Economie

Cemac : Questions autour du recrutement du personnel à la Beac

Le Gouverneur accusé d’avoir influencé les résultats afin de positionner des personnes qui lui seraient proches explique que l’opération, totalement externalisée, n’est pas encore arrivée à son terme, qu’il est donc prématuré d’émettre un avis sur sa crédibilité.

Où en est le processus de recrutement de 45 agents d’encadrements supérieurs à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) ? Dans un courrier daté du 1er août et adressé au gouverneur, Abbas Mahamat Tolli, Hervé Ndoba a instruit “de surseoir, de manière immédiate, [au] processus de recrutement” en cours au sein de l’organisation. Président du comité ministériel de l’Union monétaire d’Afrique centrale et actuel président du conseil d’administration de la Beac, celui-ci explique prendre cette décision en réaction à “des situations dont il est certain qu’elles portent indubitablement et gravement préjudice à l’image de la Banque”.
Les épreuves écrites du concours ont eu lieu le 28 mai, et les entretiens oraux des candidats admissibles devaient se tenir à Paris et à Yaoundé dès ce 29 août jusqu’au 4 septembre prochains.

Immixtion

Signe d’une tension persistante, le PCA a saisi, le 17 août, le président du Comité d’audit de la Banque pour demander l’ouverture d’une enquête sur les agissements du gouverneur. « Vous émettrez un avis motivé des actions, actes, écrits et paroles du gouverneur à travers l’analyse des textes identifiés ci-dessus (Convention de l’Union monétaire de l’Afrique centrale, statuts de la BEAC, Code de déontologie de la BEAC) et d’autres textes pertinents que vous devrez identifier, en déterminant s’ils sont conformes ou en contradiction de ces textes. Ces travaux, que vous pourrez effectuer vous-même ou, en partie par le biais de la direction générale du contrôle général sur laquelle vous exercez une autorité hiérarchique fonctionnelle au nom du conseil d’administration seront sanctionnés par un rapport assorti des recommandations pertinentes à faire au conseil d’administration », écrit le Centrafricain Hervé Ndoba.

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Le PCA explique qu’il demande, entre autres, une enquête sur le gouverneur de la Banque centrale, parce que ce dernier, interpellé sur les couacs ayant émaillé le recrutement querellé, lui a fait parvenir un courrier arguant qu’il ne peut pas stopper le processus à la demande du PCA, car cela constituerait un « dangereux précédent ». Et que l’immixtion dans la gestion de la BEAC serait une violation du sacro-saint principe d’indépendance de la Banque centrale.

Interrogé par Jeune Afrique sur ces « incidents » qui ont émaillé le concours de recrutement, le gouverneur de la Beac a eu cette réponse « J’ai (…) répondu en indiquant que le recrutement du personnel était une opération classique qui relevait de la gestion quotidienne de la banque et qui ne faisait même pas l’objet d’une décision personnelle du gouverneur que je suis ! » Sur le fond, il a ajouté : « J’ai également donné au ministre Hervé Ndoba l’assurance que la procédure de recrutement respectait les textes de la BEAC. J’ajoute que l’opération, totalement externalisée, n’est pas encore arrivée à son terme. Il est donc prématuré d’émettre un avis sur sa crédibilité. Les noms des candidats admissibles aux épreuves orales ont été publiés. Attendons d’avoir la liste définitive. »

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Réformes

La Beac n’est pas une institution comme les autres au sein de la Cemac. Elle émet la monnaie pour les économies de 6 pays. Elle conseille les États pour stabiliser leurs trésoreries afin de les mettre à l’abri des inflations. Au moins pour cette raison, Xavier Messe, Directeur de la publication de Calame, dans l’édition du 25 août au 2 septembre, parie et exhorte les parties à une paix des braves. Et aussi, plus largement, au courage de réformes nécessaires. « Une banque centrale, qu’elle gère un État ou plusieurs, définit et met en œuvre la politique monétaire dans le but d’assurer la stabilité des prix. Elle doit accomplir cette mission dans le cadre des politiques économiques générales des gouvernements. Son gouverneur, avec ses équipes et son Comité de politique monétaire, ne devraient accepter d’instruction d’aucun gouvernement ou de tout autre groupe de personnes d’influence.

Le tout devrait reposer sur une double autonomie : autonomie juridique et autonomie de fait. Juridique parce que le gouvernement de la Beac est constitué de membres nommés par les États qui ont institué cette banque. Une fois ces membres en place, ils devraient travailler sur une autonomie de fait : le gouverneur devrait nommer ses vices-gouverneurs, ses conseillers et ses directeurs qui devraient eux, répondre de lui afin d’atteindre des résultats attendus par les États. Cette architecture encore inexistante dans notre contexte, devrait être le fruit d’une réforme profonde et courageuse qui n’est pas à l’ordre jour dans la Cemac. »

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Abbas Mahamat Tolli paie-t-il le prix du bras de fer qu’il a engagé il y a quelques mois avec la République centrafricaine (dont est originaire le Pca) au sujet de l’adoption du bitcoin ? Rien n’est sûr.

Flore Edimo / 237online.com

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