Cameroun – Réaménagements tous azimuts: Paul Biya s’isole pour préparer le grand coup

Un bouleversement inédit est annoncé au sein des institutions dans les prochains jours.C’est, de mémoire de Camerounais, le gouvernement qui aura mis le plus de temps sous l’ère Biya. Il est en place depuis le 9 décembre 2011. Voyant «des signes encourageants [qui] commen[çai]ent à se manifester avec la remontée des cours du pétrole et de certaines matières premières», le chef de l’Etat justifiait l’avènement de cette équipe par le souci de «donner des orientations fortes afin d’imprimer un nouvel élan à notre économie en prévision d’un retour de la croissance».
Dans l’espace, on est passé des «Grandes ambitions» au «Plan d’urgence» en passant par les «Grandes réalisations», le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi et autres «Emergence à l’horizon 2035». Le chef de l’Etat, dans le même temps, a semblé comme sonné par l’ampleur des écueils créés par ceux-là mêmes à qui il avait confié la gestion de pans importants du développement du pays. Il a été le premier à dénoncer «l’inertie, l’incompétence, voire la malveillance de certains qui freinent notre redressement». Sans oublier la corruption sous diverses formes, la fraude dans la passation des marchés publics ainsi que les atteintes à la fortune publique ne resteront pas impunies. Son Premier ministre en personne, incapable d’animer une équipe de combat, se retrouve aujourd’hui englué dans des affaires de galipettes qui n’honorent point ni son statut ni les missions à lui confiées par le sommet de l’État.
Paul Biya a pourtant continué à conserver cette équipe, dont plusieurs membres brillent par leur incompétence notoire. En lançant le Plan d’urgence, le 9 décembre 2014 en conseil ministériel, il ambitionnait d’accélérer le rythme de croissance économique et d’améliorer les conditions de vie des populations. On constate aujourd’hui que ses «meilleures options» visant à faire «avancer sur des bases solides» sont des vœux pieux, du fait de collaborateurs. Le 31 décembre 2011 en effet, le président de la République constate, plus qu’amer : «Il nous faudra en effet, pour tirer parti de ces facteurs favorables, remettre en cause les comportements qui sont à l’origine de nos déficiences ou de nos échecs. Au premier rang d’entre eux, la recherche du profit personnel au détriment de l’intérêt général, lequel devrait pourtant être la règle d’or du service public. Le Contrôle de l’Etat devra se montrer inflexible à ce sujet. De même, les mauvaises habitudes telles que le népotisme, le trafic d’influence, la fraude qui se sont largement répandus, devront disparaître.»
Et jusque-là, Paul Biya n’a pas remanié. Même pas après les élections sénatoriales (avril), puis législatives et municipales (septembre) de 2013. Et puis vint la guerre contre la secte islamiste nigériane Boko Haram. C’était, pour plusieurs observateurs, un prétexte suffisant pour ne point provoquer un séisme au sein de l’Exécutif. Toute chose que dément l’actualité la plus récente chez le grand voisin, qui en dépit d’une croisade qui est d’abord interne vient de réussir une alternance au sommet de l’État. Paul Biya, on se souvient, a affirmé que «ce n’est pas Boko Haram qui va dépasser le Cameroun». Ce n’est donc pas le mouvement jihadiste qui l’a empêché de remanier.
Selon des sources introduites, Paul Biya prépare en effet un coup politique, sans doute le plus gros de son magistère. L’homme a pris le temps d’observer la scène, les manœuvres de ses collaborateurs, les trahisons et les fourberies. Il a aussi eu le loisir d’éprouver la fidélité de certains, de connaître des alliés – intéressés ou sincères – mais également de détecter de nouveaux acteurs.
Dans ce souci de marquer l’Histoire, le chef de l’État, selon de proches collaborateurs, s’est plus que jamais isolé. On le dit plus secret qu’avant, ne laissant poindre aucune intention – même pas auprès de ceux considérés comme du premier cercle. Certains petits futés, pendant ce temps, s’amusent à faire circuler des listes de promus ou de limogés, voire de personnes en voie d’arrestation pour brouiller le jeu. En l’état actuel des choses, il va sans dire qu’aucune spéculation ne peut se rapprocher de la réalité.

[b]René Atangana[/b]

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