Société

Cameroun – Professionnalisme: Journalisme culturel, qui est qui ?

Contrairement aux autres domaines, le journalisme culturel est le plus exigent en matière de traitement.

Mais les comptes rendus et interviews ont le vent en poupe dans les médias camerounais au détriment de la critique scientifique.

Journalisme culturel, qui est qui ? La question, longtemps sur les lèvres de bon nombre de consommateurs des contenus médiatiques, mérite un diagnostic aujourd’hui. La saturation des plateaux de télévision et des radios dans les grandes métropoles camerounaises, par les débats sur la culture, alimente plus et unilatéralement les joutes verbales et les guerres de tranchée au sujet de la société de gestion collective du droit d’auteur de l’art musical, au point où l’opinion publique est arrivée à conclure que le journalisme culturel se limite uniquement à l’art musical. C’est ce qui explique parfois le désintérêt des consommateurs des contenus médiatiques sur la culture. Et même dans les organes de presse, la page culture (faite de comptes rendus) est celle que les rédacteurs-en chef et les directeurs de publications évacuent le plus souvent lorsque l’information est danse ou quand il y a une urgence commerciale.

Une scène vécue dans une rédaction de Yaoundé, en juillet 2019, illustre davantage le malaise de l’art et la culture en termes de traitement dans les médias. Alors que la 23ème édition du festival Ecrans noirs s’apprêtait à braquer ses projeteurs sur la capitale camerounaise, le chef du service culture de ce journal dont nous nous abstenons de citer le titre, s’était plutôt réduit à la présentation sommaire des activités de cette édition, là où le rédacteur-en chef attendait un dossier sur l’état du cinéma au Cameroun ou des portraits des grandes figures ou icônes du cinéma camerounais et des analyses sur les grandes affiches de cette autre édition du 7ème art. Qu’est-ce qui peut expliquer cet état des choses ? Problèmes de spécialisation ? Précipitation ? Il y va des autres disciplines artistiques et culturelles qui mériteraient une critique scientifique non seulement pour aider les artistes et artisans à s’améliorer mais aussi pour permettre à la société et donc aux auditeurs, téléspectateurs et lecteurs à connaitre les rouages de ces disciplines, donc à s’y intéresser. Si le journalisme est ce corps de métier où on arrive lorsqu’on n’a rien à faire ou quand on a échoué ailleurs, il y a des domaines qui exigent un degré de professionnalisme, de compétence, de scientificité, de savoirs, et d’être up-to date pour s’y mouvoir aisément. Et le journalisme culturel est de ces domaines-là.

Rien ne sera plus comme avant

La récréation a trop duré et le temps serait venu pour mettre les imposteurs et aventuriers hors du champ du journalisme culturel et ne laisser que les séniors et premiums à s’occuper de l’art et de la culture dans les médias. L’espoir viendrait donc du ministère des Arts et de la culture (Minac), qui, avec la restructuration des disciplines artistiques et culturelles en fédérations, entraine ipso facto le journalisme culturel dans cette nouvelle donne.

Depuis le 26 août dernier, le ministre Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt et les administratifs vont de rencontre en rencontre avec des artistiques des différentes disciplines pour préparer la Rentrée culturelle et artistique nationale (Recan) qui se tiendra dans les chefs-lieux des régions, du 10 septembre au 1er octobre 2019. Au-delà du côté festif, l’objectif que vise le Minac, à travers la Recan, est d’aboutir au regroupement des disciplines artistiques et culturelles en fédérations. 20 fédérations camerounaises sont envisagées. Il s’agit de : art théâtrale, conte et poésie (Fecatcop) ; art musical (Fecamu) ; danse (Fecada) ; arts de la rue (Fecaar) ; cinématographie et audiovisuel (fecacia) ; arts plastiques (Fecaplast) ; arts visuels et graphiques Fecavigra) ; arts multimédias (Fecamult) ; arts littéraires (Fecal), arts spécifiques (Fecaspe) ; concours de beauté (fecacob) ; arts culinaires (fecac) ; Editeurs (Fecaed) ; artisanat d’art (Fecarti-Art) ; des détenteurs des savoirs immatériels et Arts divinatoires (Fecasiad) ; photographie (Fecaphart) ; médecine traditionnelle et de la pharmacopée (Fecametraphar) ; Bien-être et de l’esthétique (fecabes) ; Jeux traditionnels (Fecajetra) ; Professionnels de l’information et l’Organisation des Savoirs (Fecaprios). A cela, s’ajoutent trois autres fédérations d’enseignements, à savoir : la Fédération culturelle et artistique de l’Enseignement de base (Fenacaeb) ; Fédération nationale culturelle et artistique Enseignements secondaires (Fenacaes) et la Fédération nationale culturelle et artistiques de l’Enseignement supérieur (Fenacasu).

