Cameroun: Paul Biya remet tout à plat au port de Kribi

La reprise des actifs de Necotrans par le consortium Bolloré ne donne à ce dernier aucun droit sur la concession pour l’exploitation du terminal polyvalent, selon les dispositions de l’appel d’offres.
L’héritage de Necotrans au port de Kribi va être plus difficile à gérer que ne le redoute le consortium Bolloré-APCH-Premium-Privinvest, qui a été désigné vendredi 25 août pour en reprendre les actifs par le tribunal de commerce de Paris. Il comprendra qu’un succès judiciaire dans la capitale française peut ne pas se transformer en victoire commerciale sur les berges de l’océan Atlantique. Le gouvernement n’a pas officiellement réagi à ce développement intervenu la semaine dernière en France et qui est supposé avoir des répercussions dans tous les ports où le groupe français Necotrans possédait des intérêts, y compris au terminal polyvalent du port de Kribi, où il avait été déclaré, avec son partenaire local KPMO, adjudicataire provisoire pour l’exploitation le 26 août 2015. Les conseillers du Président cherchent la meilleure issue pour faire démarrer au plus tôt les activités au port de Kribi, mais il est sûr que Necotrans ou ses repreneurs ne font plus partie des plans à Etoudi. Une clause de l’appel d’offres de recrutement du concessionnaire lancé le 14 août 2014 par le Premier ministre n’avait pas retenu l’attention en son temps mais devient aujourd’hui primordiale. Cette clause dispose que les propriétaires de la société d’exploitation doivent rester identiques durant les dix premières années du contrat de concession. Les experts camerounais avaient voulu prémunir le terminal polyvalent du port de Kribi de l’intrusion d’un prête-nom ou de sa rétrocession à une organisation nébuleuse, qui peut être terroriste ou à visée plus sombre. En vertu de ce verrou, les repreneurs de Necotrans, notamment African Ports & Corridors Holdings (APCH), véhicule d’investissement basé à Maurice et détenu par le groupe d’assureurs sud-africains Old Mutual, n’ont aucun droit de suite à exercer sur la concession du terminal polyvalent. A Etoudi, on conseille de s’en tenir aux dispositions de la lettre du secrétaire général de la présidence de la République signée le 11 juillet. Ferdinand Ngoh Ngoh informait le gouvernement des prescriptions présidentielles demandant de « constater la carence du Groupement Necotrans/KPMO et proposer, par la suite, des solutions alternatives pour un démarrage rapide des activités sur ce terminal. » Pour Paul Biya, c’est exit Necotrans et tout ce qui lui ressemble. La décision de Paris n’est pas celle de Yaoundé. Le chef de l’Etat est d’autant plus ferme sur cette décision que l’esprit de la sentence du tribunal de commerce de Paris ne s’applique pas au Cameroun. Les juges n’ont été motivés que par un souci de préservation des emplois et des droits sociaux des salariés de Necotrans. Pour le port de Kribi, il n’est pas encore question d’emplois à préserver mais d’investissement à réaliser, soit 36 milliards pour la première année. Or, Necotrans s’est révélé, à la suite de ses difficultés, incapable de payer sa part du ticket d’entrée fixé à 20 milliards de FCFA, de mobiliser les frais de première installation et de financer les équipements additionnels pour que le terminal démarre ses activités de manière optimale. Mais il reste que le terminal polyvalent, à la suite de celui réservé aux conteneurs et dont le contrat d’exploitation a été signé avec le groupement BCC le 25 juillet de cette année, doit démarrer ses activités. Le gouvernement dispose désormais sur sa table de trois solutions. La première est une reprise du processus de sélection d’un nouvel opérateur par un appel d’offres ou par une décision souveraine du chef de l’Etat. Cette solution est redoutée par les acteurs portuaires car, elle rallongerait les délais de démarrage des activités du vrac. Le président de KPMO pense qu’on y perdrait deux ans encore. Une procédure de gré à gré serait par ailleurs du plus mauvais effet. L’autre solution consiste à réhabiliter le deuxième au classement de l’appel d’offres lancé en 2014. En effet, si Necotrans/KPMO était arrivé en première position, le philippin ICTSI était juste derrière, suivi par APM Terminals. Lésé sur le terminal à conteneurs, ICTSI trouverait là une belle revanche. La troisième option est de permettre au port autonome de Kribi de commencer les activités du terminal polyvalent en régie grâce à l’appui d’un partenaire technique. Lors de l’accostage du premier navire commercial, le 22 juin de cette année, le port autonome de Kribi avait sollicité l’appui de l’APM (Agence des prestations maritimes) pour la manutention du Medi Lisbon, un vraquier. L’opération avait été réalisée avec succès pendant une semaine à quai nécessaire pour embarquer 27 000 tonnes de copeaux d’hévéa. Conformément à ses statuts, le PAK peut donc requérir les services d’un partenaire technique expérimenté pour lancer les activités du terminal polyvalent. Le PAK en a besoin pour répondre aux demandes d’infrastructures portuaires afin d’accueillir les équipements lourds nécessaires à la préparation de l’organisation de la CAN 2019.

Parfait N. Siki

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