Scandale retentissant dans l’affaire du projet de vidéosurveillance confié à la firme chinoise ZTE par le gouvernement camerounais. Initié en 2013 pour un montant pharaonique de 77 milliards FCFA, ce chantier stratégique baptisé « Réseau national des télécoms d’urgence » (RNTU) n’est toujours pas livré plus de 10 ans après. Pire, l’argent s’est volatilisé dans les poches de ZTE qui a visiblement trouvé en l’État camerounais une vache à lait providentielle. Enquête sur un des plus grands scandales de corruption de la décennie.
Gros plan sur un pillage en règle
Le scénario ressemble à un mauvais polar. En 2013, dans le sillage d’une visite officielle de Paul Biya en Chine, l’entreprise ZTE décroche le jackpot : un méga contrat de 77 milliards FCFA pour déployer un ambitieux système de télécommunication sécurisé sur l’ensemble du territoire camerounais. Sur le papier, le projet a de l’allure avec ses 5 composantes : radio d’urgence cryptée, appels de détresse, vidéosurveillance, visioconférence et même une plateforme e-police dernier cri…
Sauf que 10 ans après, le rêve a tourné au cauchemar. Non seulement le chantier est loin d’être livré dans sa globalité, mais une grande partie de l’argent s’est déjà évaporée ! Selon nos informations, ZTE aurait d’ores et déjà perçu près de 95% du budget alors que seuls 24% des travaux ont été réalisés. Un tour de passe-passe qui en dit long sur l’appétit de la firme chinoise et ses accointances avec le pouvoir camerounais.
Un chantier fantôme truffé de malfaçons
Car ce sont bien les autorités camerounaises les premières responsables de cette gabegie sans nom. En confiant les clés du camion au sulfureux ZTE sans garde-fou ni réel contrôle, le ministère des Postes et Télécoms a ouvert un boulevard au pillage organisé. Résultat : sur le terrain, le projet RNTU n’est plus qu’un chantier fantôme parsemé de carcasses d’équipements hors d’âge.
D’après certains experts, ZTE aurait en effet délibérément opté pour des technologies low-cost et obsolètes pour gonfler ses marges. Jugez plutôt : alors que la 3G était déjà une réalité en 2013, l’entreprise chinoise a préféré miser sur la 2G et des plateformes CDMA en fin de vie ! Une absurdité technologique qui permet surtout à ZTE d’aligner les milliards sur le dos de l’État camerounais. Jusqu’à se faire accorder 4 milliards supplémentaires en 2023 pour de pseudo frais de « maintenance »…
Des hauts fonctionnaires complices ?
Dans cette affaire nauséabonde, les soupçons de malversations pèsent également sur des hauts fonctionnaires camerounais, soupçonnés d’avoir favorisé ZTE en échange de généreuses rétro-commissions. En interne, certains cadres intègres du Minpostel ont bien tenté d’alerter sur les dérives du projet, mais ils ont été vite rappelés à l’ordre et sommés de se taire s’ils ne voulaient pas perdre leur poste.
Il faut dire que ZTE semble bénéficier d’une impunité totale au sommet de l’État. Malgré les retards abyssaux et les innombrables malfaçons relevés, l’entreprise chinoise n’a jamais été inquiétée par la justice camerounaise. Pire, en 2016, c’est la présidence elle-même qui a sommé le Minpostel d’« engager en urgence » les négociations avec ZTE pour finaliser le contrat RNTU. De quoi s’interroger sur les accointances occultes entre la firme chinoise et le cercle présidentiel…
La grande peur des lanceurs d’alerte
Dans ce contexte de défiance, les langues peinent à se délier, de peur de subir des représailles. En off, les agents du Minpostel confient leur « inquiétude » face à ce « projet abandonné » qui risque un jour de leur attirer des ennuis judiciaires. « On a peur d’être interpellés pour des malversations auxquelles nous n’avons pas pris part, mais qu’on nous a obligés à valider » glisse un fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
Car une chose est sûre : ZTE ne rendra jamais l’argent du contribuable. Le jour où éclatera le scandale, le géant chinois aura déjà plié bagage depuis longtemps, laissant l’État camerounais seul face à ses responsabilités. Et ce sont les cadres intègres du Minpostel qui risquent de payer l’addition d’une décennie de gabegie.
Clients ou sujets des entreprises aux passe-droits spéciaux !
Au-delà du seul cas ZTE, c’est toute la problématique de la cession des marchés et surtout de leurs livraisons selon cahiers des charges qui se trouve posée. Entre asymétrie des rapports commerciaux, dettes toxiques et opacité des montages financiers, les grands contrats d’infrastructures signés entre l’Etat du Cameroun et les entreprises adjudicataires des marchés cachent trop souvent de juteux secrets au mépris de la réglementation en vigueur dans notre pays. Face à l’impuissance des organes de régulation mis en place à grands renforts de publicité, on dirait que certains décideurs acceptent de fermer les yeux sur les dérives de leurs « partenaires » en échange de généreuses prébendes.
Jusqu’à quand cette grande braderie au profit d’entreprises peu scrupuleuses va-t-elle durer ? Il est plus que temps que nos gouvernants prennent enfin leurs responsabilités et exigent des comptes à ces prestataires véreux qui pillent sans vergogne nos deniers publics. Sinon, les scandales à la ZTE risquent de se multiplier dans les années à venir, plombant un peu plus nos perspectives de développement.
Si nos dirigeants persistent à se coucher devant ces braquages à ciel ouvert, le Cameroun et l’Afrique garderont longtemps leur statut de vassal économique. Sous couvert de « coopération gagnant-gagnant », ce n’est rien de moins que notre souveraineté qui est menacée. A nous citoyens d’exiger toute la transparence sur ces projets et contrats opaques !
À 237online.com nous refusons la loi du silence qui entoure ces scandales. Nous sommes déterminés à mener l’enquête jusqu’au bout pour faire éclater la vérité sur ce dossier sulfureux et bien d’autres ! Parce que l’argent public n’appartient à aucun clan ou réseaux occultes. Il doit servir au développement du Cameroun et au bien-être des populations.
Par Cyril Essissima pour 237online.com
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