Humanitaire : Médecins sans frontières, suspectés au Cameroun

Médecins sans Frontières

Contrainte déjà de quitter le Nord-Ouest, pour son manque présumé de neutralité, l’Organisation non-gouvernementale est encore accusée d’aider les terroristes dans l’autre région en crise.

Dans un communiqué rendu public le 27 décembre 2021, le gouvernement camerounais par la voix du ministère de la Défense accuse Médecins sans frontières (Msf) de soutenir des séparatistes au Sud-Ouest. « Il est ainsi établi que Médecins sans frontières entretient des relations étroites avec des terroristes opérant dans la région du Sud-Ouest, et engagerait suffisamment divers moyens pour faciliter leurs actions sanguinaires sur le terrain », écrit le Capitaine de vaisseau Cyrille Atonfack Guemo, chef de division de la communication au Mindef. Selon ce dernier, Msf s’est « délibérément engagée dans une opération clandestine d’exfiltration et de couverture de terroristes, malgré la mise en garde » du gouvernement. A l’appui de son accusation, l’arrestation à Nguti le 26 décembre, dans le Kupe Manenguba, d’un leader séparatiste blessé, avec « une fausse fiche d’évacuation ». Blessé la veille dans un accrochage avec les gendarmes à Tinto, dans le Ndian, l’infirmière de Msf, sous ordre de son chef d’antenne à Mamfe, un Indien, aurait volontairement faussé l’identité de Mbu Princely Tabe, alias « General Moving Star », pour le couvrir. « À aucun moment (…), Msf n’a notifié les autorités administratives de la Manyu conformément aux protocoles opérationnels en vigueur validés d’accord parties », accuse le Mindef.

Malgré les dénégations de l’Ong, la situation est venue empirer une suspicion précédente, qui avait conduit à la suspension de ses activités de la région voisine du Nord-Ouest. Ce, après huit mois d’inactivité. En effet, le mardi 3 août 2021, elle y a retiré ses équipes médicales. « Nous ne pouvons rester plus longtemps dans une zone où nous ne sommes pas autorisés à offrir des soins à la population », regrettait alors Emmanuel Lampaert, coordinateur des opérations de Msf pour l’Afrique centrale. « Nous ne pouvons malheureusement maintenir notre personnel en stand-by plus longtemps … Nous n’avons donc d’autre choix que de retirer nos équipes. Nous garderons toutefois un petit bureau de liaison à Bamenda, la capitale régionale, afin de poursuivre le dialogue avec les autorités », précisait-il. Fâchées d’entendre que des séparatistes blessés sont aussi accueillis et soignés par ses médecins, les autorités administratives avaient sorti le bâton. Le 8 décembre 2020, le gouverneur du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique avait suspendu « le partenariat entre Médecins sans frontières et St Maria Soledad ainsi que les partenariats connexes avec d’autres formations sanitaires de la Région du Nord-Ouest en attendant la définition d’un cadre d’activités pour Médecins sans frontières par le ministre de la Santé publique ».

Plusieurs mois d’échanges avec les autorités n’ont pas permis de trouver ce nouveau cadre et la reprise des activités de ces médecins bénévoles. Bien au contraire, avant que le directeur général de Msf, Stephen Cornish, n’arrive à Yaoundé en mai 2021, la situation est bien plus pourrie. Msf n’est pas seulement accusée de soigner les terroristes, elle porterait aussi leur logistique. Msf « réfute de la façon la plus catégorique qui soit ce type d’accusations, graves et dangereuses pour nos patients et nos équipes … ‘’Nos’’ ambulances ne servent qu’à transporter des patients non armés, ayant besoin de soins immédiats, sans discrimination », fait savoir l’Ong en quête du « cadre de collaboration » promis. Celui-ci n’arrivera pas. « Si notre visite a été l’occasion d’examiner des questions importantes, aucun accord n’a pu malheureusement être atteint sur une reprise immédiate de notre assistance médicale dans la région du Nord-Ouest. Cela est décevant, mais nous gardons espoir que la levée de cette interdiction peut intervenir dans les prochains jours », avait déclaré Stephen Cornish à la fin de sa mission. Cet espoir doit s’évaporer.

Présente au Cameroun depuis 1984, Msf qui est également engagée sur le terrain de la lutte contre Boko Haram, se plaint des mauvais traitements infligés à ses volontaires. Selon leur site, pour l’année 2019, elle s’est notamment investie dans la région de l’Extrême-Nord où elle a effectué 133.300 consultations externes et pris en charge 11.700 patients dans des centres nutritionnels à Minawao, Maroua, Mora, Mokolo ou Kousseri. Jusqu’à la suspension de ses activités le 8 décembre 2020, ses équipes dans le Nord-Ouest avaient soigné 180 survivantes de violences sexuelles, assuré 1.725 consultations de santé mentale, effectué 3.272 interventions chirurgicales et transporté 4.407 patients en ambulance, dont plus de 1 000 étaient des femmes sur le point d’accoucher.

F. K. / 237online.com

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