Maître Emmanuel Simh était présent cet après-midi au Tribunal militaire de Yaoundé. Ce qu’il y a vu l’a visiblement brisé. Dans un témoignage publié quelques heures après l’audience, l’avocat décrit la projection des images de la mise à mort de Martinez Zogo, journaliste enlevé et assassiné début 2023. Des images que beaucoup n’auraient pas voulu voir.
Ce que la salle a vécu
Maître Simh ne mâche pas ses mots. « L’horreur absolue », écrit-il. Sur l’écran géant du tribunal, un homme nu dans la poussière, le corps ensanglanté, la bouche entravée par un baillon, qui supplie en tendant les mains. Martinez Zogo. Vivant encore. Et personne pour l’écouter.
L’avocat décrit une salle « transie d’émoi ». Des femmes et des hommes en larmes. Certains ont quitté la salle. D’autres ont fermé les yeux, incapables de regarder. Ce n’est pas un détail de couleur locale : c’est le signe que ces images ont une force que les mots du dossier judiciaire n’avaient pas atteinte jusque-là.
La question qu’il pose est brute, presque inconfortable : « Comment des êtres humains peuvent-ils être capables d’une telle sauvagerie ? »
Personne ne répondra.
Ce témoignage fait suite à la déposition du Pr Bell Bitjoka, expert en cybercriminologie mandaté par le Commissaire du gouvernement, qui a extrait ces vidéos des téléphones portables de plusieurs accusés, parmi lesquels Eko Eko, Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga. Des données numériques, traçables, difficiles à contester.
Ce que ce moment change dans le procès
Pendant des semaines, le procès Martinez Zogo s’est perdu dans les procédures. Renvois, recours, escarmouches d’avocats. Une vingtaine d’audiences à tourner autour du fond. Là, quelque chose a changé de nature.
Maître Simh l’écrit sobrement : « Les juges diront le droit des hommes, en fonction des éléments qu’ils ont sous la main. » C’est une phrase prudente. Mais elle dit aussi que le temps des arguments abstraits est derrière nous.
Les preuves sont maintenant projetées en grand format, devant des magistrats, des avocats, des familles, des journalistes. Ce qui était dans les téléphones des accusés est sorti. Et ça ne peut plus rentrer.
C’est peut-être l’audience la plus décisive depuis l’ouverture du procès. Pas parce qu’un verdict approche, rien ne le confirme à ce stade. Mais parce que la réalité des faits a enfin pris une forme que personne dans cette salle ne pourra oublier.
Martinez Zogo avait été retrouvé mort le 17 janvier 2023 à Soa, à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé. Son corps portait des traces de torture. Il avait 51 ans.
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Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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