Le vice-président de la Commission de l??Union africaine appelle les Etats du continent à mettre de coté, les égoïsmes individuels. Nous allons de conférence en conférence, de sommet en sommet. Pensez-vous
que le discours sur l??intégration reflète les réalités sur le terrain ?
Il est vrai, ce qui est dit dans nos différentes rencontres n??est pas forcément ce que les populations africaines vivent sur le terrain. Mais tout acte commence d??abord par une parole. Les Africains ont dit: « nous voulons l??unité ». C??est bien. Maintenant, il faut traduire cette volonté en actes. L??Afrique n??a pas encore atteint le stade d??intégration que nous voulions. Cela fait bientôt dix ans que l??Union africaine a remplacé l??Oua. Les gens sont désemparés et désespérés à cause du chômage. L??intégration traîne parce que la guerre détruit les infrastructures. Le plus grave est que les gens se déplacent et meurent dans les conflits. Ce qui en rajoute à la souffrance de certains. Et c??est la perte des valeurs économiques. L??Union européenne a été établie après la 2ème guerre mondiale. L??objectif était de rassembler tous les Etats du continent. Maintenant que l??Afrique est impliquée dans les conflits, il est temps de se resserrer les coudes. On veut s??accorder sur la libre circulation des personnes et des biens. Si nous prenons le cas des Etats-Unis, quand un Américain se déplace d??un Etat à un autre, il n??a pas besoin d??un visa ou d??un passeport. ça, c??est le premier objectif que nous voulons atteindre.
Les experts et ministres de l??intégration s??accordent à dire que la Communauté économique des Etats de l??Afrique centrale est largement en retard par rapport aux autres régions. Qu??est-ce qui ne va pas? La Ceeac a un problème: l??instabilité de ses membres. Au départ, elle en comptait dix. Le Rwanda, l??un des membres fondateurs, est parti en 2007, suivi du Burundi. La République démocratique du Congo a un pied dans la Ceeac, un autre dans la Sadc. Ces retraits et conflits d??appartenance entravent le processus. L??Afrique centrale est très riche en ressources naturelles: pétrole, coton, banane, caoutchouc, cobalt, or, diamant, nickel,?? Or, ses membres n??ont pas la technologie adéquate pour l??exploitation de ces ressources naturelles. A une époque, les membres ne payaient pas régulièrement leurs cotisations. Les guerres ont fragilisé certaines économies.
Avec tant de problèmes, est-ce que vous pensez qu??il y a des raisons d??espérer voir se réaliser une intégration en Afrique centrale ? Nous en sommes conscients. Le conseil pour la paix et la sécurité en Afrique centrale (Copax) a démarré en 2004 avec une force multinationale de la paix et un mécanisme d??alerte rapide. Ce conseil autorise à envoyer des forces de maintien de la paix dans les Etats en difficulté. C??est une initiative encourageante. Au sein de l??Union, nous avons mis sur place huit communautés économiques régionales (Cer). Tous les regards étaient focalisés sur ces Communautés. Certaines sont déjà avancées dans le processus d??intégration sous régional. D??autres non. Notamment les Etats du golfe de Guinée. C??est la raison de la tenue des travaux de Yaoundé. Il faut appliquer le programme minimum d??intégration dans chaque communauté.
Il n??y a pas que l??Afrique centrale. Où est passée l??Union du Maghreb ? Pourquoi n??est-elle pas représentée aux travaux de Yaoundé ? Nous avons justement invité l??Uma à s??impliquer davantage. Bien que cela ne veuille pas dire que l??Egypte, l??Algérie ou la Lybie ne sont pas actifs au sein de l??Union. Il nous faut un programme minimum d??intégration pour accélérer ce processus. Nous avons pris des décisions importantes. Il s??agit pour nous de transformer les différentes commissions. Il faut doter les commissions d??un pouvoir exécutif capable de coordonner et de faciliter les échanges entre Etats.
L??Union africaine est l??une des rares institutions au monde avec des Etats dirigés par des putchistes. Que faites-vous pour empêcher cela ? De nombreux chefs d??Etats africains prennent le pouvoir par les armes. Nous condamnons cela. Aujourd??hui, la Mauritanie reste suspendue de toute activité de l??Union. Nous avons gelé toutes relations avec cet Etat, jusqu??à ce que l??ordre constitutionnel soit rétabli. Il faut noter cependant que l??Ua n??a pas encore assez d??instruments juridiques pour aller plus loin. Elle n??est pas insensible à tous ces dysfonctionnements. Mais, nous agissons à la limite de nos moyens, l??Ua n??a pas encore une armée. S??il y a violation à l??ordre constitutionnel, nous infligeons des sanctions à l??Etat fautif. Nous suspendons toutes ses activités au sein de l??Union. Cependant, nous essayons de maintenir un certain contact avec ce pays dans l??optique de l??amener à respecter l??ordre constitutionnel. Ce que nous avons constaté ces derniers temps et ce qui devient une préoccupation sociale, est que des chefs d??Etats entreprennent un changement de l??ordre constitutionnel. Ils organisent des élections dans le but de se maintenir au pouvoir. Nous le déplorons. Si un chef d??Etat est impliqué dans le changement de l??ordre constitutionnel et pour le bien de son peuple, il ne doit pas se présenter aux élections.
Et la question de la souveraineté des Etats??. Elle ne devrait pas constituer un obstacle à l??intégration. Ce qu??il nous faut, ce sont des infrastructures communes pour faciliter la circulation des personnes et des biens, un marché commun. Nous devons parler le même langage sur la scène internationale.
??crit par Irène Gaouda, Le Jour




