Energie électrique: Le Cameroun broie du noir

Eneo sponsor obscurité

L’opérateur stratégique du gouvernement en matière de fourniture d’énergie a annoncé le 27 mai, l’assèchement de ses retenues d’eau.


Depuis lors des villes entières sont dans le noir pour cause de coupures durant tout ce mois de juin.
Dans la soumission et la résignation, les populations de nombreuses villes du Cameroun vivaient déjà le phénomène. Dans certaines régions du pays le calvaire dure depuis trois et quatre mois. Et pourtant, la société nationale d’électricité (Eneo) a protesté à chaque plainte de ses clients au sujet des délestages. Au moins jusqu’à ce qu’elle rende public un communiqué de presse, le 27 mai 2015. Pour la direction de cette entreprise, «à cause d’un épuisement sévère des stocks d’eau dans nos barrages réservoirs, le service électrique dans notre pays connaît en ce moment de fortes perturbations depuis le 23 mai 2015. Entre le 23 avril et le 26 mai 2015, nous avons enregistré sur la Sanaga, un déficit inhabituel de l’ordre d’un milliard six cents millions de mètres cubes d’eau, comparé à la même période de l’année dernière».
Si Eneo se garde d’utiliser le mot délestage, entendu à une époque dans l’opinion comme «détestage», il est clair que son programme officiel de coupures et de rationnement du courant électrique pourrait s’étaler sur un mois. Pour les plus optimistes, les délestages pourraient durer trois semaines. Ce qui est un véritable problème aussi bien pour les ménages et que pour les entreprises. Les unités de transformation notamment pour qui, il n’existe pas de vie sans énergie électrique. Si pour l’heure, les différents syndicats ne s’expriment pas officiellement sur la question attendant selon, certains de voir la suite à donner aux différents contacts déjà noués, sous cap, certains dénoncent la politique énergétique du Cameroun.

Conflit larvé
Car, «que le niveau des eaux dans les barrages soit au plus bas, n’est pas un fait spontané. Surtout que d’autres sources d’énergie existent pour ce pays béni de Dieu». Toujours est-il que pour Eneo, Songloulou et Edéa au plus bas, c’est au moins 80Mw en moins. Conséquence directe: toutes ces coupures. A côté des difficultés objectives que rencontre l’entreprise, il y a toujours sous les eaux, la querelle née de la mise en fonctionnement de la Centrale à gaz de Kribi. Le conflit larvé oppose Eneo et la Snh au sujet de la complémentarité des prestations. D’où certainement l’attitude d’Eneo qui ne communique plus sur «les effets additionnels et salvateurs» de l’apport de la Centrale à gaz de Kribi. Pendant longtemps cependant, ce chantier a été présenté comme l’investissement phare de l’ancien actionnaire majoritaire Aes au Cameroun. En cédant ses parts à Actis en 2014, il entendait lui en passer le témoin aussi.
Depuis le milieu de l’année 2013, Aes qui se préparait à céder les activités de transport, de transformation et de distribution de l’énergie électrique à Actis, était formelle à dire que les délestages faisaient partie de l’histoire ancienne. Une affirmation qui n’a pas échappé aux ménages et entreprises qui vivaient déjà très mal les coupures intempestives d’électricité. Raison pour laquelle certaines assurances du communiqué de presse du 27 mai 2015, semblent vaines pour les consommateurs camerounais. «Eneo et les pouvoirs publics s’activent pour trouver des solutions». Un air du déjà entendu, commente un leader d’une des associations de défense des droits des consommateurs qui constatent avec effroi l’état de pourriture du réseau électrique. Une réalité que ne nient pas de nombreux cadres de cadres qui, sous anonymat, soutiennent que la société ne dispose pas suffisamment de poteaux pour certaines réparations.
A l’allure où vont les choses, les pertes sur le réseau qui représentaient environ 33% de la puissance installée de 968 Mw en 2014, pourraient s’amplifier en cette année 2015. Bien plus que les 320 Mw indiqués donc. Toujours est-il que dans cette première partie de l’année 2015, les experts situent à 39,3%, un peu plus de 380 Mw. Des mois sombres attendent donc le Cameroun si rien n’est fait. Car, entre la détérioration du réseau de transport et le caractère suranné des équipements dont les postes de transformation, le pays risque encore pendant longtemps, de véritablement broyer du noir.

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