Elections nigérianes: Une présidentielle à hauts risques demain

Après un premier report pour des raisons de sécurité, le scrutin qui devrait se tenir demain pourrait impacter sur le Cameroun.[pagebreak]A moins d’un improbable nouveau report, 66 millions de Nigérians seront appelés dès demain aux urnes dans le cadre du premier tour d’une présidentielle dont l’enjeu est crucial aussi bien pour l’avenir immédiat du plus grand pays d’Afrique – par taille démographique et le poids économique – mais aussi pour la sécurité de ses voisins, comme le Tchad, le Niger et le Cameroun. Des Etats déjà confrontés à la menace terroriste qui s’est enracinée dans le Nord-Est de ce pays. Signe évident de la crispation suscitée par cet évènement, le Nigeria a procédé mercredi dernier à la fermeture de toutes ses frontières terrestres et maritimes jusqu’à minuit le jour des élections. Le site internet de Radio France internationale (Rfi) nous apprend même que des rumeurs annonçant un coup d’Etat militaire en cas de contestation des résultats, ont amené l’ancien chef d’Etat, Olusegun Obasanjo, « à mettre en garde contre toute intervention militaire dans les affaires du pays ».

Des rumeurs sans doute nourries par le déploiement des soldats dans les rues, ainsi qu’autour des bureaux de vote en violation des instructions formelles des juges fédéraux. Pour ajouter à la confusion et à la suspicion, les autorités policières ont invité les électeurs à ne pas s’attarder dans les bureaux de vote, alors que les partis politiques ont expressément demandé à leurs partisans d’y camper jusqu’au dépouillement. Dans ce pays de 177 millions d’habitants où la dévolution du pouvoir par les armes est récurrente, l’attitude des autorités n’est pas forcément rassurante pour les populations qui ont commencé à constituer des provisions en vivres en prévision d’éventuels jours difficiles.
Sur les 14 candidats en lice dans ce scrutin à hauts risques, deux challengers s’affrontent sans pitié depuis des mois. Le président sortant, le chrétien et « sudiste », Jonathan Goodluck requinqué par les récents succès de l’armée nigériane face aux insurgés de Boko Haram, semble bien résolu à conserver le fauteuil qu’il occupe depuis 1991. Son principal challenger, le « nordiste » et musulman Mahammadu Buhari, en sera à sa quatrième tentative. Ce général à la retraite de 72 ans qui a fait un bref passage à la magistrature suprême à la faveur d’un coup de force en 1983, a fait campagne sur le thème de l’insécurité non sans accuser son adversaire de n’avoir pas fait assez pour régler le problème Boko Haram.

Coup d’état
Si l’issue de ce scrutin semblait favorable il y a quelques mois encore à Jonathan Goodluck, elle est devenue beaucoup plus incertaine, surtout depuis que son parti, le People’s democratic party (Pdp) a enregistré le 16 février dernier une défection de taille. Celle d’Olusegun Obasanjo qui a déchiré publiquement sa carte du Pdp. Devant cette incertitude, y a-t-il donc des risques véritables de troubles post-électoraux au Nigeria avec des répercussions notamment sur le Cameroun qui accueille déjà dans le seul camp de Minawao dans la région de l’Extrême-Nord, 32 000 refugiés en provenance de ce pays ?
L’expert en questions de sécurité et de défense, Raoul Sumo Tayo, répond par l’affirmative. « Comme il est de tradition au Nigeria, à l’occasion des élections, les hommes politiques recrutent des entrepreneurs du crime pour perturber les élections dans des zones qui ne leur sont pas acquises. De troubles graves sont donc à craindre et dans ce contexte, il n’est pas exclus que l’armée intervienne. Car, il existe une tradition de contestation systématique du verdict des urnes au Nigeria et, en cas de chaos, un coup d’Etat militaire sera la seule issue », prévient-il.
Cet expert relève en outre que de nombreuses voix, au sein même du parti présidentiel, « ont remis en cause, la capacité du président Goodluck Jonathan à gouverner le Nigeria, de venir à bout de la secte islamiste Boko Haram. Il n’est donc pas exclu que les militaires décident de prendre les choses en main en cas de victoire de ce dernier face à son principal challenger, l’ex-général Buhari », conclut-il.

Yanick Yemga

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