Comprendre l’échec de l’Unité nationale au Cameroun

Des jeunes font face aux forces de maintien de l'ordre

La promotion des langues coloniales a pris le pas sur celle des langues nationales. Et le pays paye cher aujourd’hui les coûts des conflits de sécession.

La promotion des langues locales au Cameroun n’a pas été une priorité pour les autorités camerounaises, après l’indépendance en 1960. Pourtant à l’époque coloniale, celles-ci subissaient déjà une rude stigmatisation de la part des colons, qui pour des besoins de domination et pour leurs intérêts commerciaux imposaient la maitrise et l’usage de leurs langues.

Parvenus aux affaires, les gouvernants camerounais se sont inscrits dans la continuité de cet héritage coloniale, ne sachant ramener le peuple à l’adoption d’une langue nationale. Le linguiste Jean Tabi-Manga, dans son ouvrage Les politiques linguistiques du Cameroun. Essai d’aménagement linguistique paru aux éditions Karthala à Paris en 2000, montre que jusqu’aux années 72, seules les langues coloniales jouissent d’un statut légal et d’une promotion nationale : « La problématique du choix d’une langue nationale, au regard du plurilinguisme camerounais, a abouti à une impasse en rendant improbable toute décision politique.

A cette difficulté, s’ajoute l’absence de statut véritable pour les langues, aucun texte législatif ni réglementaire qui définisse leurs place, rôle et fonction dans la société. Seules les langues officielles de travail, le français et l’anglais, du fait de la promotion de la politique du bilinguisme, ont vu leurs missions objectivement définies dans les différentes versions actualisées de la Constitution ».
Pire encore, la loi de 1946, excluant les langues maternelles des écoles et institutions de formation n’est pas dissoute. C’est seulement en 1995 que grâce aux Etats généraux de l’éducation de Yaoundé, l’introduction des langues nationales est préconisée dans le système éducatif.

Aujourd’hui, c’est cette continuité de promotion de l’héritage colonial qui est à l’origine des conflits de sécession, tandis que la promotion tardive de nos langues nationales a laissé s’installer des stigmatisations ethniques au sein des populations.

Les identités anglophones et francophones, imposées par les colons ayant pris la primauté sur celles ethniques. En dépit de ces stigmatisations linguistiques et ethniques, les différentes langues et identités tribales camerounaises, sont tout de même parvenus à une cohabitation plus ou moins pacifique.

Ceci certainement à cause de l’ouverture d’esprit des citoyens, et les mariages inter-ethniques. Cependant des inquiétudes demeurent à la construction d’un idéal d’unité. A côté des limites liées à la promotion des langues, s’ajoute celles de la perception de cette multiplicité linguistique.

Le sociologue Serges Aimé Bikoï partage l’idée d’une abolition des langues officielles émise par d’autres experts, au profit de la valorisation des socioculturels: « La pluralité des langues n’est pas un problème entend que tel, mais c’est la manipulation de la pluralité des langues qui constitue un gêne aujourd’hui. Lorsque l’on manipule les termes anglophone et francophone comme langues officielles, c’est très dangereux parce qu’en réalité ces termes constituent des facteurs qui font le produit de l’héritage coloniale.

Il faut plutôt valoriser de nos jours, les socio-cultures, les cultures africaines et notamment camerounaises. Nous avons assisté récemment à un colloque sur ‘’le multiculturalisme à la croisée des chemins’’ organisé par la commission pour la promotion du multiculturalisme et du bilinguisme. Il était question parmi les résolutions qui étaient formulées par les experts de bannir les termes anglophone et francophone, qui sont le corolaire de l’héritage coloniale ».

Une réflexion qui mérite d’être considérée et davantage approfondie pour donner aux nationalistes la chance de tendre vers cette unité nationale, si chère au Cameroun.

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