CORONAVIRUS AU CAMEROON
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Source : MINSANTE Cameroun -
Mise à jour : 29 juin 2020
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Corona-Business : Carton rouge à Maurice Kamto

En mal de poids et d’assise politiques, le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et ses soutiens ont cru cette fois encore, pouvoir se servir de la pandémie du Covid-19 qui sévit au Cameroun comme tremplin pour se positionner sur l’échiquier politique national.

Mal leur en a pris. Après avoir défié Paul Biya par un « ultimatum » outrecuidant, son initiative illégale de recueil des dons pour lutter contre la pandémie, vient d’être cueillie en plein vol par les autorités publiques qui y ont mis un terme. Ne disposant d’aucun élu et disqualifié de fait pour la prochaine élection présidentielle, il ne reste à ce parti que la possibilité d’un soulèvement populaire pour renverser les institutions en place. Et ils y travaillent, au quotidien. Même si jusqu’ici, par leurs propres maladresses, toutes leurs initiatives finissent toutes en pétards mouillés.

Dans la tête de Maurice…

Ce pourrait-il que par une sorte de migration choisie qui jadis, sortit un esprit brillant des amphithéâtres où il officiait en maître, pour le porter vers l’arène politique, Maurice Kamto ait abandonné derrière lui, le respect des principes élémentaires du droit dont il est un théoricien réputé ? Ou encore que l’éminent avocat, praticien du droit et reconverti en aspirant au fauteuil présidentiel se soit résolu au nom de l’atteinte de cet objectif à fouler aux pieds désormais, la force contraignante et libératrice de la loi ? Toujours est-il que dans le contexte politique d’un Cameroun qui depuis bientôt cinq ans, vit au rythme de menaces sur la santé et la sécurité de ses populations et de toutes ces autres luttes pour la conquête de la magistrature suprême, Maurice Kamto fait figure d’homme totalement à part. Moins pour avoir été un membre d’un gouvernement de Paul Biya qui du jour au lendemain, s’est mué en opposant radical de celui dont il louait encore la sagesse et la compétence il y a quelques années. Le Cameroun en a connu d’autres. Le fait est que si le cas du président du MRC est presque devenu un objet de curiosité, c’est davantage en raison de la qualité des moyens politiques qu’il essaie de mettre en œuvre pour atteindre les objectifs qu’il s’est assignés. Et leur efficacité. On a coutume de dire que pour accéder au fauteuil présidentiel, il faut répondre à l’appel du destin. Un jour, l’avenir dira bien si Kamto obéit à cet appel ou si tout simplement, il se serait lui-même fait appeler…

Où va-t-il ?

Depuis cette élection présidentielle d’octobre 2018 qu’il a perdu, le président du MRC n’a visiblement pas encore fait le deuil, d’un examen où il ne fut jamais reçu. Comment aurait-il pu gagner d’ailleurs, avec un électorat majoritairement acquis à celui à qui il refuse désormais de
donner du « M. le Président » ? Après avoir dénoncé ce qu’il a qualifié de hold-up électoral, Maurice Kamto et avec lui, tous ses affidés qui constituent une légion hétéroclite de fantassins aux mœurs politiques étranges, s’est mis en devoir de « résister ». Un plan de résistance avec pour contenu : des actes insurrectionnels bravant les lois de la République, des discours violents incitant à la haine tribale et des choix politiques ayant eu pour conséquence de sortir le MRC du jeu politique au Cameroun pendant les cinq années à venir. En prenant l’option du boycott des élections législatives et municipales du 9 février dernier sous le fallacieux prétexte de la persistance de la crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest, il a consacré le fait que son parti n’entendait en aucun cas, procéder comme les autres. La preuve pour une élection locale se tenant exclusivement au Cameroun, nous avons eu droit à des meetings d’un leader politique en Europe et en Amérique, où il… professait le boycott des urnes à des non-votants ! Devant l’étonnement de certains observateurs, ses thuriféraires se sont empressés de répondre. Le « Président Élu » est un stratège. Il sait où il va. Là est donc le problème. Où vont Maurice Kamto et le MRC ? On n’en était encore à s’interroger que sur un plateau, il commence à nous servir des réponses.

