Politique

La solitude des parlementaires : le besoin d’être supplée par des experts

La sortie hasardeuse du brillant Député Honorable Cabral LIBII sur le contrat relatif aux minerais de fer de Kribi, vient plus profondément de révéler à tous les observateurs de la vie publique, la question de la relative solitude des parlementaires devant cette lourde tâche qui leur incombe, d’écrire, de voter les lois ou tout simplement d’informer l’opinion.

De toute évidence, les parlementaires ont un énorme besoin d’être accompagnés pour apporter un éclairage aux problématiques sociales, sociétales et économiques des citoyens. Dans les contrats de minerais de fer de Kribi entre le Cameroun et la société chinoise, le décalage entre chiffres communiqués par le gouvernement et ceux donnés par le représentant du peuple LIBII est hallucinant. Dans le cas d’espèce, il n’échappe pas à grand monde que l’offensive de nature politique du député comporte de profondes lacunes.

Face à la complexité et à la technicité des sujets, les élus sont confrontés à de réelles difficultés, faute de conseil et d’expertise pour les accompagner. Ceci peut expliquer mais ne pas justifier les dérives observées. Il est de notoriété publique, que les parlementaires-souvent de bonne volonté-doivent se battre contre les réticences des administrations ou des cabinets pour obtenir la bonne information. De manière générale, les élus ne sont pas suffisamment secondés et cela peut rendre difficile-voire impossible-une intervention efficace sur les dossiers.

Comme tout le monde, le représentant du peuple peut se tromper, mais il ne doit pas induire les citoyens en erreur. La complexité des problèmes miniers et l’ignorance du sujet a conduit le Député Cabral LIBII vers des inepties et de réelles approximations. L’accompagnement des parlementaires par des experts est une nécessité pour notre démocratie. Le Cameroun n’est quasiment pas doté de ressources humaines et matérielles, mises à la disposition des parlementaires. L’urgence d’une réforme dans ce sens semble de plus en plus évidente. C’est extrêmement frappant de voir des élus qui aspirent à diriger le pays à court ou à long terme, qui doivent faire des choix qui peuvent engager l’avenir de la nation, complètement dépourvus d’une base de réflexion.

L’une des conséquences de cet état de chose est la faiblesse de la production parlementaire, avec une finalité de débat médiocre voire inexistante. Étonnamment, la faiblesse du débat parlementaire est partagée par de nombreux parlementaires eux-mêmes. Si Honorable Cabral LIBII avait bénéficié des possibilités d’étudier avec des experts ne pouvant pas être soupçonnés d’une quelconque complaisance vis à vis du gouvernement, il aurait eu une perception quasi parfaite du contrat qu’il a qualifié de « crime contre le peuple camerounais ». Il a été tout simplement caricatural dans sa présentation.

Face à un manque de spécialistes accessibles, la seule attitude raisonnable consiste à se taire au lieu d’inonder les médias de contre-vérités scandaleuses. Dans le doute, dit-on, il vaut mieux s’abstenir. Dès lors, il apparaît nécessaire et utile de créer des lieux de débats afin de permettre aux parlementaires parfois dépassés par le volume et la technicité des affaires d’être supplées. Nul n’a avantage de laisser prospérer le sentiment que les sénateurs et les députés font de la figuration. La confrontation dans l’espace public doit être revêtue des sceaux de la sincérité et de l’expertise et non celui des émotions. La réforme de notre modèle parlementaire peut permettre de développer de nombreuses alternatives d’accompagnement aux élus qui peuvent être du recours ponctuel aux experts, jusqu’à la contractualisation des cabinets de conseil.

Les représentants du peuple ont un énorme besoin d’être aidés, éclairés sur des domaines dont ils n’ont que des connaissances sommaires. Ils sont faillibles d’où la nécessité de recourir à des études comparatistes avant d’aborder des sujets complexes. La contribution d’experts pour pallier et éviter des erreurs, voire des fautes est une option concrète. Le gouvernement gagnerait à être transparent et à informer l’opinion afin d’éviter des supputations qui nuisent à son image publique. C’est un enjeu de bonne gouvernance.

Par Jean-Simon ONGOLA OMGBA / 237online.com

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