Société

Cameroun – Patrimoine : Un avant-goût du rendez-vous de Paris

L’institut français de Yaoundé accueille une exposition de préfiguration de la saison culturelle camerounaise prévue dès avril en France. Elle donne à voir la pluralité des traditions du pays tout en soulignant les enjeux de leur conservation.

On se croirait dans une cuisine. Celle du village et ses murs en terre battue. Une poule y est attachée à l’entrée. Sur le sol de la cuisine tapissée de sciure de bois, on trouve un mortier et une pierre à écraser dans un coin. A l’autre bout, un séchoir est attaché au-dessus d’un semblant de feu de bois. Un régime de plantain encore tout vert complète ce décor qui plonge les visiteurs dans l’ambiance si particulière des villages camerounais. Nous sommes pourtant à l’Institut français antenne de Yaoundé, en plein cœur de l’Avenue Kennedy.

Depuis le 10 janvier s’y déroule « Sur la route du Quai Branly du visible à l’invisible », une exposition de préfiguration de la saison culturelle camerounaise annoncée à Paris du 5 avril au 22 juillet 2022 et organisée par La Route des Chefferies, un programme de développement culturel et touristique innovant.

Présidé par l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, le vernissage a eu lieu mardi 11 janvier devant un public de grand jour qui se marchait presque sur les pieds. Une délicieuse mise en bouche à laquelle ont pris part, plusieurs chefs traditionnels des quatre aires culturelles du Cameroun. Elle a été marquée par des temps forts. Notamment, le dévoilement de l’exposition. Le hall de l’Institut français a été reconfiguré à cette occasion. Une scénographie originale et digne d’un musée d’art. La beauté de l’exposition se trouve autant dans la composition et le choix des objets exposés. Un travail conçu par Sylvain Djache Nzefa, commissaire général de l’exposition, Stéphanie Dongmo, commissaire associée.

Masques

L’exposition de l’Ifc-Yaoundé permet au public camerounais de comprendre, visualiser et saisir les enjeux de la tenue d’une saison culturelle camerounaise à Paris. « Dans le cadre de cette saison culturelle, nous avons pris l’engagement de cocréer, avec le Musée du quai Branly (MQB), une exposition du 5 avril au 17 juillet 2022 à Paris, sous le titre « Sur la route des chefferies du Cameroun, du visible à l’invisible ». Cette exposition arrive dans le contexte particulier de la restitution des œuvres d’art à certains pays d’Afrique », renseigne Stéphanie Dongmo.
«Au musée du Quai Branly, nous aurons une grande exposition sur près de 2000m2. C’est la grande saison culturelle camerounaise, un moment important parce qu’elle va faciliter la reconnexion de la diaspora avec sa culture, une reconnexion des camerounais avec sa diaspora mais aussi elle va mettre en exergue les talents créatifs que le Cameroun a sur le plan culturel dans le monde. C’est aussi une occasion de donner un aperçu des trésors de nos chefferies. Le Cameroun est une symphonie africaine avec de nombreuses innovations. Pour cette exposition dans la capitale française, nous allons nous appuyer sur la diversité du Cameroun », explique Sylvain Djache Nzefa, architecte et directeur de La Route des Chefferies.

Le patrimoine et l’héritage camerounais dans les domaines de la littérature, la gastronomie, la photographie, le cinéma, la danse, l’artisanat, etc, sera en vedette sur la scène parisienne. Des « talents créatifs » à l’honneur. Couturier du patrimoine africain, Imane Ayissi est le talent créatif mode de cette exposition. Il présentera son travail pour la valorisation des tissus purement africains. En littérature, c’est Djaïli Amadou Amal, Prix Goncourt des lycéens 2020 qui est la figure littéraire choisie pour ce projet. Le patrimoine musical sera exploré à travers les chants lyriques ekang de Jacques Greg Belobo, 1958, l’album de Blick Bassy sur les figures de la lutte de l’indépendance du Cameroun et Kareyce Fotso en « Carte Blanche ».

Parade

250 objets d’art collectés auprès de 37 chefferies seront exposés à Paris. Mardi dernier à l’Ifc, l’un de ces objets était au centre des attentions. Le masque Tukah du peuple Bamendou, une des chefferies de l’arrondissement de Penka-Michel dans le département de la Menoua, région de l’Ouest. Le masque Tukah est une sculpture de bois rare datant du 18ème siècle. Objet emblématique de la chefferie Bamendou où il est exhibé lors des grands événements. Le masque Tukah était exposé dans une sorte de case peinte aux couleurs du toghu, une tenue traditionnelle des grassfields. « Ces objets sont en route pour Paris où ils seront exposés. Nous sommes très heureux de ce travail collaboratif pour la valorisation de la culture et du tourisme camerounais », a souligné l’ambassadeur de France au Cameroun.

« Nous voulons par cette exposition toucher une diaspora camerounaise et africaine d’Europe, les 2ème et 3ème générations de Camerounais installés à l’étranger, souvent déconnectées de leurs racines, et encourager chez eux un processus de réappropriation de leurs valeurs identitaires. Nous voulons aussi montrer au monde que le Cameroun regorge d’une multitude de richesses culturelles qui méritent d’être mises en lumière, d’un patrimoine riche et vivant, tout en encourageant le dialogue interculturel fondé sur le respect de l’altérité. Nous voulons, enfin, inscrire la Route des chefferies et son modèle unique, dans l’environnement muséal et culturel international. », précise Stéphanie Ndongmo.

A Paris, l’un des moments participatifs de cette saison culturelle sera sans doute « La parade des civilisations du Cameroun ». Sylvain Djache Nzefa présente les contours. « La parade royale des civilisations est un autre temps fort de cette saison culturelle. Sur son parcours, nous allons traverser les grands monuments culturels de Paris : la Tour Eiffel, la Seine, la place de la Concorde, etc. Les jardins du théâtre de Paris qui jouxtent ceux du palais de l’Elysée, seront le point de chute. Là, va se tenir le 8 juillet, la nuit des chefferies. Elle sera marquée par une représentation d’une quarantaine de danses patrimoniales des quatre aires culturelles du Cameroun », dévoile le commissaire général de l’exposition.

Elsa Kane / 237online.com

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