne fonctionne pas bien à votre goût, savez-vous que c’est en partie à cause de la France ? Le dire ne signifie pas que nous nous dédouanons. Au contraire.
5- Le Cameroun est un pays indépendant et souverain.
Cela est un secret de Polichinelle qui mérite d’être rappelé à des individus comme vous.
6- Les Camerounais peuvent gérer entre eux leurs problèmes.

Monsieur, nos yeux se sont dessillés pour que nous vous disions que l’époque où la France et ses dirigeants fouettaient nos grands-pères et pères, est révolue. Elles sont derrière nous, les années des peurs puériles et soumission infantilisante. L’heure est venue pour la France de donner du sens à sa devise : Liberté, égalité, fraternité.

Votre fraternité, nous pouvons nous en passer. Mais, nous exigeons de la liberté et l’égalité dans nos relations. Le Cameroun ne se mêle pas des problèmes internes de la France. En retour, la France sous aucun prétexte ne devrait pas se mêler de des problèmes internes du Cameroun. C’est une question de réciprocité. C’est cela l’égalité.

Nous, Camerounais sommes conscients des limites de notre système judiciaire. Nous dénonçons chaque jour ses travers. Votre voix et celle de la France aliènent notre liberté. Nous sommes de grands enfants à l’ombre d’une France tutélaire. Occupez-vous de vos gilets jaunes. Jugez-les avec équité et sans précipitation. C’est cette image que le reste du monde attend de vous, vraie-fausse mère des libertés.

Comment terminer cette lettre sans avoir une pensée profonde pour ces injustement privés de liberté, pour toutes ces vies innocentes tombées à cause des intransigeances des deux bords. Comment oublier, les veuves, les orphelins d’une sale guerre ou des revendications politiques qui peuvent trouver des solutions si nous étions toutes et tous moins tribalistes, le grand piège de ce pays.

Non, Monsieur, Jean-Yves Le Drian vous n’avez ni le monopole de la compassion ni celui de la raison. La France aux Français, le Camerounais aux Camerounais.

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