Kareyce Fotso : «Je suis une métisse culturelle»

Votre premier jet artistique intitulé «Mulato» est un véritable patchwork. Plusieurs rythmes se côtoient. Plusieurs langues sont isutées. Qu??est-ce qui fonde votre inspiration ?Mulato c??est en quelque sorte une autobiographie culturelle. C??est la représentation imagée de plusieurs aires géographique et culturelle. Kareyce Fotso est une jeune femme bamiléké qui a grandi chez les béti. Mulato signifie métisse en anglais pas sur le plan physique, pas sur l??aspect couleur de la peau, mais sur le plan culturel. Kareyce Fotso a eu pour première langue nationale l??éwondo avant le ghom??ala (Bandjoun, Ndlr). J??ai évolué dès le bas âge dans l??environnement culturel

des bétis. Notamment à Mvog Ada à Yaoundé. J??ai voulu à travers ce premier album montrer la richesse et la différence. J??ai été moulée dans la culture béti et l??expression artistique que je traduis en musique est la somme des richesses culturelles que j??exploite dans cette aire. C??est cela que j??appelle la différence. Je suis une métisse culturelle. Mulato est finalement un album de 14 titres.Quels sont les messages forts que vous avez voulu véhiculer à travers ces titres?Ces titres sont diversifiés et la thématique également. Dans le premier titre je décrie la dépravation des m??urs. C??est pour cette raison que j??ai invité ma mère dans cette chanson. C??est une manière pour moi de rendre un hommage à ma mère et à travers elle à toutes les mères qui sont une génération autre que la nôtre. Ma mère est un peu comme une conscience qui s??exprime dans cette chanson à travers un discours qui vaut son pesant d??or. J??ai évité de le faire personnellement dans l??optique de ne pas paraître prétentieuse. Je pose un regard sur la société sans juger. Je parle de l??homos*e*xualité. A chacun de gérer sa s*e*xualité comme il entend. La disparition de nos langues maternelles est également un sujet de préoccupation dans mes chansons. Beaucoup de parents n??enseignent pas les langues maternelles à leur progéniture. Mayolé est un appel à la protection de la nature. C??est un discours sur l??environnement qui se détériore. Je dis arrêtons de polluer, d??abattre les arbres afin de sauver la planète. Je rends également un vibrant hommage à ma fille et à travers elle, à tous les enfants de la terre, tout comme à mes s??urs. Je fais des constats dans mes titres et à chacun d??interpréter. Je raconte des histoires de femmes parfois avec humour.En gros Mulato est la société que vous passez au scanner à travers divers prismes??C??est exact. Je précise que libre cours est laissée à tous ceux qui écoutent cet album d??interpréter les messages contenus à leur guise.Depuis la parution de Mulato Kareyce Fotso vogue de spectacles en spectacles. A peine vous êtes revenu de la Coupe d??Afrique des nations en Angola que vous avez pris un autre vol pour le Canada. Et dans les prochains jours, vous engagez une autre tournée internationale. Qu??est-ce qui fait courir Kareyce Fotso?Je rends gloire à Dieu. Je me considère comme un instrument. Le seigneur se sert de moi pour montrer sa gloire à la face du monde. C??est dire que le Très Haut a un plan pour chacun de nous. Je ne sais pas si c??est à moi que revient la gloire. Mais il faut pas aussi se ne croiser les bras et se dire que Dieu a fait un plan pour moi. Il faut travailler et y croire. Je ne suis pas née de la dernière pluie. Je ne tombe pas du ciel. Ce qui m??arrive c??est le fruit du travail. Si ce n??est qu??en 2009 que le public me découvre, je dois avouer que je cravache depuis 2001. Je n??ai pas voulu faire un travail prématuré tout en tenant compte des repères. Richard Bona est un exemple. Il a bossé et il bosse encore pour être là où il est. Grâce à Mulato encore en maquette en 2008 j??ai bénéficié de l??appui du réseau Cultures France qui m??a permis de finaliser cette ??uvre à travers des formations et des financements que j??ai eus. Lorsqu??on est sur une estrade il faut travailler pour se maintenir.Avant le succès que vit Kareyce Fotso, l??opinion sait qu??elle a fréquenté des cabarets. Alors des souvenirs encore vivaces??Le cabaret, c??est mon école. C??est dans les cabarets que j??ai tout appris. C??est mon conservatoire. J??ai chanté dans plusieurs cabarets à Yaoundé.L??agenda de Kareyce Fotso, je suppose, doit être garni de nombreux rendez-vous. Quelles sont les prochaines destinations de cette star qui monte et monte?Kareyce Fotso en 2010 a commencé par la CAN en Angola grâce au ministère de la Culture qui m??a honorée en m??accordant la possibilité d??apporter ma voix en vue de soutenir les Lions Indomptables. Après coup, je suis allée aux Jeux Olympiques d??hivers de Vancouver au Canada. C??est grâce à la médaille que j??ai obtenue aux jeux de la francophonie au Liban que l??OIF (Organisation internationale de la Francophonie, Ndlr) m??a choisie pour chanter à l??ouverture de ces jeux. Après cette étape, je vais engager à compter du 1er mars et ce jusqu??à la fin du mois d??avril, une autre tournée qui va me conduire au Swaziland, en Zambie, Namibie, Afrique du sud, dans l??Océan indien notamment aux îles Comores, les Iles Mayotte, Madagascar??Parallèlement Kareyce Fotso a un deuxième bébé musical en gestation??Mon directeur artistique et moi avions mis sur pied un concept Grâce aux financements CulturesFrance. Il s??agit d??un spectacle où je suis seule sur scène. Le producteur a bien voulu que je fasse un album qui accompagne cette scène et sied avec. C??est une expérience particulièrement exaltante. Un album naîtra avec pour titre Koagne, qui signifie la pensée, l??imaginaire, c??est la résonance. Koagne, c??est un autre concept. Une autre vision de Kareyce Fotso. Ce n??est pas l??orchestration de Mulato, mais une production vocale. Cet album n??est pas en compétition avec le premier. J??espère que le public va l??accueillir favorablement.
Alain NJIPOU, Le Messager

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