Insensibles face au cri de détresse de leurs encadreurs scolaires, ces jeunes apprenants ont décidé de les soutenir dans le mouvement de débrayage initié le 21 février 2022 dans certains établissements secondaires.
« Payez nos enseignants » ! C’est le message (sous forme d’injonction) que des élèves du lycée classique de Bafoussam, ont rédigé hier, sur un écriteau qu’ils brandissent vers le ciel pour exiger que le gouvernement mette un terme aux souffrances de ceux qui ont la charge de leur transmettre le savoir. Les images de ces apprenants en circulation dans les réseaux sociaux, montrent bien que même ces enfants sont chagrinés, affectés et peinés de la situation que traversent leurs enseignants.
Comme un enfant qui ne saurait s’abstenir de fondre en larme lorsqu’il voit son père ou sa mère pleurer, les élèves de cet établissement scolaire ont décidé d’adjoindre leur voix à celle de leurs enseignants pour mieux les aider à revendiquer leurs droits. Comme à Bafoussam, les élèves d’un lycée situé aux environs de la ville de Yaoundé, bien que n’ayant pas utilisé les mêmes méthodes, ont eux aussi exprimé leur soutien à leur enseignante. « Quand j’ai fait part de la situation qu’on traverse à mes élèves, ils m’ont dit que ce n’est pas normal qu’on nous traite comme des esclaves et ils ont été d’accord avec moi qu’il n’y a pas cours », indique l’enseignante sous anonymat.
Mais pour ne pas faire perdre l’année scolaire à ces élèves, elle a décidé de faire la grève les jours ouvrables et d’organiser les séances de rattrapage le weekend. « Puisqu’il faille absolument que le gouvernement remédie une fois pour toute à la situation, nous avons décidé de ne pas enseigner de lundi à vendredi. Toutefois, notre conscience professionnelle nous oblige à faire le rattrapage le samedi pour que les enfants puissent être à jour avec le programme annuel », renchérit-elle. Malgré que ces enseignants crient leur colère depuis le 21 février dernier, le gouvernement reste de marbre. Sur le terrain, des administrateurs civils (préfets et sous-préfets) et des délégués régionaux et départementaux des enseignements secondaires tentent de dissuader ceux qui font grève.
Statut particulier de l’enseignant
Mais au fond, aucune résolution n’est prise pour répondre favorablement à leurs revendications. C’est d’ailleurs ce que révèle un enseignant ayant pris part à la réunion qu’a présidée le secrétaire général du premier ministère le 20 février dernier. « Le gouvernement veut jouer sur le jeu du ping-pong sans chercher à résoudre véritablement les problèmes connus de tous. Le gouvernement nous taxe d’égoïstes et de vouloir déstabiliser le pays », indique-t-il. Toutefois, nombre de ces enseignants pensent que tout n’est pas perdu et que le président de la République aurait déjà donné des instructions fermes afin que leurs problèmes soient réglés le plus tôt possible.En attendant que la solution tant attendue n’arrive, ils promettent tout de même que le mouvement « on a trop supporté », lancé le 21 février dernier, va se poursuivre. L’objectif étant de voir leur situation améliorée.
Pour ce faire, ils demandent au gouvernement de procéder : au paiement des arriérés des 25000 compléments de salaire et 90000 avancement dans un bref délai (avec rappels y afférents) ; à l’automatisation des avancements des enseignants et la prise en solde rapide des Eci ; à la suppression du système des 2/3 ; à la suppression des taxes sur le calcul de nos rappels d’intégration car nous n’avons demandé à personne de garder notre argent pendant 03 ans, 04 ans, 05 ans, 06 ans, 07 ans voire 08 ans pour certains de nos collègues ; au regroupement familial. Ils réclament aussi « le calcul de nos rappels de 1/3 sur la base de 68000 Fcfa et non sur la base de 58000 Fcfa ; la ré-automatisation du non logement dans les salaires des promotions 2020 et 2022 et enfin la mise en pratique du statut particulier de l’enseignant qui loge dans les tiroirs il y a de cela plusieurs années ».
Rostand TCHAMI / 237online.com
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