Crise anglophone : Deux employés de Médecins sans frontières désormais libres

Médecins sans Frontières

Ils ont passé cinq mois de détention arbitraire à la prison centrale de Buea pour soupçons de complicité avec les séparatistes. Deux autres volontaires sont toujours en détention.

L’Ong Mandela Center International a annoncé la libération de deux employés de Médecins sans frontières. Cette annonce a été faite le 19 mai 2022 dans un communiqué de presse. Ces deux employés étaient en détention provisoire à la prison centrale de Buea depuis janvier 2022. Ils ont été libérés par une décision du juge d’instruction militaire en service au tribunal militaire de Buea.

Ashu Dabinash Godlove, conducteur d’ambulance à Msf et Madame Mewouo Marguerite Gerzande, infirmière urgentiste, ont été inculpés par le tribunal militaire de Buea dans le Sud-Ouest pour complicité d’évasion d’un terroriste et complicité d’actes de terrorisme. Mandela Center International relève que ces deux employés recouvrent leur liberté après cinq mois de détention arbitraire. Leur libération intervient quelques jours après une rencontre entre le premier ministre chef du gouvernement et le représentant de l’Ong Médecins sans frontière au Cameroun. Ces deux employés attendent l’ordonnance de clôture de l’information judiciaire du juge d’instruction pour savoir s’ils vont comparaître libres. Cette ordonnance peut également aboutir à un non-lieu.

Le samedi 25 décembre 2021, à 14h30 mn, alors que les populations sont occupées à fêter Noël, une patrouille de l’armée camerounaise, notamment la brigade territoriale de gendarmerie de Tinto, arrondissement de Upper Bayang, département de la Manyu, lourdement armée a eu un violent accrochage dans la petite bourgade de Tinto2, non loin du chef-lieu de l’arrondissement avec un groupe armé se réclamant des séparatistes. Au terme de l’affrontement de plusieurs minutes, deux éléments des groupes séparatistes ont été grièvement blessés par balles. Les dégâts mineurs ont été enregistrés du côté de la gendarmerie comme l’expliquait le chef de la Division de la communication du ministère de la défense. Les frères d’armes des combattants blessés, venus en renfort les ont conduits immédiatement en moto dans la localité forestière de Ntenmbang. Les leaders des groupes armés vont alors contacter le responsable de l’antenne Msf de Mamfé. Après l’alerte et eu égard à l’insécurité généralisée, l’équipe de Médecins sans frontières a engagé les préparatifs d’usage afin de procéder à l’évacuation des blessés. Les deux employés de Msf ont été stoppés devant un poste de police au moment où ils transportaient dans une ambulance un présumé sécessionniste.

Deux autres volontaires oubliés en prison

Les organisations de défense des droits de l’homme exigent également la libération d’Yvette Enjoh et Blasius Akié, deux autres employés de l’Ong Msf encore en détention provisoire à la prison de Buea pour les mêmes faits. Jean Fogno est secrétaire exécutif de l’Ong Mandela International Center. Il affirme que l’interpellation et la mise sous mandat de dépôt provisoire en prison des deux employés de Msf violent l’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui dispose en son article 9 que : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est pour des motifs et conformément à la procédure prévus par la loi ». Le responsable de l’Ong Mandela Center international estime que les auteurs desdites violations qui sont les autorités judiciaires doivent être poursuivis pour répondre de leurs actes conformément aux engagements internationaux pris par le Cameroun.

Le 19 janvier 2022, Yvette Enjoh, employé de Msf a été arrêtée à Kumba, sans convocation, ni mandat d’arrêt ou un tout document signé par une autorité judiciaire. Après son interpellation par les forces de défense et de sécurité, elle a été conduite dans les locaux de la légion de gendarmerie de Buéa. L’Ong Mandela Center International ajoute dans un communiqué que ces mêmes éléments se sont rendus au domicile de Blasius Akie, le même jour, pour procéder à son interpellation. Yvette Enjoh et Blasius Akie sont tous deux volontaires de Msf qui dispensaient des soins de santé de base aux populations du Sud-Ouest affectées par la crise sécuritaire.

En février 2022 l’Ong Mandela center avait rendu un rapport concernant cette affaire d’ambulance de Msf. Dans ce rapport, Mandela Center international accuse les autorités camerounaises d’avoir violé le droit international humanitaire en procédant à l’arrestation de deux employés, en pleine mission d’assistance des victimes. « Nous sommes soulagés que nos collègues aient pu retrouver leur liberté et retourner auprès de leur famille. Nous espérons que cette liberté sera définitive et que les procédures judiciaires en cours les disculpent totalement de tout acte répréhensible. Nous réitérons qu’à tout moment, nos collègues et Msf ont suivi les procédures de fonctionnement et de notification établies avec les autorités pour le transfert de ce patient le 26 décembre dernier. Deux autres collègues sont encore en détention et nous espérons une résolution similaire de leur cas. Nous sommes également convaincus de la légalité des taches qu’ils ont accomplies pour l’organisation médicale. Msf et l’ensemble de son personnel sont guidés par l’éthique médicale et les principes d’impartialité, d’indépendance et de neutralité. Nous apprécions le soutien de tous ceux qui ont contribué à la libération de nos collègues. Msf reste disponible pour poursuivre le dialogue avec les autorités afin de résoudre cette situation au plus vite, en vue de pouvoir reprendre nos activités médico-humanitaires », déclare Antoinette Buinda, représentant de Msf dans le Sud-Ouest

Prince Nguimbous (Jade) / 237online.com

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