Defo Sokoudjou : un notable américain honoré

Ce peuple de l??Ouest tenait à rendre un grand hommage à un Américain qui a beaucoup ??uvré dans le développement de leur communauté. Janet E. Garvey : pas encore de ?? successeur ??Un Noir à la tête

des Etats-Unis d??Amérique et un Américain notable dans un village camerounais. Le rapprochement est peut-être tiré par les cheveux, mais il relève quelque chose de capitale : la capacité d??intégration de certaines personnes. L??unique différence étant que le second est décédé quelque temps seulement avant l??investiture du premier à la présidence du pays le plus puissant du monde. Destin croisé, mais destin quand même, que le peuple Bamendjou a tenu à célébrer mardi 24 mars 2009. C??était à l??occasion des funérailles organisées par le chef supérieur de Bamendjou pour le décès de John Granville, un jeune diplomate américain de 33 ans, membre du Peace Corps (Corps de la paix américain). Il avait été assassiné le 31 décembre 2008, alors qu??il se trouvait en mission au Darfour (Soudan).
John Granville était donc un notable de la chefferie Bamendjou, et ce depuis 2006. Il avait été anobli par le Fo??o Jean Philippe Rameau Sokoudjou. Selon les us et coutumes de la communauté, il avait pris le nom de Defo Sokoudjou. Ses funérailles n??ont laissé personne indifférente. En commençant par l??ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Janet E. Garvet, accompagnée d??une forte délégation du Peace Corps. Les élites du village, réunies au sein du comité permanent de développement du village Bamendjou, ont fait également le déplacement depuis Douala et d??autres villes du pays. La plupart des autorités administratives de cette petite localité étaient également présentes, pour assister aux cérémonies. Tout a commencé vers 10 heures, avec la grande prosternation du peuple à son chef, incontournable avant chaque cérémonie présidée par le Fo??o. Il s??est ensuite agi de certains discours, ou plutôt des témoignages. Ceux de Janet E. Garvey et de James Han, directeur national du Corps de la paix au Cameroun, ont été émouvants, rappelant chacun ce que l??Américain disparu avait fait pour la communauté. Le Fo??o de Bamendjou, en exécutant une danse funéraire avec ses administrés, a également rendu un vibrant hommage à son notable. Seule articulation absente à la cérémonie : la désignation du successeur de Defo Sokoudjou parmi les notables. L??ambassadeur, malgré l??insistance du chef supérieur, n??a pas désigné ce successeur. Mais, quoi qu??il en soit, les villageois de Bamendjou n??ont visiblement pas été déçus. Ils ont plutôt tenu à aller jusqu??au bout de ce qu??ils avaient prévu.
John Granville : un ?? mémorial ?? de 3,5 hectares
C??est ainsi que vers 14 heures, les invités ont pu découvrir le ?? mémorial ?? dédié à John Granville. Sur cette pierre érigée sur une colline du village, l??on peut lire en anglais et en français : ?? Concession Defo Sokoudjou né John Granville inaugurée le 24 mars 2009 par son excellence Mme Janet Garvey, ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, accompagnée du directeur national du Corps de la paix américain et le Fo??o des Bamendjou, Sa Majesté Tchendjou II Sokoudjou Jean Philippe Rameau ??. En fait de concession, il s??agit d??un lopin de terre de 3,5 hectares, situé à 3 kilomètres de la chefferie, au sommet d??une colline, et qui devrait en principe être la propriété du successeur du notable. James han, tout en regrettant l??absence de la famille de John Granville à Bamendjou, a promis de transmettre toute cette marque de reconnaissance. ?? Ce que l??on a vécu ici ce jour est inoubliable. Cela nous montre à quel point John était un membre de cette grande communauté Bamendjou ??, a-t-il expliqué. En fait, le ?? don ?? est à la dimension de l????uvre laissée par Defo Sokoudjou. Son intégration sociale fut fulgurante et très riche de part tout ce qu??il a apporté au développement de cette communauté. John Granville, en collaboration avec quatre bénévoles camerounais, et en réseau avec d??autres membres du Peace Corps, va travailler dans l??encadrement des populations des localités telles que Baméka, Batié, Bamendjou, Galim, Bapa, ??Les secteurs prioritaires sont l??agroforesterie, la pisciculture et le small size business (le petit commerce). A Bamendjou spécialement, il anime plusieurs fronts de développement participatif. Quelques exemples : avec les parents d??élèves, Granville obtient un appui financier pour l??extension et l??équipement de l??école primaire africaine bilingue où il avait auparavant constitué une bibliothèque et placé un point d??eau potable, après avoir créé un cours d??anglais pour adultes. John Granville trouve également auprès de l??ambassade des Usa au Cameroun des bourses scolaires pour les jeunes filles du lycée de Bamendjou et des bourses d??études universitaires à certains collègues. Sur le plan de la santé, Defo Sokoudjou accompagne des médecins dans les campagnes de vaccination et créé un incinérateur pour détruire les ordures. John Granville, après un bref retour dans son pays, revient au Cameroun pour cette fois mettre sur pied des stratégies de lutte contre le Vih/Sida en tenant compte des réalités culturelles du peuple Bamendjou. C??est à la lumière de toute cette grande ??uvre (qu??il a également menée dans la région de l??Extrême-Nord) que le Fo??o l??élève au titre prestigieux de Defo Sokoudjou (grand notable et conseiller du Fo??o).
Un Américain, comme un Bamendjou Une intégration fort réussie donc, et qui réjouit tous ses compatriotes présents à ses funérailles. Janet E. Garvey l??a rappelé à chacune de ses interventions. ?? Il a beaucoup ??uvré pour encourager l??intégration, la capacité et la volonté des peuples à se comprendre ??, explique la diplomate. D??autres volontaires du Peace Corps présents dans le pays vivent cette expérience chacun à leur manière. ?? Lorsque nous arrivons, nous nous investissons avec beaucoup de joie dans la vie communautaire. Notre objectif est de leur apporter ce que nous savons, de les accompagner dans le développement de leur localité en leur apportant toute notre expertise dans certains domaines ??, explique une Américaine. James Han est encore plus prolixe sur le sujet : ?? nous faisons un travail qui nous amène à nous intégrer dans la société où nous allons. Disons juste qu??il y a des gens qui s??intègrent plus rapidement que d??autres. Mais dans tous les cas, il faut cette intégration, puisqu??elle nous permet de mieux travailler avec les communautés, de comprendre leur mode de vie de manière à adapter les méthodes de développement et de lutte contre un certain nombre de fléaux qui minent la localité ??. Autant le dire, les volontaires du Peace Corps doivent vivre comme les ?? villageois ?? s??ils veulent les aider. Dans tous les cas, l??on citera pendant longtemps encore à Bamendjou l??exemple d??intégration de John Granville. Le Fo??o en premier. Pour lui, ?? la cérémonie organisée en l??honneur de Defo Sokoudjou rentre en droite ligne de ma politique d??ouverture du peuple Bamendjou au monde ??. Surtout qu??il faut savoir être reconnaissant à ceux qui ont apporté un plus dans le développement de la communauté. Ce qui reste dorénavant à faire est de ?? savoir comment faire pour continuer à vivre cette intégration ??, conclut le chef supérieur Bamendjou.
Par Alain NOAH AWANA Envoyé spécial à Bamendjou, Le Messager

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