Cameroun – Nigeria: Le barrage de Lagdo, nouvelle pomme de discorde

Barrage de lagdo

Pour dissiper cette situation, les deux pays ont signé un protocole d’accord portant sur la consultation technique relative à la gestion des ressources en eau du bassin de la Bénoué.
Au cours de la visite d’Etat que le président camerounais Paul Biya vient d’effectuer au Nigeria du 3 au 4 mai 2016, le point 21 du communiqué final indique la signature de deux accords entre les deux pays. Le premier porte sur un protocole d’accord relatif à la consultation technique pour la gestion des ressources en eau dans le bassin de la Bénoué. Le deuxième qui est un accord sur le commerce tend à renforcer la coopération entre les deux pays voisins, tant il est vrai que le Nigeria occupe une place prépondérante dans les changes commerciaux formels du Cameroun. L’accord commercial entre les deux pays ne changera pas de sitôt le poids de l’un ou de l’autre acteur économique. Une spécialisation du Cameroun pourrait faire tirer simplement un avantage majeur avec le marché nigérian constitué de près de 177,5 millions d’habitants en 2014. L’urgence dans la relation repose sur la gestion des conséquences de la construction du barrage de Lagdo. C’est l’Hebdomadaire « L’œil du Sahel » qui avait relevé « Les colères du Nigeria contre le Cameroun », le 17 août 2015, quelques jours après la visite au Cameroun de Muhammadu Buhari, président de la République fédérale du Nigeria, du 29 au 30 juillet 2015. Dans la liste des colères du Nigeria, l’Hebdomadaire très introduit sur l’actualité des trois régions septentrionales du pays informe qu’un sujet de controverse dans cette relation est le barrage de Lagdo. Suivant les informations de l’agence nationale de gestion des urgences (Nema) relayé par « L’œil du Sahel », « le barrage de Lagdo libérerait de l’eau dans la rivière Bénoué jusqu’en novembre 2015, pour réduire une accumulation trop importante ». Face à cette situation, « l’agence a averti les populations de rester en alerte et prêtes à évacuer» en cas d’inondations. Selon la Nema, en 2012, des inondations avaient causé la mort de 30 personnes et provoqué le déplacement de 120 000 autres dans les zones touchées du Nigeria. D’après les mêmes sources, «les inondations de 2012 avaient causé des dégâts de l’ordre de 71 millions de Nairas, soit environ 209 millions FCFA. Certains parlementaires nigérians n’avaient pas alors manqué de réclamer que la note soit payée par le Cameroun. Les deux pays vont finalement trouver un compromis en 2013, sur un partage d’informations
qui permettrait au Nigeria de se préparer en cas de manœuvres au barrage de Lagdo. Avec la dernière menace qui a eu lieu en août 2015, le protocole d’accord sur la consultation technique pour la gestion des ressources en eau du bassin de la Bénoué doit donc faire bouger les lignes pour cette infrastructure indispensable sur la stabilité énergétique du Cameroun. Le barrage de Lagdo, situé sur le fleuve Bénoué à 50 kilomètres de Garoua, a été construit de 1977 à 1982, grâce à un financement de la Chine. Pour ce qui est de l’accord Commercial, son importance revêt un caractère particulier dans un contexte marqué par la faiblesse des échanges intra-communautaires dans la Cemac. D’après les informations datées de juillet 2015, «le Nigeria occupe le podium devant la France et la Chine, avec près de 4000 milliards de FCFA d’échanges en moyenne chaque année. Tendance qui connaît une baisse à cause de la crise sécuritaire qui secoue la frontière entre les deux pays » explique Espace PME Cameroun, un cabinet conseil stratégie et management des PME, qui note aussi que depuis avril 2014, un accord de libre échange lie le Cameroun au Nigeria. « S’il a intensifié les échanges entre les deux pays, il a surtout permis au Cameroun d’améliorer sa balance commerciale jusque là largement en faveur du Nigeria. En effet, selon une étude de la Banque Mondiale en 2012, le volume des produits nigérians importés par le Cameroun s’élevait à 58%, contre seulement 8% pour les exportations camerounaises » souligne l’équipe conduite par Fabrice Tchamba Tchatat. Pour ce qui est de la structure des échanges, le Cameroun exporte essentiellement des produits agricoles, agroindustriels, les services, les produits textiles, la savonnerie et l’artisanat alors que le Nigeria inonde le Cameroun de produits pétroliers et manufacturés.

Pierre Nka

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