Dossier: L’histoire de l’élargissement de l’Otan

L'Otan

Il y a 73 ans, le 4 avril 1949, douze États ont créé l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan). Aujourd’hui, après huit vagues d’élargissement, elle comprend 30 pays.

Création de l’Otan

L’une des prémisses à la création de l’Otan était la doctrine de « l’endiguement de l’URSS », proclamée en mars 1947 par le président américain Harry Truman. L’Otan a été fondée sur la base du traité de l’Atlantique Nord signé par les ministres des Affaires étrangères de 12 pays (Belgique, Royaume-Uni, Danemark, Islande, Italie, Canada, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal, États-Unis et France) le 4 avril 1949 à Washington pour « promouvoir la stabilité et la prospérité dans la région de l’Atlantique Nord ».

Élargissement

L’Otan a élargi sa liste des États membres à plusieurs reprises. Pour la première fois, de nouveaux membres se sont joints au traité de l’Atlantique Nord le 18 février 1952. C’étaient la Grèce et la Turquie. Le 6 mai 1955, la République fédérale d’Allemagne a adhéré à l’Otan (le 3 octobre 1990, après la réunification de l’Allemagne, la République démocratique allemande s’est également jointe à l’Alliance). Le 30 mai 1982, l’Otan a porté le nombre de ses États membres à 16 à l’aide de l’Espagne.

Au début des années 1990, lorsque la guerre froide a fini suite à l’effondrement de l’Union soviétique, l’Alliance a commencé à créer différents mécanismes de consultation avec les anciens pays du Pacte de Varsovie (1955-1991). Ainsi, le Conseil de coopération nord-atlantique a été fondé en 1991 (remplacé par le Conseil de partenariat nord-atlantique en 1997). En 1994, a été adopté le Partenariat pour la paix visant à établir une coopération totale entre l’Alliance et les États qui ne sont pas ses membres. En 1995, l’Alliance a publié une étude affirmant que dans les nouvelles circonstances, « une occasion unique s’est présentée » pour un nouvel élargissement de l’Alliance pour « renforcer la sécurité dans toute la région euro-atlantique ». Le sommet de Madrid de 1997 a réuni la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, suivies par d’autres États de l’ancien camp socialiste. Depuis la fin des années 1990, 14 pays ont adhéré à l’Otan: en 1999, c’étaient la Hongrie, la Pologne et la République tchèque; en 2004, la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et l’Estonie, en 2009 l’Albanie et la Croatie; en 2017, le Monténégro; en 2020, la Macédoine du Nord. Aujourd’hui, l’Otan comprend ainsi 30 pays.

En avril 2008, lors d’une réunion à Bucarest, les dirigeants de l’Alliance ont déclaré qu’ »avec le temps, l’Ukraine et la Géorgie pourraient se joindre à l’Otan ».

Promesses de non-élargissement faites par l’Occident aux dirigeants soviétiques

Le 12 mai 2015, la mission permanente russe au sein de l’Otan a publié une analyse des relations de la Russie avec l’Alliance intitulée « Otan-Russie: mythes et faits », selon laquelle l’élargissement de l’Otan a eu lieu en violant des promesses verbales faites par les dirigeants occidentaux, notamment par le chancelier allemand Helmut Kohl et le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher au dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev en 1990 lors des pourparlers sur la réunification de l’Allemagne.

Le 18 février 2022, le magazine allemand Der Spiegel a informé des documents d’archives confirmant la promesse faite par les pays occidentaux aux dirigeants soviétiques de ne pas élargir l’Otan vers l’est. Le ministère russe des Affaires étrangères a présenté le 24 février une vidéo de 1990 montrant le chef de la diplomatie allemande Hans-Dietrich Genscher et le secrétaire d’État américain James Baker qui déclarent devant la caméra qu’on avait donné des garanties aux partenaires de l’Union soviétique sur le non-élargissement de l’Otan vers l’est.

Position de la Russie sur l’élargissement de l’Otan

La Russie s’est prononcée à plusieurs reprises contre l’élargissement de l’Otan vers l’est, estimant que ce processus avait accru des tensions en Europe. Selon les évaluations des militaires russes, l’adhésion de nouveaux membres à l’Otan raccourcit la période de déploiement stratégique des forces de l’Alliance et réduit le temps dont dispose la Russie pour amener ses forces à l’état d’alerte opérationnelle. En août 2008, Dmitri Rogozine, représentant permanent de la Russie au sein de l’Otan à l’époque, a déclaré que la décision du sommet de l’Otan avait en fait poussé les dirigeants géorgiens à lancer une agression militaire contre l’Ossétie du Sud qui a commencé le 8 août 2008.

En 2008, face à l’élargissement de l’Otan vers l’est et l’élaboration de projets de déploiement de la défense antimissile américaine en Pologne, le président russe Dmitri Medvedev a proposé de signer un traité de sécurité européenne qui soulignerait le principe de l’indivisibilité de la sécurité. Ce traité a été « destiné à confirmer sous une forme juridiquement contraignante qu’aucun État ou organisation internationale ne peut avoir de droits exclusifs pour maintenir la paix et la stabilité dans la région euro-atlantique ». Toutefois, cette proposition n’a pas été soutenue par les pays occidentaux.

En décembre 2019, le président russe Vladimir Poutine, lors d’une réunion sur le développement naval à Sotchi, a déclaré: « Aujourd’hui, nous devons estimer que l’élargissement de l’Otan, de ses infrastructures militaires près des frontières russes, c’est l’une des menaces potentielles à la sécurité de notre pays ». Le 1er décembre 2021, Vladimir Poutine a fait savoir: « Dans le dialogue avec les États-Unis et leurs alliés, nous insisterons sur l’élaboration des accords concrets qui excluent tout nouvel élargissement de l’Otan vers l’est et le déploiement des systèmes d’armes qui nous menacent à proximité immédiate de la Russie. » Le dirigeant russe a souligné que la Russie avait besoin de « garanties juridiques précises, puisque les collègues occidentaux n’ont pas respecté leurs engagements verbaux » (concernant les promesses selon lesquelles l’Otan ne s’élargira pas vers l’est après la réunification de l’Allemagne).

Le ministère russe des Affaires étrangères a publié le 17 décembre 2021 des projets de traités sur les garanties de sécurité envoyés par la Russie aux États-Unis et à l’Otan. La Russie y a proposé de ne pas se considérer comme des adversaires, de faire preuve de retenue dans les manœuvres militaires à proximité des frontières, de s’abstenir d’activités militaires en Europe de l’Est, en Transcaucasie et en Asie centrale, ainsi que de garantir que l’Otan ne poursuivra pas son élargissement et le déploiement de ses armes dans les pays qui ont adhéré à l’Alliance après le 27 mai 1997, date de la signature de l’acte Otan-Russie. Toutefois, trois séries de consultations en janvier 2022 avec l’Otan, les États-Unis et l’OSCE n’ont abouti à rien. Le 26 janvier, les États-Unis et l’Otan ont fourni à la Russie des réponses écrites aux projets russes, où les points essentiels – le non-élargissement de l’Otan vers l’est et le retour aux frontières de 1997 – ont été rejetés.

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