Economie

Cameroun – Système D : Le quotidien des « apacheurs »

Malgré les intempéries, ces jeunes hommes qui servent souvent de guide des clients arpentent les couloirs des marchés à la recherche des acheteurs pour avoir de quoi nourrir leurs familles.

« Bonjour ma chérie : chaussures, pantalons, robes. J’ai de belles choses pour toi » ; « Viens juste regarder cinq minutes ». « Je peux t’aider à faire le choix » ; « Ce n‘est pas chère. Tu peux regarder », disent ces jeunes à l’entrée du marché. L’objectif est d’attirer les clients. Avec des voix suaves, ils orientent les clients. « Ma chérie tu veux un truc comment ? J’ai ce qu’il te faut » ; « Tu seras très belle en pantalon. J’ai de belles petites choses pour toi ».

Il est 11H passées de quelques minutes au marché Mokolo le samedi 21 mai 2022. Ça grouille de monde. Sous un vent frais, les clients montent et descendent dans les couloirs du marché. Des deux côtés de la route, ces jeunes, plus connus sous le nom d’« apacheurs », sont présents. Ils rendent la circulation moins fluide. « Il faut laisser les gens passer. Nous ne sommes pas intéressés », lancent des clients. Certains clients se laissent parfois guider tandis que d’autres sont réticents. Les plus audacieux posent leurs vêtements sur l’épaule des passants dans le but de les attirer vers leurs boutiques. « Regardes seulement même si tu n’achètes pas chérie. Je te fais le prix », disent-ils. Les plus amusants ont en refrain dans leur bouche la fameuse phrase: « Si tu ne me fais pas la recette, je vais nourrir ta sœur avec quoi ? Je vais lui acheter le cadeau d’anniversaire avec quoi » ? C’est de cette façon que ces jeunes occupent leurs journées pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles.

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Agés de 15 ans et plus, ces jeunes hommes arpentent les couloirs des marchés à la recherche des clients. « Nous sommes obligés de procéder de cette manière pour attirer le plus grand nombre de clients. Puisqu’il y a des endroits ici dans le marché où des personnes y passent rarement. Il faut les attirer vers la boutique pour essayer de se faire un peu d’argent », explique Moïse Mfengue. Et de poursuivre : « Nous le faisons toute la journée et tous les jours. C’est de ça que nous vivons ». Pour Emilie, c’est l’une des meilleures façons de se faire de la clientèle. « Lorsque vous aidez quelqu’un pour l’achat d’un vêtement ou d’une chaussure, vous gardez le contact et cela vous permet d’agrandir votre clientèle et de gagner leur confiance », explique-t-il.

10 à 15 % du prix de vente

Le pourcentage de ces « apacheurs » est fonction du prix de vente d’un vêtement. « Nous les payons ou motivons selon les prix de vente des vêtements. Nous pouvons aller de 10 à 15 %. Si un vêtement est vendu à 15000 fcfa, l’apacheur a droit à 10 % c’est-à-dire 1500 fcfa. C’est ainsi que nous fonctionnons. Pour les vêtements de 30.000 fcfa et plus, il a droit à 15% », explique Francis Simo, détenteur d’une boutique de vêtements au marché Mokolo. Le paiement se fait de façon journalière ou hebdomadaire en fonction des éléments de contrat entre l’apacheur et le gestionnaire de la boutique, renseigne Elwis Pegoum.

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Grâce à cette activité, ces jeunes hommes réussissent à subvenir aux besoins de leurs familles. Ils ont chacun des ambitions. Par jour, chacun peut avoir une recette de 10 000 à 15 .000 Fcfa. En période de fête, ils peuvent gagner plus que ce montant, mentionne un vendeur. « C’est mon pain quotidien. Je suis obligé d’y être tous les jours sous la pluie ou le soleil. C’est avec cet argent que je nourris ma femme et scolarise mes deux enfants. Avec mes économies, je compte ouvrir ma propre boutique de vêtements et avoir mes fournisseurs pour pouvoir offrir des meilleures conditions de vie à ma famille », confie Martin.

Les raisons de ce choix d’activités sont diverses pour les uns et les autres. Diplômé d’une licence en sciences juridiques et politiques à l’Université de Yaoundé II-Soa, Yves Bella exerce comme apacheur depuis 3 ans déjà. Après plusieurs concours suivis d’échecs, le jeune homme va rejoindre son ami au marché Mokolo pour travailler avec lui. « J’ai déjà de l’expérience dans ce travail. Si je n’ai pas pu trouver un emploi dans le secteur public, je peux bâtir ma vie en exerçant dans le secteur privé. Avec le temps, je vais me lancer dans l’agriculture et ouvrir une boutique à ma femme », raconte-t-il le visage dégoulinant de sueur. Tout comme Yves Bella, de nombreux jeunes se retrouvent dans ce secteur d’activités par manque d’emploi et faute de moyens. « J’ai dû arrêter l’école à l’âge de 16 ans après le décès de mon papa. Pour aider mes frères et sœurs, je me suis lancé dans cette activité ; ça fait 1 an. Lorsque j’aurai économisé assez d’argent, je vais suivre une formation en topographie», confie Romuald.

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Des dérobeurs…

Ces jeunes ne sont pas appréciés par certains clients. « Ils ne sont pas souvent sérieux. Certains sont des dérobeurs. Ils vous prennent vos effets et se faufilent en toute vitesse dans le marché », renseigne une cliente. Et d’ajouter : « Ils sont toujours débraillés et n’affichent pas de sérieux dans leurs comportements. Ils sont arrogants et insolents à la limite lorsque vous refusez de vous faire guider par eux ». Un avis que partagent plusieurs clients. Émilie Ondobo les qualifie de « délinquants ».

Marie Laure Mbena / 237online.com

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