Le gouvernement camerounais a tenu ce 1er juin 2026 une conférence de presse conjointe au Ministère de la Communication à Yaoundé. Sept institutions autour de la même table : MINCOM, MINPROFF, MINAS, MINSANTE, MINJUSTICE, DGSN et SED. Le sujet, René Emmanuel Sadi l’a posé sans détour : la recrudescence des féminicides, des viols et des meurtres d’enfants au Cameroun. Les chiffres présentés font froid dans le dos.
Une progression qui ne laisse plus de place au déni
50 femmes assassinées en 2023. 67 en 2024. 77 en 2025. Et les premiers mois de 2026 confirment, selon le ministre Sadi, que la tendance ne s’inverse pas. Ce n’est plus une alerte. C’est une réalité documentée.
Les cas d’enfants cités sont tout aussi accablants. Divine Mbarga, 11 ans, violée et tuée au quartier Nkoabang à Yaoundé. Bissong Omgba Pauline Joyce, 3 ans, victime de sévices sexuels dans un établissement scolaire d’Odza. Karl Ethan, 11 ans, assassiné en novembre 2025 dans son propre domicile à Minkan. Le meurtrier du petit Mathys, lui, a été condamné à mort par la justice camerounaise. Les autres procédures sont en cours, couvertes par le secret de l’instruction.
Un détail traverse tout le discours gouvernemental : dans la majorité des cas, l’auteur des violences est une personne proche. Conjoint, parent, voisin, membre de la famille. Pas un inconnu surgit de nulle part.
C’est là que ça dérange vraiment.
Des dispositifs existent. Sont-ils suffisants ?
Le gouvernement a listé ses réponses. Une centaine d’abris temporaires sur le territoire national pour accueillir les victimes. Des « Gender Desks » déployés progressivement dans les commissariats et brigades de gendarmerie. Des « Child Desks » dans certaines unités de police. Une ligne téléphonique d’assistance aux enfants en détresse. Des formations pour magistrats, avocats et forces de l’ordre.
Sur le papier, le dispositif existe. Mais une centaine d’abris pour un pays de plus de 27 millions d’habitants, ça reste insuffisant, et personne dans la salle n’a semblé contester ce point.
Pourtant, la conférence marque quelque chose. Sept ministères et institutions qui montent ensemble à la tribune sur un même sujet, c’est rare. Le signal politique est là, même si on ne sait pas encore ce qu’il produira dans les semaines qui viennent. René Emmanuel Sadi a lui-même insisté : « La lutte que nous devons mener est une entreprise collective. » Ce mot, collectif, revenait comme un aveu que l’État seul ne peut pas tout.
La société civile, les autorités traditionnelles, les confessions religieuses : tous ont été explicitement appelés à prendre leur part.
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Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
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