Cinquantenaire: Le « panthéon national » (en question): de qui et de quoi l'histoire se souviendra?

Si certains groupes de presse ont cru bon de signaler en début d??année la « discrétion » de la célébration du 50è anniversaire de l??indépendance du Cameroun francophone (mis à part un concert organisé le 31 décembre dernier, aucune réjouissance n??était prévue le 1er janvier), le tir a été rectifié le 4 février 2010 avec la signature d??un décret présidentiel créant « un comité national d??organisation du cinquantenaire de l??indépendance et de la réunification du Cameroun ». Placé sous la présidence du directeur du Cabinet civil de la présidence de la République du Cameroun, « le comité a pour mission, sans préjudice des attributions dévolues au

Cabinet civil, la conception, l??organisation, la supervision et l??évaluation de l??ensemble des préparatifs et des manifestations du cinquantenaire de l??indépendance et de la réunification du Cameroun ».Bien entendu, à l??énoncé des diverses actions à entreprendre par le comité nommé par le chef de l??Etat, les langues se sont déliées pour parfois saluer, mais trop souvent critiquer ces diverses mesures. Dans le cadre du dossier ouvert par la rédaction de 237 online, il nous a paru judicieux de revenir sur les diverses réalisations à venir et de nous intéresser sur leur incidence sur l??opinion publique camerounaise.Le désormais célèbre « comité national d??organisation du cinquantenaire de l??indépendance et de la réunification du Cameroun », a planché sur un certain nombre de mesures, entre autres, l??érection prochaine d??un Panthéon national. La plupart des camerounais sont prêts à admettre qu??ils sont ignorants sur la question. Néanmoins, les médias ont eu tôt fait de nous briefer sur la question. Pour ceux qui ont manqué la leçon, bref rappel :En français courant, le mot panthéon désigne l??ensemble des dieux d??une religion. Les anciens romains avaient un temple dédié à l??ensemble de leurs divinités, c??est ce haut lieu qu??ils baptisèrent Panthéon.Mais le Panthéon dans l??acception qui nous intéresse aujourd??hui est un héritage des cousins gaulois. Conçue à l??origine pour servir d??édifice religieux, l??église Ste Geneviève devient durant la Révolution française un mausolée, le Panthéon. Si le bâtiment change maintes fois de fonction au gré des régimes qui se succèdent dans la France du XIX ème siècle, il est définitivement dédié à la mémoire, non des dieux, mais des hommes illustres, comme marque de reconnaissance de la Patrie.Ce rappel historique n??est pas superflu, car ces derniers mots nous rappellent ceux prononcés par le chef de l??Etat lors de son discours à la  Nation le 31 décembre dernier : « Il y a un demi-siècle, le destin de notre pays a brusquement changé. Le 1er janvier 1960, notre indépendance était proclamée. (. . . ) Souvenons nous qu??avant l??indépendance, certains en avaient rêvé, ont combattu pour l??obtenir et y ont sacrifié leur vie. Notre peuple devra leur en être éternellement reconnaissant ». La mise sur pied d??un édifice de cette sorte est là pour interpeller les camerounais sur ce devoir de mémoire qu??ils semblent avoir complètement oublié. Edifier un Panthéon ne se résume pas à construire un énorme caveau dans lequel iraient pourrir les os de quelques bienheureux, il s??agit de plus que ça.Nous ne nous attarderons pas sur les débats tonitruants des médias locaux, débats assez creux dont la question de fond semble tourner autour des raisons du baptême de l??édifice du même nom que celui de nos homologues français. Nous laisserons ce genre de considérations à ceux qui persistent à regarder le doigt tandis le sage leur montre la lune. Qu??il s??appelle la Case des Anciens, la Pirogue des Braves ou je ne sais quelle autre nom d??oiseau ou de mammifère, l??érection d??un Panthéon au Cameroun appelle à un questionnement plus profond, celui de l??histoire de notre pays. Du déroulement de cette histoire et des hommes qui l??on faite, on parle très peu dans le quotidien camerounais. Le devoir de mémoire est pourtant une ??uvre nationale. Pour pouvoir être reconnaissant, le peuple a besoin de savoir qui a fait quoi. La  période coloniale, les indépendances et l??époque postcoloniale font toujours l??objet d??un flou que peu de non initiés à la science historique maîtrisent vraiment. Certains commentateurs se sont d??ores et déjà engouffrés dans la brèche, peut-être pas avec les mêmes motivations, mais avec le même questionnement : qui seront les héros admis dans notre Panthéon local ? Quels seront les critères de sélection et qui sélectionnera ? La réponse à ces questions passe par un toilettage de l??histoire de notre pays. Point de relents tribalistes, point de considérations politiciennes, seule l??histoire prévaudra. Le gouvernement s??est lancé là dans une tâche titanesque dont les conséquences apparaissent peu en peu en filigrane de cette commémoration qui se présente comme un tournant majeur pour le peuple camerounais. L??entreprise suscitera le débat et tant mieux. Des prêcheurs de mauvaises nouvelles prétendront que les intérêts en jeu ne s??accorderont jamais autour des personnages emblématiques, que nenni !Nous leur rappellerons tout simplement que nulle part, les entreprises historiques ne se sont déroulées sans débat houleux, surtout quand les pays qui les instaurent sont tributaires d??un passé aussi douloureux que celui du Cameroun. Même la France à l??histoire si riche compte des non « panthéonisation » comme celle de Descartes et des « dépanthéonisations » restées célèbres comme celle de Marat et de Mirabeau dont la mort est pourtant à l??origine de l??idée d??un Panthéon. Ces hommes célèbres qui ont pourtant occupé des hautes fonctions dans les divers gouvernements de leur pays ont été rattrapé par l??histoire. La fonction ne fait pas l??homme, or, l??histoire ne se souvient pas de la fonction, mais de l??homme. Beaucoup d??hommes importants passeront ainsi à travers l??histoire, sans laisser de témoignage. Peut-être que la perspective d??une place éternelle dans la mémoire collective secouera-t-elle enfin les bureaucrates grands comme petits et les sortira enfin de cette inertie tant décriée par le chef de l??Etat??Ne nous voilons pas la face la tâche est ardue, voire problématique, mais les camerounais veulent savoir. Qui plus est, notre Panthéon sera un lieu (peut-être le seul) dans lequel le riche côtoiera enfin le pauvre, unis dans la mort et dans la reconnaissance éternelle de la Patrie. Rien que pour cette raison, l??idée mérite d??être soutenue et encouragée.Florian Ngimbis, www.237online.com

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