Escroquerie politique

L’initiative populaire et non partisane “Survie Cameroun-Survival-Initiative” (SCSI), qu’il a lancée il y a quelques jours pour dit-il, « combattre les effets néfastes multiformes du coronavirus (COVID19) dans notre pays », participe de cette même logique insurrectionnelle. Car, au-delà des bonnes intentions déclarées et qui seraient les bienvenues a priori, c’est la coloration politique qui entoure cette initiative qui pose un problème. Après avoir exhorté les Camerounais à ne pas s’acquitter de leurs factures d’eau ou d’électricité, de ne plus payer les impôts, mettant en demeure les responsables de l’administration fiscale en ce sens, voici le MRC avec une initiative dont on comprend vite qu’elle n’a d’humanitaire que son libellé. Le projet est bel et bien de poser le MRC comme une autorité agissante en marge du cadre défini par les lois de notre République. Le gain miroité étant d’établir Maurice Kamto au sein de l’opinion nationale et internationale comme une alternative crédible au sommet de l’État. Tel est le plan. D’ailleurs pour conforter cette idée, la réplique que le leader du MRC a servie au ministre de l’Administration territoriale, qui pointait l’illégalité de l’appel aux contributions financières pour servir cette cause, est sans ambiguïté. Visiblement, à travers SCSI, Maurice Kamto et le MRC, ont choisi de se mettre en marge des lois de la République. Et ils le font à dessein. Au passage, il s’en trouve même qui justifient le non respect de la loi établie, dès lors que telle est la volonté du peuple ! Maurice Kamto parle au nom de quel peuple ? De la pure imposture…

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Par le fait de s’entêter contre les termes de la loi à appeler à la générosité publique pour financer son programme d’assistance sanitaire face à la menace de la pandémie actuelle, le MRC indique bel et bien que son initiative poursuit d’autres objectifs. Il faut se donner la peine de visiter le site internet consacré au Fonds Survie-Cameroon-Survival Fund, pour se rendre compte de ce que Maurice Kamto et le MRC se sont mis en devoir de défier l’État dans l’exercice de ses prérogatives régaliennes. Se présentant comme le « président élu » du Cameroun, il parle à ses compatriotes depuis cette posture figurée. Sur la page d’accueil, il appelle ses compatriotes à contribuer à une levée de fonds pour garantir la survie de la Nation. Il prend également des initiatives. Ainsi, il « décrète » un « confinement total dans le Centre, le Littoral et le Sud-Ouest du 6 au 21 avril 2020 » ! Christian Penda Ekoka, président du comité de gestion de cette initiative y déclare : « …afin d’interrompre la chaîne de contamination de ce virus, nos premières actions privilégient la fabrication et la distribution locales des masques et des solutions hydro alcooliques ». Et dans les réseaux sociaux, le marketing de cette initiative se poursuit auprès des internautes alors que par deux fois, l’autorité publique a d’ores et déjà relevé son illégalité. Dans un communiqué publié le 7 avril 2020, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a instruit tous ceux qui ont entrepris des collectes de fonds dans le cadre de la lutte contre le coronavirus (Covid-19), à y «mettre fin immédiatement» et à faire clôturer tout compte bancaire ouvert à cet effet. En effet, selon le ministre, de telles pratiques se font en marge de la loi. Il tenait à rappeler « que la collecte de fonds en cas de situation de crise ou de catastrophe est encadrée par la loi du 21 juillet 1983 régissant les appels à la générosité publique et le décret du 14 août 1985 fixant les conditions d’octroi de l’autorisation d’appel à la générosité publique ». Des textes qui interdisent notamment à tout individu ou organisation de faire appel à la générosité publique sans l’autorisation préalable du ministère de l’Administration territoriale. En réaction à la sortie du ministre de l’Administration territoriale, le président du comité de gestion de cette initiative, Penda Ekoka, a indiqué dans un courrier qu’il s’agit d’un programme « humanitaire et républicain ». Il a par ailleurs invité le ministre, tout comme diverses administrations, à désigner un représentant pour participer aux travaux dudit comité. En un mot, le monde à l’envers ! Les propos de Maurice Kamto sont allés bien plus loin. Il a estimé qu’en exigeant l’arrêt de cette procédure qui s’est révélée fructueuse jusqu’ici, le régime a franchi la ligne rouge, se rendant responsable d’entraver l’assistance à un peuple abandonné par son prétendu « président absent »,
à l’heure où le nombre de morts et de victime va croissant. Cette simple allusion à Paul Biya tombe sous le sens, pour indiquer combien de son initiative, le MRC entend faire un gain politique et non humanitaire. Et là est justement le problème. L’œuvre humanitaire, la vraie, s’ac-
commode très des manœuvres politiciennes.