Ceci implique aussi que le temps du désordre est révolu pour céder la place à l’organisation et à la professionnalisation des acteurs culturels et par conséquent des journalistes qui traitent des questions d’arts et de culture. C’est d’ailleurs ce qui ressort de l’audience que Bidoung Mkpatt a accordée le 26 août dernier au Réseau des journalistes culturels conduit par sa présidente G. Laurentine Assiga. Il s’agira pour les journalistes, d’accompagner les artistes, hommes et femmes de culture dans ce processus, qui les mène de la médiocrité à l’excellence. « Si un artiste est populaire, c’est à ce niveau-là qu’il faut prendre ce public, pour qu’avec des objectifs progressifs, on amène l’artiste à arriver au discernement de la beauté. Si vous cassez ça, vous n’avez pas rempli votre rôle », exhortait le Minac. Et pour le faire, il faut que les journalistes culturels eux-mêmes partent de la médiocrité à l’excellence.

G. Laurentine Assiga: « Nous n’allons pas nous limiter aux comptes rendus »

La présidente du Réseau des journalistes culturels du Cameroun prend l’ampleur de la tâche qui incombe désormais aux membres de sa structure.

Qu’est-ce qui se dégage de votre impression au sortir de cette audience avec le Ministre des Arts et de la culture ?

Comme nous l’avons dit lors de la réunion, nous sommes déjà ravis que le ministre ait pensé à notre corps de métier. Vous savez bien autant que moi, que le journalisme culturel fait encore ses pas, étant donné que même dans nos rédactions, c’est parfois la rubrique qu’on met à côté. Mais que les institutions camerounaises prennent ce corps de métier au sérieux, ça nous ravis, parce que c’est un combat que nous menons depuis des années et qui prend corps aujourd’hui ; la prise de conscience est réelle.

Donc, nous avons décidé – c’était déjà notre crédo – de valoriser la culture camerounaise. Et nous allons mieux le faire encore pendant cette rentrée culturelle 2019. Vous avez suivi les échanges qui ont été faits ainsi que les propositions des membres du réseau. Nous sommes là pour poser la culture camerounaise au firmament.

Il est ressorti des remarques des uns et des autres qu’une chose est de se dire journaliste culturel et une autre est de véritablement l’être. Serez-vous à la hauteur des attentes que le ministère met en vous ?

Non, moi, je crois ! C’est un faux débat ! Parce que pour ceux qui, comme moi, travaillent dans ce couloir depuis 20 ans, c’est quand même un background important dans plusieurs corps de métiers artistiques. Et même au sein du réseau, nous organisons des ateliers où beaucoup sont spécialisés en critique de mode, en culture d’art plastique, en critique musicale, en critique littéraire. Donc, je pense que c’est un faux débat ! Et par rapport au rendement qu’ils font sur le terrain … vous avez écouté le ministre, il a dit qu’il sait qu’il a des personnes performantes à ses côtés. Nous sommes à la hauteur. Maintenant, pour ceux qui connaissent des noms qui figurent dans ce réseau.

Comment allez-vous faire pour couvrir la Rentrée culturelle et artistique nationale (Recan) ?

Mais nous sommes plus d’une centaine de journalistes culturels dans le Réseau des journalistes culturels. Nous allons travailler par région. Pour l’instant, nous venons de prendre connaissance des attentes que le ministère a mises à notre endroit.

Mais nous allons toucher tous nos membres qui sont dans les régions pour qu’ils suivent de façon pointue les activités qui seront faites pendant la Recan. Donc, nous n’allons pas nous limiter aux comptes rendus ; il y a plusieurs genres artistiques à promouvoir : les artistes, les acteurs du secteur culturel. C’est une stratégie qui sera mise en place. Permettez-nous de rentrer pour mieux réfléchir.

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