Société

Cameroun: Une cinquantaine de pêcheurs égorgés par Boko Haram

Les villes de Darak et Kofia durement touchées.

Loin de la capitale qui a les yeux rivés sur la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les terroristes de Boko Haram continuent de semer la terreur et la désolation dans les confins de l’Extrême-Nord du pays. La dernière attaque meurtrière date du 22 décembre 2019. Si elle s’est produite dans la partie Tchadienne du lac Tchad, précisément dans l’île de Daba Lamy, elle n’en a pas moins causé la mort de nombreux pêcheurs camerounais. «Les terroristes de Boko Haram sont arrivés à bord d’une pirogue à moteur semblable à ce qu’utilisent généralement les commerçants ambulants munis de glacières et qui achètent du poisson dans le lac, commerçants qu’on surnomme ici «Blabourdo». Les pêcheurs avaient donc la garde baissée, jusqu’à ce qu’ils accostent, descendent de la pirogue et commencent leur massacre», affirme Ali Ramat, maire de Darak dans le Logone et Chari.

Selon le magistrat municipal, ce sont au total une cinquantaine de personnes qui ont trouvé la mort ce jour. Darak, île par excellence de pêcheurs et située seulement à 25 km environ du lieu du drame, a payé un lourd tribut à cette entreprise aveugle des terroristes. 11 victimes sont recensées dans cette grande bourgade dont Abakachi et Adamou Alhadji Mahamat. Le frère de ce dernier, le dénommé Balla, compte parmi les rares rescapés de cette folie meurtrière. Il a été retrouvé deux jours plus tard, le 24 décembre 2019, caché dans la végétation, par des membres de son clan Djoukoum qui recherchaient son frère Adamou Alhadji Mahamat. C’est lui qui leur indiquera, une semaine plus tard après s’être remis de ses émotions, l’endroit du massacre. Autour de l’île Daba Lamy, ils retrouveront des corps flottant parmi lesquels celui d’Adamou Alhadji Mahamat en putréfaction, qui sera ramené puis enseveli à Darak.

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Autre bourgade camerounaise du lac Tchad touchée par ce massacre : Kofia, dans l’arrondissement de Blangoua, toujours dans le Logone et Chari. «8 pêcheurs de Kofia ont été égorgés dans cette attaque. Les terroristes sont également partis avec deux enfants», renseigne le maire de Blangoua, Mahamat Abdoulkarim. Sur la cinquantaine des victimes dénombrés à partir d’une comptabilité dans différents villages du lac, 19 résidaient en territoire camerounais. Les autres venaient du Tchad ou du Nigeria.

Quant au nombre d’otages, difficile de faire le décompte. «En plus des deux enfants de Kofia, ils ont emmené avec eux d’autres personnes dont le fils d’Adamou Alhadji Mahamat, âgé d’environ 11 ans. J’ai bien peur que ce chiffre ne soit plus élevé. Le problème, c’est que personne n’a le courage d’aller chercher les corps», s’inquiète Ali Ramat.

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Cette énième attaque dans le lac Tchad remet au goût du jour la fragilité sécuritaire dans cette partie du pays, ventre mou de la guerre contre Boko Haram. Ici, les pêcheurs regrettent l’abandon par le Tchad, des contrôles réguliers qu’il menait dans le lac. «Depuis un certain temps, l’armée tchadienne ne patrouille plus dans le lac Tchad. Darak est certes sécurisé avec un détachement de l’armée camerounaise, mais des îles à l’instar de Karakaya, Nimeiri, Naïra ou Eloukatalki sont abandonnées à elles-mêmes. Nous vivons dans la peur», regrette Alhadji Mahamat, un pêcheur de Darak.

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