Cameroun: Pétrole, prudence et ambition

Bien que comptant parmi les dix premiers producteurs de pétrole en Afrique au Sud du Sahara, le Cameroun reste, somme toute, un modeste producteur avec 30 millions de barils en 2014. A la fin des années 70, quand jaillissent des fonds marins les premiers barils camerounais, le pétrole représente un enjeu stratégique planétaire. Dans l’imaginaire populaire et même dans la réalité des faits, les pays producteurs sont hissés au-dessus de la mêlée, avec comme effets visibles : l’augmentation immédiate du niveau de vie, l’accumulation facile des richesses, la multiplication des infrastructures de rêve… bref, pétrole rime avec paradis, dans une représentation inspirée des fastes des grands producteurs du golfe persique. C’est le règne tout puissant des pétrodollars.
Le Cameroun, pour sa part, conscient des risques des dérives sociales et économiques liés à cet engrenage chimérique et artificiel, a opté pour la prudence : plutôt que de miser sur le « tout pétrole », en fondant son économie sur cette matière première aux prix volatiles, le gouvernement a opté pour une politique économique basée sur la diversification qui, à ce jour fait du Cameroun une économie stable, performante et dynamique au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Option courageuse, lucide et clairvoyante dans un contexte euphorique. Option gagnante au final ; car même si le pétrole reste la première source de recettes budgétaires au Cameroun (718 milliards de FCFA en 2014), l’instabilité des cours mondiaux expose et fragilise les budgets des pays dépendants. Pourtant, a contrario, la baisse des cours observée depuis juin 2014 ne dégrade pas de façon dommageable les comptes publics du Cameroun ; ce qui permet de maintenir les investissements de l’Etat à des niveaux constants.
Certes, il existe au Cameroun, des indices sérieux de gisements importants.
En attendant, dans la mouvance de son développement économique et social, le pays a entrepris d’optimiser son industrie pétrolière, en procédant à la mise à niveau progressive des installations de la Société nationale de raffinage (Sonara). Au terme de ce chantier structurant, le pays pourra traiter son brut lourd, beaucoup moins cher que le brut léger importé et traité par la Sonara. Autres suites bénéfiques attendues : la sécurisation des approvisionnements en produits pétroliers, l’augmentation des produits d’exportation, l’accroissement des capacités de stockage… L’ambitieux projet de modernisation du schéma de raffinage aura pour conséquences macroéconomiques : une baisse des coûts de production entraînant des économies d’échelle, une réduction considérable du déficit de la balance de paiement et de la balance commerciale; une amélioration de la compétitivité; la création d’emplois. En somme, une contribution notable à l’émergence économique du Cameroun.

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