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MRC: Ambiguïté, erreurs et échecs…

En moins de deux ans, l’histoire de ce parti politique est émaillée de prises de positions contradictoires de ses dirigeants, d’échecs et d’un nombre incalculable d’erreurs dans la pratique politique qui au quotidien, travaillent à ruiner son capital de sympathie auprès des électeurs.
Le 9 février 2020, à la sortie du bureau de vote, Paul Biya, président de la République a traité les partis qui ont fait le choix du boycott de « petits partis politiques ». Cette boutade aurait pu inviter à une réflexion profonde sur le rôle et la crédibilité nationale et internationale de l’opposition camerounaise, que le MRC de Maurice Kamto revendique d’incarner depuis le lendemain de la présidentielle de 2018. Aujourd’hui, sans le moindre élu sur l’ensemble du territoire camerounais, le MRC et son leader, doivent faire face à une réalité : celle d’être un mouvement politique qui a échoué sur bien de plans. Les causes tiennent en erreurs et échecs répétés que publiquement, le MRC n’assume pas. Défiance vis-à-vis des institutions républicaines En refusant de se soumettre à la décision de la Cour constitutionnelle à l’issue du contentieux électoral post-présidentielle 2018, Maurice Kamto a tout seul, fait le choix de rentrer dans la logique insurrectionnelle. Par la suite, et avec la bénédiction des dirigeants du parti, on a assisté progressivement à la radicalisation des militants et sympathisants du MRC, dont le pic a sans aucun doute été le saccage des ambassades du Cameroun à Berlin et à Paris par des assaillants se revendiquant d’une branche radicale du MRC baptisé « Brigade Anti-Sardinards». Les actes violents antipatriotiques commis par cette branche radicale du parti de Kamto qui ne se comptent plus, ont davantage créé une scission claire entre le MRC et une grande partie du peuple camerounais.

Marches blanches : échec

Pour contester la décision du Conseil constitutionnel, le MRC a initié des marches blanches organisées pour contester les résultats des élections présidentielles. Devant se tenir dans les dix régions du Cameroun à grand renfort de publicité, le parti n’a pas été capable de mobiliser ses militants qu’on annonçait par centaines de milliers à travers tout le pays. Bien plus, le flop mettait en lumière, la sorte de navigation à vue imposée à ce parti depuis la mise sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé, de Maurice Kamto et d’un grand nombre de ses militants et alliés. À la suite de l’annulation des « marches blanches » des 2 et 9 février 2019, le parti avait annoncé pour le 17 mars 2019, une autre grande « marche blanche » pour revendiquer la libération de Maurice Kamto, avec des charters venus de Douala, Maroua, Bafoussam, N’Gaoundéré, Edéa, Bafia, Kribi, Bertoua,Njombe, Nkongsamba, Penja, Bafang, etc. Au final, un fiasco total pour ce mouvement qui voulait profiter de l’arrivée dans la capitale politique camerounaise, du secrétaire d’État adjoint américain pour les affaires africaines, Tibor Nagy, farouchement opposé à la détention de certains caciques du MRC. Sortie de prison et incohérences politiques
Libéré sur la décision du chef de l’État après la tenue des assises du Dialogue national en octobre 2019, Kamto annonce en grande pompe à ses partisans que le combat va se poursuivre et que le MRC reviendrait plus fort que jamais. Il a même prédit une razzia sans précédent lors du
double scrutin du 9 février 2020. A la surprise de ses militants et lieutenants au dernier jour du dépôt des candidatures, le président du MRC a unilatéralement décidé du boycott des élections en prenant la crise du Nord-ouest et du Sud-ouest pour prétexte.

Boycotter… Pourquoi ?

Autant le choix du boycott des élections par un parti a rarement fait avancer sa cause, autant ce choix a représenté du pain-béni pour des partis concurrents dont les militants sont à ce jour confortablement installés sur des sièges électifs. Si de l’extérieur, on ne peut exactement percevoir l’impact que cette décision a eu sur le moral des militants, on peut tout au moins se contenter des sorties médiatiques de quelques uns, pour savoir que ce choix n’a jamais fait été prévu ni fait l’unanimité. Ainsi, à l’amertume et la déception exprimées par certains, a succédé une longue tournée de leur leader en Occident, dont on s’interroge encore sur le bien-fondé.
Au total donc, bien d’incohérences d’erreurs politiques et d’échecs en inadéquation avec le discours d’un parti qui continue curieusement de considérer son président comme dépositaire de la légitimité populaire au Cameroun !

Dominique Beling Nkoumba

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