Cameroun : Nécrologie : Ze Bella, l’un des leaders des Golden Sounds est mort

Zé Bella

Excellent batteur et parolier, le chanteur Ze Bella est décédé le 15 janvier des suites de maladie. Il avait 70 ans.

La nouvelle est tombée comme un couperet. Jean Paul Ze Bella n’ est plus. Le chanteur a été terrassé par une maladie qui le rongeait depuis quelque temps. Son corps a été mis à la morgue du Cefta en attendant la date de ses obsèques. Au sein de sa famille nucléaire et artistique, la consternation est grande. Ze Bella était une grande figure de la musique ayant connu un beau succès dans les années 80-90. « On perd, avec sa disparition, un authentique musicien, en l’occurrence quelqu’un qui écrit et joue la musique. Et qui est tout à l’aise pour des interprétations libres de toutes conventions écrites », explique Joseph Owona Ntsama, critique et chroniqueur musical.

Le choc est rude pour ses compagnons de scène. Notamment les anciens membres du  » Golden Sounds » qu’il a fondé dans les années 80 : Guy Dooh, Emile Kojidie ou encore Annie Anzouer avec qui il a souvent formé un duo mémorable. « Je n’ai pas beaucoup de force ce soir [le 15 janvier NDLR], car je vois défiler le film de mon début de carrière depuis que j’ai appris la nouvelle de sa mort. Joh comme on l’appelait, va en paix. Je suis moralement épuisée. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il était un grand artiste. Il était un excellent batteur. Je nous revois à Strasbourg. Je nous revois dans les tournées. Voilà ! Dieu en a décidé ainsi. Va en paix », a réagi Annie Anzouer qui chante aux côtés de Ze Bella dans les inoubliables « Un bébé », « Maladie difficile à soigner ». « C’est avec un cœur lourd que nous avons appris la nouvelle de la disparition de notre icône de la musique Ze Bella surtout venant après toutes les autres morts qu’on a enregistré Ekambi Brillant, Penda Dalle, Apache Ango… J’ai rencontré Ze Bella il y a de cela un mois, il avait l’air bien portant, vous imaginez la tristesse. C’est une série très noire qui se poursuit. Et à un moment, on se demande qui sera le prochain. La Sonacam est vraiment éprouvée, sidérée même de la mort de notre grande icône Ze Bella. Puisque tout le domaine est touché, les artistes se demandent ce qui se passe? Nous allons travailler avec la famille et L’État pour s’assurer qu’il ait des obsèques dignes. Nous sommes vraiment dépassés. C’est un mort de trop et nous prions pour que les actions menées pour assurer une bonne sécurité sociale pour les artistes et l’assurance maladie soient concluantes. Nous avons commencé les négociations avec la CNPS », a réagi Ateh Bazore, le PCA de la Sonacam,

Garde Républicaine

Chanteur à la voix suave, Ze Bella savait éveiller la sensibilité du public par ses mélodies envoûtantes pleines de lyrisme. Il commence la musique comme batteur dans les années 70 à la Garde Républicaine. Il sera recruté quelques temps plus tard dans l’orchestre à l’initiative du colonel Kalkaba Malboum à l’époque, jeune sous-lieutenant. Avec certains de ses camarades de promotion, il fonde au début des années 80, le groupe  » Les Golden Sounds » avec lequel il écrira des belles pages de la musique camerounaise. « Ze Bella était le leader naturel du groupe. Leader au plan artistique, s’entend bien, car il était un bon auteur-compositeur interprète. Bien que batteur attitré, il était également un excellent chanteur et un formidable danseur, sans négliger ses grands talents de parolier. Autant d’atouts qui l’ont naturellement imposé à la tête de ce groupe très populaire entre les années 80 et 90 », relève Lazare Etoundi, journaliste principal à la CRTV.

Allant dans le même sens, l’écrivain Arol Ketchiemen auteur du livre « Les icônes de la musique Camerounaise », souligne que. « Zé Bella avait cette particularité de transmettre beaucoup d’émotions en chantant. Ce qui donnait une certaine profondeur nostalgique aux chansons. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les titres “Maladie difficile à soigner”, “ Un bébé”. Zé Bella se laissait littéralement habiter par les chansons », précise l’homme de culture. Il souligne la complicité artistique entre Ze Bella et Annie Anzouer qui a aussi grandement contribué au succès des « Golden Sounds ».
« Sa complicité avec Annie Anzouer est aussi liée au fait que les chansons sur lesquelles ils ont performé nécessitaient d’incarner des moments d’émotion. Mieux des instants de fusion », précise Arol Ketchiemen. Avec des titres comme  » Casque colonial »,  » This grounds »,  » Je cherche Makrita » et  » Zangalewa » leur plus grand succès.

Shakira

Ze Bella chantait pour la paix, l’amour et la fraternité. Les causes des femmes lui tenaient aussi à cœur. « Au plan artistique, la chanson populaire était le genre privilégié par les Golden Sounds , avec des rythmes cadencés, très dansants, bien animés avec des mises en scène spectaculaires dans des costumes haut en couleurs. » explique Lazare Etoundi. Excellentes capsules, les clips de Golden Sounds complétaient les messages des chansons. « Les textes étaient simples, sans être simplistes et les messages véhiculés touchaient directement les masses, car portant sur les préoccupations quotidiennes avec les termes et expressions ordinaires. C’est un groupe qui a brillé dans l’animation de presque toutes les cérémonies publiques où la solennité était de mise. En même temps que la sonorisation de l’événement officiel était bien assurée, l’animation des intermèdes était remarquablement bonne. À la Télévision nationale, d’abord la CTV à l’époque, puis à la CRTV, leurs vidéogrammes passaient en boucle avec le même plaisir au cours de la grande émission de variétés qu’était TELEPODIUM ».

En 2010,  » Zangalewa » est reprise par la chanteuse colombienne Shakira qui en fait l’hymne de la coupe du monde en Afrique du Sud. Surfant sur cette vague, Ze Bella tentera un retour au-devant de la scène avec une autre belle mélodie en hommage aux femmes. Mais l’engouement n’était plus le même pour l’artiste. « En réalité, les Golden Sounds avaient mis la barre haute et il était très difficile pour lui d’avoir une carrière Solo à la dimension de ce qu’il connut par le passé. Pour mener une belle carrière Solo à ce moment-là, il lui aurait fallu se réinventer », explique l’écrivain. Aujourd’hui les chansons de Ze Bella sont des classiques. Elles continuent d’inspirer des artistes à travers le monde. Très aimé du public, le natif de Sangmélima aVAIT reçu le titre de  » Zomlo’o » par la communauté mvele dans la Méfou-et-Afamba.

Elsa Kane / 237online.com

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