Détention provisoire de Maurice Kamto et Cie : Quand le MRC verse dans l’hystérie – 237online.com
Société

Détention provisoire de Maurice Kamto et Cie : Quand le MRC verse dans l’hystérie

Beaucoup ont sans doute observé avec intérêt et davantage encore d’étonnement l’hystérisation de la scène politique ces dernières semaines par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et ses sympathisants.

Leur stratégie d’occupation de l’actualité politique à travers des marches de protestation interdites, soutenues par une propagande haineuse dans les réseaux sociaux, est rien moins qu’une tentative de s’imposer dans l’agenda médiatique et dans l’imaginaire des Camerounais. Ce qu’ils ont sans conteste réussi, mais à quel prix ?

Le choix d’inclure la vandalisation des ambassades du Cameroun à l’étranger dans leurs programmes de manifestation constitue à n’en pas douter la bêtise de trop. En saccageant à tout va le 26 janvier dernier bureaux, documents, effigies, drapeaux, ils ont sous-estimé le lien quasi-mystique qui unit les citoyens à leur patrie. Lien symbolisé par les objets et autres bâtiments qu’ils ont déboulonnés ou détruits. Pis, en s’en vantant dans des vidéos comme des mauvais garnements ayant investi la chambre des parents en leur absence, ils ont posé un acte qui, en empruntant à la psychanalyse, qui relèverait de l’ordre de la profanation.

En effet, le traumatisme des Camerounais, plus d’un mois, n’a pour corollaire que la violence des images et des fanfaronnades qui les accompagnent. Nul doute que les stratégies du MRC, dans leur souci de créer un électrochoc, n’ont pas jaugé à leur juste valeur la résonance de tels forfaits. Mais, les dommages ne sont pas que psychologiques, comme on peut le penser. En cette année électorale, où tous les acteurs politiques ont en tête de marquer l’histoire, le MRC sait qu’il a une carte à jouer. De par la personnalité de son leader, ancien ministre, mais aussi de par les résultats engrangés lors de la présidentielle du 7 octobre 2018. Mais, en tolérant le vandalisme sauvage, même à la périphérie de son mouvement, sans condamnation ferme et claire, le MRC donne à penser aux observateurs de la scène politique sous nos cieux.

Car, pourquoi un parti politique qui a, selon toutes les analyses, une carte à jouer aujourd’hui choisirait-il la désobéissance, la provocation et la violence ? La réponse parait évidente : pour construire les conditions du chaos. « Apocalypse now », c’est le vœu de certains qui espèrent que, grâce à la confusion ainsi créée, et au soutien de la fameuse communauté internationale si regardante sur les bavures des forces de l’ordre, et si peu sur les incivilités citoyennes, le pouvoir soit obligé de rebattre les cartes politiques, en leur faveur, et aussi au profit d’autres acteurs qui sont peut-être pour l’instant dans l’ombre.

Ce à quoi nous assistons donc aujourd’hui peut apparaitre comme une tentative de changer le rapport de force politique par la violence, pour reprendre les mots du philosophe Yuval Noah Harari au sujet du terrorisme. Un véritable coup de poker. Qu’avons-nous à y gagner ? Nous devrions nous y interroger, nous citoyens camerounais. En réalité, nous avons tout à y perdre. La concorde, la paix, la concorde nationale, si essentielle dans le patchwork humain qu’est le Cameroun. Mais, aussi, la capacité à choisir nous-mêmes notre propre destin. L’objectif ici n’est pas de donner des leçons à un parti politique. Les partis ont la légitimité d’animer la scène politique dans les limites de la légalité. Non, le propos est plutôt de tenter une explication à un phénomène qui génère tant de brutalité, et pas simplement rhétorique.

Beaucoup de sociologues croient déceler dans ces radicalisations et ces envies de tuer déclamées sans pudeur dans les réseaux sociaux des germes du populisme. Un populisme à l’africaine qui se nourrirait de détestation des élites, de xénophobie, de rejet de la mondialisation et de l’économie de marché. Sauf que l’un des marqueurs du populisme reste tout de même la sacralisation de la Nation, l’adoration de la patrie. S’il est admis que les populistes ne bruleraient jamais le drapeau d’une Nation qu’ils idolâtrent, alors ce que le Cameroun subit depuis quelques semaines relève davantage de l’opportunisme politique et de la manipulation des esprits.

Alors que la Justice, saisie, doit poursuivre sereinement son travail, il convient de relever que l’un des effets pervers de cette tempête médiatique autour des exactions des sympathisants du MRC, c’est de distraire le public des sujets qui mériteraient sa plus vive attention. Depuis le 4 janvier dernier, le premier gouvernement du septennat est à l’œuvre. Le Président de la République l’a engagé à poursuivre la modernisation de l’économie, à améliorer les conditions de vie des Camerounais, à poursuivre et à achever les grands travaux d’infrastructures, notamment ceux liés à l’organisation de la CAN Total 2021 au Cameroun. Sans oublier l’organisation de trois élections au cours de l’année. Tous ces grands sujets méritent l’attention des Camerounais. Pourront-ils s’y investir ? Sont-ils condamnés à visionner ces bouffonneries tragicomiques des dirigeants du MRC par médias interposés ?

Cette nouvelle équipe ministérielle doit aussi et surtout soigner les fractures du pays, en priorité celles avec les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Seul un travail acharné du gouvernement et de la haute administration est à même de produire les fruits escomptés. Question : quelle réforme économique et sociale sérieuse peut-on conduire dans la fébrilité, l’insécurité et le brouhaha ? Une chose est sure : les Camerounais ne doivent pas se laisser distraire. Une autre rassure : les autres formations politiques, près de 300 au total, ont dédaigné l’aventure ambiguë du MRC. Rares en effet sont ces associations politiques qui ont soutenu le MRC dans sa énième bravade à l’autorité, qui le positionne non comme un parti rassembleur mais un chantre de la division et des révoltes de rue.

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L'Equation : Yolande EDIMA
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