La Ventes aux enchères publiques en perte de vitesse

Autrefois très courue, cette activité tend à disparaître, au grand dam des commissaires priseurs et des acheteurs. «105 000 une fois, 105 000 deux fois, 105 000 trois fois ! Adjugé ! Vendu ! » Cette phrase rituelle, Céline Owona, agent d??entretien, se désole de ne l??avoir pas entendu depuis de

nombreuses années. Elle ne faisait pas de gros achats lors des ventes aux enchères publiques, mais s??émerveillait toujours des transactions entre les acquéreurs et le commissaire-priseur. « Voir les gens batailler pour avoir le dessus sur un article était très amusant », se souvient la jeune femme. Il y a une dizaine d??années, Justin Amaga, la soixantaine, ne ratait pas une vente aux enchères à Yaoundé. C??était même devenu le principal moyen d??approvisionnement pour ce père de famille. Un téléviseur à remplacer, du matériel de cuisine pour son épouse, des jouets pour les enfants et même une voiture. « Il me suffisait de suivre une annonce à la radio pour me déporter sur les lieux », raconte cet ancien menuisier. Marie-Christiane Zebaze, fonctionnaire, quant à elle, a acquis une bonne partie de sa vaisselle et son couvert par le biais de ces ventes publiques. « J??adore les assiettes et comme on les casse tout le temps, j??en achète aussi souvent que possible », raconte la dame. Elle avait fini pas nouer contact avec des commissaires-priseurs qui l??informaient quand il y avait des articles disponibles. Seulement, depuis un certain temps, on n??entend plus parler de ventes aux enchères publiques, si ce n??est par ces commerçants qui en organisent à certains carrefours pour pouvoir liquider leurs stocks. « Ce type de vente n??est en aucune façon légale, mais on laisse faire, car seul le commissaire-priseur a qualité pour vendre aux enchères», souligne Me Rachel Tchame Deuna, huissier de justice et commissaire-priseur. D??ailleurs Fabrice M., vendeur de friperie au marché Acacias, dit user de cette méthode chaque fois qu??il a gardé des marchandises trop longtemps. « Je cherche alors des endroits assez fréquentés et je commence mon déballage, avec l??aide de deux ou trois amis dont le rôle est d??attirer la foule », explique le jeune homme. Par ailleurs, des ventes organisées au sein des institutions et des entreprises sans intervention d??officiels, constituent un autre frein à l??activité des commissaires-priseurs. « Si les chefs d??entreprise et les responsables d??administrations organisaient ces ventes comme cela se doit, cette activité aurait gardé tout son caractère public », relève Me Tchame. Mais par-dessus tout, ce sont les nouvelles dispositions de la loi OHADA (Organisation pour l??harmonisation en Afrique du droits des affaires) qui réduisent la fréquence des ventes aux enchères publiques.
Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM, Cameroun Tribune

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