Le Journalisme au Cameroun: Bémol de plume free-lance

Payé suivant son rendement, ce professionnel est voué à concilier plusieurs activités pour joindre les deux bouts.Ils n’ont pas d’attache contractuelle avec un média. De manière ponctuelle, ils écrivent pourtant des articles, réalisent des émissions pour le compte d’organes de presse ; moyennant le cash. Eux, ce sont les journalistes free-lance pour le terme anglo-saxon ou pigistes pour faire simple en français. Lorsqu’on lui demande d’en citer au Cameroun, Omer Mbadi Otabela, journaliste, se gratte la tête. Une façon de parler pour dire qu’il cherche en mémoire pour trouver quelques noms de free-lance au Cameroun. « Au pif, je n’en vois pas, du moins ceux qui se définissent comme tel », finit-il par dire. Puis, d’un coup, il se rappelle qu’il en connaît : François Xavier Eya’a, pigiste pour la chaîne BBC, par ailleurs cadre au ministère des Enseignements secondaires (Minesec). Tiens, se rappelle Omer Mbadi, il y a aussi Polycarpe Essomba, free-lance pour Radio France internationale (Rfi) et promoteur de la chaîne de radio émettant à partir de Yaoundé, Afrik2. Voilà qui rallonge quelque peu sa liste. A l’observation, sous les cieux camerounais, les journalistes free-lance officient pour la presse internationale.
« En effet, tranche Denis Nkwebo, journaliste, aucun média camerounais n’est capable d’employer un pigiste. Ils n’arrivent même pas à payer leur personnel permanent, combien de fois un pigiste, donc payé à la pige », ponctue-t-il péremptoire. Une position que Georges Alain Boyomo, journaliste, veut relativiser en distinguant deux sortes de pigistes. « Il y a des pigistes dans les rédactions qui ont ce statut comme certains ont celui de « grand reporter ». Ce qui conforte Denis Nkwebo dans sa position. « Le journalisme free-lance au Cameroun est un métier précaire s’il faille travailler pour les médias locaux », soutient-il. L’expérience de Martial Nguéa pourrait en témoigner. Martial Nguéa écrit régulièrement des articles à la fois pour le mensuel culturel Mosaïques, le quotidien Mutations, les sites d’informations culturelles afriebene.com, Africultures, Africiné etc.

[b]Traduction[/b]
Dans certains de ces médias, ce journaliste n’est pas rémunéré régulièrement. D’autre part, dira un autre, le free-lance n’est pas toujours bien perçu par les sources, surtout lorsqu’il collecte l’information pour un média peu ou pas connu. Martial Nguéa préfère voir le bon côté des choses. « Etre free-lance me permet de m’adonner à d’autres projets qui me passionnent tout autant et pour lesquels j’ai une rémunération conséquente », confie ce conseiller en production audiovisuelle. Il dit ainsi apprécier le fait qu’il n’ait pas de contrainte éditoriale avec un organe de presse. Martial Nguéa regrette néanmoins les périodes mortes ; celles durant lesquelles il n’a rien à faire, donc rien à se mettre dans les poches. « C’est cela l’inconvénient d’être free-lance », souligne Elisabeth Benkam, elle-même pigiste pour l’Agence panafricaine d’informations. Elle précise une fois de plus que le pigiste est payé à la tâche (à la pige). C’est donc lui-même qui fait son salaire suivant que ses articles sont publiés par le média à qui il propose ses services. « Et tant pis pour moi si je suis enceinte, malade ou tout autre empêchement », lance-t-elle pour bien marquer les règles du jeu.
Car, n’ayant ni contrat à durée déterminée (Cdd), ni contrat à durée indéterminée (Cdi), le free-lance ne saurait bénéficier des avantages d’une assurance ou d’une affiliation à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps). « Certains sont pigistes par nécessité. Ils ne sont pas payés mais le font souvent pour garder la plume », constate Omer Mbadi Otabela, journaliste à Jeune Afrique. Ce qui explique pourquoi des free-lance ont plusieurs cordes à leur arc. Hormis ses productions journalistiques, Elisabeth Benkam est traductrice (de l’anglais au français). Elle a obtenu un master en traduction. Denis Nkwebo rappelle pourtant qu’est journaliste au Cameroun, celui qui « tire l’essentiel de ses revenus de son travail de journaliste.» « Le journalisme en free-lance peut nourrir son homme ; à condition d’avoir de l’énergie », avise la quadragénaire.

[b]Monique Ngo Mayag[/b]

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