Cameroun – Perception sociale: Le peuple veut aussi manger

Le citoyen a compris que les parlementaires font mieux que voter les lois et contrôler l’action du gouvernement.Le fait d’être appelé « honorable » ne donne pas droit qu’à la considération et l’estime des autres dans la société camerounaise. Pour ces autres justement, le qualificatif vaut bien plus que la définition du dictionnaire. En effet, le député, et désormais le sénateur aussi, est une personne honorable et doit le prouver par ses bienfaits en direction d’autrui et de sa communauté. N’allez pas dire le contraire à cette vendeuse installée sur le trottoir au quartier Mballa II à Yaoundé.
Dommage que la dame ne connaisse aucun un de ces hommes et femmes qui siègent au Sénat ou à l’Assemblée nationale. Elle serait allée lui dérouler sa litanie de problèmes existentiels. « Ce sont des membres du gouvernement.
Donc si je vois l’un d’eux, je vais lui demander de l’argent pour renforcer mon commerce, pour la scolarité de mes enfants et du travail pour les autres », expose notre vendeuse à qui il est vain de vouloir expliquer le véritable rôle d’un parlementaire : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Elle va même jusqu’à penser que le député ou le sénateur devrait l’aider à résoudre ses problèmes avec le bailleur.
Voilà une représentation que comprend bien Mohamadou Hamadjouldé, étudiant en an thropologie, même s’il ne la partage pas. « Quel que soit le niveau intellectuel et le bagage culturel des individus, il y a cette construction mentale qui s’est installée : le député est quelqu’un auprès de qui on peut trouver de l’aide. Et même que pour certains, il doit apporter l’aide attendue », explique-t-il.
« L’honorable » est donc appelé à donner de l’argent ou à user de son influence, puisqu’il en a, à coup sûr. On parle alors du fameux cachet parlementaire qui, à lui tout seul, résout tant de problèmes. « Tout le monde sait que si un enfant est recommandé dans un établissement scolaire par le député du coin, il sera inscrit, même sans argent.
Vous ferez de bonnes affaires au port de Douala si vous avez la protection d’un parlementaire », confie un opérateur économique.

Objectivité
N’allez donc pas dire au peuple que ses élus ne doivent pas s’occuper de lui. Et même que l’appellation « élu de la nation » ne semble guère convenir à Joseph Tamo Youmbissi, du haut de son master en gestion. Pour ce conseiller en investissement, chaque département a ses élus et doit pouvoir compter sur ceux-ci. Comme il s’agit toujours d’un bien vaste territoire ù vivent plusieurs communautés, c’est à se demander ce que feront celles qui n’auront pas un des leurs qui soit député ou sénateur. En tout cas, M. Tamo Youmbissi soutient que le « bon » parlementaire doit contribuer au bien-être de sa communauté par la réalisation des projets de développement, mais aussi en portant les problèmes des siens devant les instances de décisions de la République. Et s’il n’est pas exclu d’aider des personnes de manière individuelle, cela ne doit en aucun cas prendre le pas sur le rôle originel qui est d’agir pour le bien-être commun, croit savoir M. Tamo Youmbissi.
Pourtant, Claude Abe, sociologue, explique que les élus du peule sont eux la cause des mauvaises représentations qui ont fini par s’enraciner. « Le peuple les attend justement où ils sont. C’est-à-dire avec la nourriture qu’ils avaient donnée pour se faire élire, sur les bénéfices des marchés publics qu’ils font au lieu de fabriquer les lois et veiller au bon travail du gouvernement. Les gens ne sont plus dupes ; tout le monde sait que nos parlementaires profitent de leur statut pour se faire de l’argent. »

Assongmo Necdem

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