Politique

Crise anglophone : Maurice Kamto fait le procès du régime Biya

Dans un communiqué publié le 13 janvier 2021, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun interpelle la responsabilité du gouvernement afin de mettre un terme au conflit en zone anglophone.

La position de Maurice Kamto rejoint celle du Congrès américain, qui a voté une Résolution (684) le 1er janvier dernier. Le président national du Mrc a publié mercredi, un communiqué à travers lequel il revient sur les dernières tueries en zone anglophone et l’horrible attentat terroriste perpétré à Mozogo (Extrême-Nord) le 8 janvier. Plus d’une trentaine de personnes sont mortes dans ces différentes attaques.En présentant ses condoléances aux familles des victimes, l’opposant note que le Cameroun «vit une de ces périodes parmi les plus sombres de son histoire». «Si les massacres perpétrés dans la région de l’Extrême-Nord du pays sont le fait des barbares illuminés, aveuglés par des croyances obscurantistes, qui exploitent et manipulent la détresse des populations tenaillées par la misère, la poursuite des tueries dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont le résultat de notre indifférence, de notre incapacité à l’indignation collective, de l’arrogance et du mépris du pouvoir en place, du désespoir et des dérives meurtrières des groupes armés de tous acabits», tranche l’ancien ministre. «Combien de morts faut-il de plus pour que nous prenions conscience du désastre dans lequel nous laissons sombrer ce pays qui nous est cher ?», interroge M. Kamto.

Guerre honteuse et ruineuse

Une fois encore l’homme politique interpelle la responsabilité du gouvernement camerounais, «s’il leur reste encore un peu d’humanité, pour qu’ils mettent un terme à cette guerre honteuse et ruineuse à travers une solution politique qui est l’unique voie pour la résolution de cette crise ouverte», lance-t-il. Le leader du Mrc exige enfin l’ouverture des enquêtes indépendantes pour faire la lumière sur toutes ces tueries et traduire les responsables en justice. La crise dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest figure parmi les « plus négligées » du monde, selon les évaluations du Norwegian Refugee Council. D’après l’International Crisis Group, les combats ont tué plus de 3.000 personnes et poussé 600.000 autres au déplacement. La crise actuelle constitue une résurgence particulièrement inquiétante de ce vieux problème. Jamais la question anglophone ne s’était auparavant manifestée avec une telle acuité. La mobilisation des avocats, enseignants et étudiants à partir d’octobre 2016, ignorée puis réprimée par le gouvernement, a ravivé des mouvements identitaires datant des années 1970, qui demandent le retour au modèle fédéral existant entre 1961 et 1972. L’arrestation des figures de proue du mouvement et la coupure d’Internet en janvier ont achevé de saper la confiance entre le gouvernement et les activistes anglophones. Depuis, les deux régions anglophones vivent au rythme des villes mortes, du boycott des écoles et d’incidents violents sporadiques. Les groupuscules sécessionnistes se multiplient depuis janvier.

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Radicalisation

Ils profitent de la situation pour radicaliser la population avec l’appui d’une partie de la diaspora anglophone. « Si le risque de partition du pays est très faible, celui d’une résurgence à moyen terme du problème sous forme de violence armée est élevé, car certains de ces groupuscules appellent désormais à la violence », déplore l’Ong. Les mesures gouvernementales prises depuis mars – la création d’une Commission nationale pour le bilinguisme et le multiculturalisme, de sections Common Law à la Cour suprême et à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), le recrutement de magistrats anglophones et de 1000 enseignants bilingues, ou encore le rétablissement d’Internet après 92 jours d’interruption – ont eu peu d’effets. Les figures de proue de la contestation les jugent tardives et insuffisantes. La réaction de la communauté internationale a été plutôt limitée, mais elle a néanmoins poussé le gouvernement à adopter les mesures sus-énoncées. Le régime de Yaoundé semble en effet plus sensible aux demandes internationales qu’à celles des acteurs nationaux. Beaucoup d’observateurs croient dur comme fer que sans une pression ferme, persistante et coordonnée des partenaires internationaux du Cameroun, il est peu probable que le gouvernement s’oriente vers des solutions de fond. Le sang continue de couler !

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