Cameroun – Migration vers le numérique: Issa Tchiroma Bakary sous les feux d’accusations de corruption

Dans le cadre du processus de migration du Cameroun vers la télévision numérique terrestre (TNT) en juin 2015, le ministre de la Communication est soupçonné, entre autres, d’avoir perçu des pots-de-vin pour imposer la société chinoise « StarTimes » chargée de mener le processus.[pagebreak]A peine le projet de loi sur l’activité audiovisuelle au Cameroun défendu par Issa Tchiroma, le ministre de la Communication (Mincom), a-t-il été adopté le 6 avril 2015 par le Parlement qu’une pluie de graves accusations tombe sur lui. Au sein même de Cam-DTV, la structure camerounaise qui suit le processus d’arrimage à la télévision numérique terrestre (TNT) depuis le début, l’on accuse le Mincom d’avoir usé d’un « faux prétexte » consistant à dire que la Crtv est la seule entreprise qui sera à la fois « producteur, agrégateur et en même temps diffuseur ». Pour le camp accusateur, Issa Tchiroma fait mine d’oublier que le document de stratégie de la TNT adopté par le gouvernement en 2012 indique pourtant que la composante « diffusion » ne sera pas dévolue à la Crtv.
Pour comprendre pourquoi il y a une levée de boucliers au sujet du monopole de la Crtv dans la distribution et la diffusion de la TNT, il faut remonter jusqu’en 2012. Cette année-là, raconte une source, le porte-parole autoproclamé du gouvernement conduit une mission en Chine dans le but de rencontrer les responsables de Huawei, une entreprise chinoise qui a fait une offre de réhabiliter la Crtv et de conduire la migration vers la TNT. Pour ce dernier volet, Huawei fait un devis de 172 milliards de FCFA.
Issa Tchiroma se retrouve donc en Chine flanqué de MM. Amadou Vamoulké, (DG de la Crtv), François Bolvine Wakata (coordonnateur de Cam-DBS), Mezon Melouta, Jean Tobie Hond (chef de la division juridique au Mincom, Mbock (sous-directeur à la direction des TIC) et Ngami (sous-directeur des équipements et de la production à la Crtv). Selon le récit qui est fait de ce périple, le ministre de la Communication aurait rencontré par hasard dans le hall d’un hôtel des responsables de deux autres compagnies : ZTE et Startimes. Durant ce séjour en Chine, le chef de la délégation camerounaise développe une curieuse proximité avec Startimes au point de remettre en question les accords de principe déjà établis avec Huawei. D’aucuns parlent de pots-de-vin qui auraient fait leur effet.
De retour au Cameroun, M. Tchiroma ne tarit pas d’éloges sur Startimes, sous prétexte que la TNT n’est pas le cœur de métier de Huawei. Startimes est finalement choisie pour achever le projet de mise en concession et de l’exploitation de la Crtv pendant 30 ans dans le cadre de la TNT pour un montant de 183 milliards de FCFA. « En permettant à la Crtv de ne jamais être éligible à la séparation, cette chaîne nationale sera au contrôle isolée, et les Camerounais seront plus que jamais divisés en deux : ceux qui, de moins en moins nombreux, regarderont son bouquet et ceux du multiplex privé qui, selon les tendances lourdes de la TNT, seront de plus en nombreux », fulmine une source proche du dossier.
La même source accuse le Mincom et son partenaire chinois de vouloir faire du commerce uniquement dans les grandes villes où ils peuvent faire des bénéfices. D’où l’option de faire la TNT à Douala et Yaoundé, en négligeant les autres régions. En outre, enrage un habitué des couloirs de la Primature, « le schéma machiavélique du Mincom vise à imposer au Cameroun une entreprise qui va monopoliser tout l’audiovisuel national, en laissant à l’Etat une ou deux chaînes, vendre des programmes chinois aux Camerounais, en prenant gratuitement toutes les fréquences de l’Etat, vendre aux Camerounais des décodeurs qu’il va faire subventionner directement ou indirectement par l’Etat, empêchant les autres opérateurs camerounais d’avoir accès auxdites fréquences.
« Repères » s’est rapproché du ministre en charge de la Communication ce 7 avril 2015. Face à toutes ces accusations, M. Issa Tchiroma répond que « tout ce qu’on raconte n’est qu’un tissu de mensonges » et que « ce partenaire [Startimes] a été choisi par le chef de l’Etat-lui-même ». Le Mincom jure qu’il n’a pas perçu un « kopeck ».

Sylvain Andzongo

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