Cameroun-Rca: L’Eglise catholique s’implique dans la résolution des conflits

Un atelier à ce propos s’est tenu ce 10 juin 2015 à Bertoua sous l’égide du Service national Justice et Paix (Snjc) avec l’appui de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun.
Ces assises regroupaient les membres des associations et des chefs traditionnels des localités qui accueillent les réfugiés, notamment centrafricains, de la région de l’Est-Cameroun. Elles portent sur la cohabitation pacifique et religieuse des riverains et des réfugiés de leurs localités respectives. Pour justifier la tenue de cet atelier, Mgr Sébastien Mongo Behon, le secrétaire général (Sg) de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cnec), a déclaré lors de son discours d’ouverture que « Les menaces de la paix et de la cohésion sociale dues aux conflits armés à notre frontière avec la RCA et des attaques des intégristes issus du Nigéria […] préoccupent au plus haut point l’Eglise Catholique du Cameroun. C’est pourquoi, les Pères Evêques ont prescrit l’insertion des activités visant la promotion de la paix et de la cohésion sociale dans la stratégie d’intervention de sa Commission Justice et Paix. » Et le Sg du Cnec ne croyait pas si bien le dire. « Nous sommes souvent en conflit pour des peccadilles », rapporte l’un des chefs traditionnels invités à participer à cet atelier, « Les conflits qui fragilisent l’harmonie de la cohabitation entre les réfugiés et nous autres riverains tournent autour de l’approvisionnement en eau potable et l’occupation des terres », renchérit un autre qui précise que « les réfugiés oublient souvent très vite que nous les avons accueillis au début de leur séjour et que nous leur avons facilité l’accès à nos ressources pour penser que c’est leur présence qui améliore les conditions de vie dans nos villages. Du coup, ils nous interdisent l’accès à l’eau potable ». Bien plus, poursuit un autre, « alors que nous leur avons cédé pour un temps nos terres pour leurs pâturages, ils nous les défendent au motif qu’ils les ont acquises définitivement ». Du côté des réfugiés, les griefs contre les riverains ne manquent pas. « Il nous est régulièrement rappelé que nous ne sommes pas des Camerounais. Cela va jusqu’à interdire à nos compatriotes l’exercice d’activités génératrices de revenus. Dès que l’un des nôtres initie une activité commerciale, il est immédiatement combattu », révèle l’un des réfugiés centrafricains représentant la communauté de Guiwa-Yangamo à cet atelier. On se souvient d’ailleurs que c’est dans ce village situé à 80 km sur l’axe Bertoua-Baroua-Boulaï qu’un conflit entre riverains et réfugiés centrafricains avait débouché sur la séquestration de deux personnels du sous-bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Hcr) il y a deux ans.
Autant de conflits et d’autres qui font dire à l’Abbé Jules Empam, le coordinateur diocésain du Snjc pour l’Archidiocèse de Bertoua, que « les présentes assises se veulent une contribution à la consolidation de la paix à travers le dialogue et la prévention des conflits et un moyen d’amener les participants à promouvoir la cohésion sociale, la coopération, la tolérance. Toutes choses qui permettent de prévenir les conflits entre les communautés religieuses riveraines partenaires du Snjp et les populations réfugiées». Car, dit-il, et pour paraphraser le pape François en Bosnie-Herzégovine le 8 juin 2015, « Il ne suffit pas de parler de paix : on doit faire la paix! Et qui parle de paix sans la faire se contredit ; et qui parle de paix mais favorise la guerre – par exemple en vendant des armes – est un hypocrite ». C’est pour ne pas être comptée parmi les institutions « hypocrites » que l’Eglise catholique s’est engagée dans ce processus de pacification des relations entre réfugiés et riverains. Il s’agissait de « poser les jalons de la construction d’une nouvelle approche dans la manière de vivre ensemble autant avec ceux qui ne partage pas la même religion que nous, que ceux qui sont venus d’ailleurs parce que fuyant l’intolérance et la folie humaine », selon Mgr Mongo Behon. Pour cela, précise l’un des exposants, « il faudrait connaître la configuration religieuse locale ». D’autant que les milieux concernés sont à forte coloration musulmane. Et les adeptes de l’Islam ont répondu à l’invitation de l’Eglise catholique qui leur a fait l’honneur de diriger les prières. « Cette approche est la meilleure en ce sens qu’elle facilite l’intégration et l’assimilation des enseignements et des concepts acquis », reconnaît l’un des imams.

Bernard Bangda

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