Cameroun – Terminal à conteneurs du port de Kribi: Mafia en haute mer

Quasiment éliminé de la course pour l’exploitation du terminal à conteneurs, il se vante d’avoir corrompu tout le monde, notamment les services du Premier ministre, pour remporter la mise.Le bal des vautours bat son plein au-dessus du nouveau port en eau profonde de Kribi, actuellement à la recherche d’un concessionnaire pour son terminal à conteneurs. Dans les services du Premier ministre, où la commission spéciale y dédiée est à pied d’œuvre, souffle un vent qui empeste la magouille et les coups bas. Avec ce climat malsain, qui pourrait aboutir au choix orienté et intéressé d’un opérateur, le Cameroun court aujourd’hui le risque de passer à côté d’une opportunité lui permettant de s’inscrire durablement dans la voie de l’émergence.
Après l’appel à manifestation d’intérêt du 23 juin 2008, finalement déclaré «infructueux» le 15 janvier 2014 par le Premier ministre, à l’issue d’un nouvel appel du même type lancé dans la foulée, et qui a suscité une dizaine de candidatures, on connaît, depuis quelques jours, les noms des postulants pré qualifiés. Il s’agit du groupement Bolloré africa logistics (France)-China harbour engineering corporation (Chec, Chine)-Cma Cgm (France), du hollandais Apm Terminals et du philippin International container terminal services (Ictsi).
Selon les termes d’un rapport circonstancié, élaboré voici peu, le premier consortium cité, encore appelé «Bbc» et dont l’offre est considérée comme «la plus avantageuse en termes de droits d’entrée, de redevances fixes et variables», a retenu l’attention des membres de la commission spéciale. Ce regroupement, avec des arguments qui font clairement pencher la balance en sa faveur, est aussi le mieux disant pour ce qui est de l’offre financière : quelque 409 milliards de francs Cfa, ses deux concurrents se situant loin, mais alors très loin derrière. De plus, dans le regroupement, se retrouve un opérateur, la China harbour engineering corporation (Chec), qui a l’avantage d’avoir réalisé les infrastructures de base du port général de Kribi comprenant notamment le chenal d’accès, la digue de protection, les quais d’accostage, les remblais à l’arrière des quais, des aires d’entreposage ainsi que divers réseaux et accès directs. C’est dire que tout est réuni pour que Bbc remporte la mise sans coup férir.
Mais, c’est aussi sans compter avec les tripatouillages qui sont devenus la marque de fabrique de nos commissions de passation des marchés publics. En effet, et alors que soumissionnaires et observateurs attendent sereinement le dénouement, quelques ténébreux personnages s’agitent déjà pour crier victoire. Ils se bombent le torse dans les salons huppés, se vantant d’avoir «lubrifié» les réseaux de la commission spéciale à coup de centaines de millions de francs Cfa.

Ceux-ci, se réclamant d’International container terminal services (Ictsi), classé deuxième sur le plan de l’offre financière, se gargarisent de pouvoir compter sur un «parrain de poids», par ailleurs président du conseil d’administration de l’opérateur de téléphonie mobile vietnamien Viettel (Nexttel). «Tout le gouvernement mange dans sa main, on ne peut rien lui refuser et surtout que le Pm le connait particulièrement», s’extasie un de ces agités. Pour lui et ses semblables, la force des pots de vin ne peut qu’avoir raison des arguments économiques et techniques, y compris les plus pertinents. Info ou intox ? Toujours est-il que l’agitation est perceptible dans l’entourage du Pca de Nexttel.
Celui que ses proches appellent affectueusement «Président» peut-il assumer cette ignoble dérive qu’on lui prête ? Se serait-il subrepticement glissé dans l’actionnariat du groupe philippin, alors que Nexttel, annoncé à grands bruits, tarde à faire ses preuves sur le marché ? Votre journal, à plusieurs reprises, a bien tenté de gratter sous le vernis de cette galaxie d’un genre nouveau. Mais l’homme, qui n’est pas du genre expansif, est surtout un piètre communicant aux méthodes féodales. C’est dire si aucun échange utile n’est possible avec lui, tant qu’on ne fait pas partie de son «milieu».
Une chose est cependant certaine : le Cameroun, avec en tête son chef Paul Biya, attend que les membres de la commission spéciale, et surtout le Premier ministre, transcende les préjugés et dotent le port en eau profonde de Kribi d’un opérateur crédible en termes d’états de services, de propositions pertinentes et de bénéfices pour l’économie nationale.

Ousmane Shérif

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