CEMAC: Quand la controverse s’anime autour du maintien ou non du Franc CFA

Pour de nombreux experts camerounais et africains, le maintien des pays d’Afrique francophone dans la zone Franc les empêche de se développer, contrairement aux pays d’Afrique anglophone qui ont leur propre monnaie.
Du Cameroun en Côte d’Ivoire, en passant par le Mali, le Sénégal, le Togo jusqu’au Gabon et le Tchad, pour ne citer que ces pays, le débat autour de la sortie ou non de la zone Franc ne fait que s’enfler depuis des mois. Pour plusieurs économistes, hommes politiques et autres acteurs de la société civile, cela ne fait plus aucun doute que le Franc CFA (Franc de la Communauté française d’Afrique, anciennement appelé Franc des Colonies françaises d’Afrique) est un réel frein au développement des pays africains. 237online.com Parmi ces contestataires au maintien des pays d’Afrique francophone au sein de la zone Franc, l’économiste béninois, Kako Nubukpo, auteur d’un ouvrage collectif (« Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le Franc CFA ? ») qui appelle les pays africains à sortir du franc FCFA. 237online.com Ainsi, selon celui qui est aussi directeur de la Francophonie économique et numérique a sein de l’OIF (Organisation internationale de la franco-phonie »), rien ne justifie en 2016, et sur le plan rationnel, cette monnaie héritée de la période coloniale. « Pourquoi ? Parce que les économies africaines francophones sont structurellement faibles avec des intracommunautaires échanges (Cemac et Uemoa) qui sont souvent inexistants. En plus de ce facteur, nos économies sont moins compétitives à l’international par rapport à une monnaie très forte. Ce qui laisse peu de place aux mécanismes d’ajustements monétaires en fonction de la conjoncture internationale », expliquait-il le 16 décembre 2016 lors d’une rencontre-débat sur la question. « Plus grave, les économies africaines sont moins intégrées dans le commerce international. Le déficit de la balance commerciale est là pour le prouver. Dans une zone aussi primaire sur le plan économique, c’est un suicide politique que de maintenir un tel carcan monétaire. Lequel est porteur de très lourds périls pour l’Afrique et même l’Europe notamment avec des vagues migratoires sans précédent qui se déversent dans sa partie sud », argue l’expert. Pendant la dédicace de son livret intitulé « Sortons du Franc CFA, Vive le Toumai ! » le 18 novembre 2015 à Douala, le vétéran de l’UPC (Union des populations du Cameroun), Woungly Massaga, faisait savoir que « le Cameroun n’a besoin de personne pour sortir de la zone Franc ». Pour cet homme politique, le Franc CFA est une sous-monnaie française. « Il reste bel et bien le franc des Colonies françaises d’Afrique parce que la Cemac et l’Uemoa n’ont jamais créé une monnaie. Cette monnaie empêche le développement », déclarait-il, ajoutant que ce n’est pas le cas dans des pays d’Afrique anglophone qui ont leur propre monnaie (Nigéria, Kénya, Ghana, etc.). Opposant farouche au Franc CFA, l’homme politique et économiste camerounais, Hubert Kamgang, indique clairement que les banques centrales (Bceao et Beac qui émettent les Francs CFA) sont contrôlées par la France. Dans une interview accordée récemment au quotidien Le Jour, il déclare : « Le Franc CFA est l’instrument par lequel la France garde sa mainmise sur ses anciennes possessions en Afrique ». A l’heure où la Cemac subit de plein fouet la crise économique, Kako Nubukpo indique aussi que la zone CFA subit une terrible répression monétaire depuis des décennies avec un ratio de 23% de couverture par rapport à la richesse nationale, dans la zone Franc alors que dans la zone Euro, la couverture monétaire est de 100%. « En Afrique du Sud, le ratio est de 160% par rapport à l’ensemble de la richesse nationale produite. Cette répression monétaire facilite plutôt la fuite des capitaux et l’importation des produits étrangers, au détriment de l’exportation qui développerait l’Afrique et jugulerait le chômage de masse et l’extrême pauvreté dans laquelle végètent les pays francophones », conclut-il.

Joseph Roland Djotié

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