Après avoir démarqué la frontière entre la réhabilitation de la Crtv et la , le chef de l’Etat a instruit que le marché soit confié à StarTimes.Depuis l’épisode de l’amendement de la loi sur l’audiovisuel numérique, les langues se délient. Pendant que certains contestent le choix du prestataire chinois StartTimes ainsi que la consistance des travaux à lui confiés, le Mincom rejette la responsabilité sur la présidence de la République. «Le choix de StarTimes n’est pas délibéré, confie Félix Zogo, conseiller technique du ministre de la Communication. C’est une instruction de la hiérarchie. Il ne nous revient pas d’en discuter, nous nous en tenons à l’instruction que nous avons reçue», poursuit-il. En fait d’instruction, elle fait suite à une correspondance du Premier ministre datée du 3 novembre 2014 relative à la réhabilitation technique de la Crtv. Dans cette lettre, le chef du gouvernement sollicite du chef de l’Etat, un accord afin d’attribuer le marché à l’entreprise chinoise au terme d’une réunion interministérielle houleuse. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence de la République (Sg-Pr) répercutera au secrétaire général des services du Premier ministre ce qui suit le 8 novembre : «j’ai l’honneur de vous notifier, pour la haute attention du Premier ministre chef du gouvernement, l’accord du président de la République pour l’attribution du marché relatif à la réhabilitation technique de la Crtv à l’entreprise StarTimes, au montant de 110 milliards de Fcfa, et pour l’ouverture des négociations avec cette entreprise sur la concession d’exploitation résultant de ce marché», peut-on lire dans la correspondance du Sg-Pr.
Du coup, pour Félix Zogo, au sens de cette instruction de la présidence de la République, le marché de réhabilitation de la Crtv concerne également la construction des 38 centres de diffusion de l’office. «La Crtv dispose de 38 centres de diffusion actuellement et dans le cadre du projet de redynamisation de la communication dans les zones frontalières (Redcom Zoft), l’on va construire 14 autres centres, ce qui fait un total de 52 centres. Donc on ne peut pas réhabiliter la Crtv sans parler de construire ces centres ; il y a d’autres centres qui doivent être construits dans le cadre de la migration, ceux-là, si le Cam Dtv veut les construire, c’est leur droit», indique-t-il. Pourtant, si l’on se réfère à une instruction du chef de l’Etat datée du 29 août 2013, ce volet revient au Cam Dtv. «Tous les aspects relatifs à la migration numérique qui sont traités au niveau du comité Cam Dtv placé sous l’autorité du Premier ministre, chef du gouvernement, toutes les demandes sans rapport direct avec la réhabilitation des équipements techniques (bâtiments additionnels, voies d’accès et autres infrastructures), et toutes les mentions relatives aux contenus et l’offre de programmes», instruit le président la République.
Des sources proches du dossier confirment effectivement que c’est la primature, au terme d’une réunion au mois de novembre, qui a saisi la présidence de la République pour attribuer le marché à StarTimes. Mais à l’Agence de régulation des marchés publics (Armp), l’on indique que l’enveloppe du marché était sous-évaluée. «A moins que Huawei, le concurrent de StarTimes, n’ait délibérément voulu perdre ce marché, nous avons estimé qu’avec 62 milliards de Fcfa de différence, l’offre de StarTimes cachait des coûts non-révélés», souligne une source à l’Armp. Ferdinand Ngoh Ngoh va cependant insister pour que le marché soit exécuté dans les frontières de l’offre financière du soumissionnaire approuvée par le gouvernement. D’autre part, il prescrit le respect du cahier de charges et des règles de l’art dans sa réalisation. «L’offre est de 110 milliards de Fcfa et ne sera pas majorée d’un iota ; si StarTimes le fait, nous n’allons pas soutenir cela», se défend-on au Mincom. Ce qui va amener Louis Paul Motaze, secrétaire général des services du Premier ministre et président du comité de pilotage du Cam Dtv, à adresser une correspondance au ministre de la Communication le 18 novembre 2014, aux fins d’attribuer l’exécution du marché à StarTimes suivant le «très haut accord du président de la République». «Nous ne pouvons pas recevoir d’autres offres parce que cela est contraire à l’instruction que nous avons reçue», affirme-t-on au Mincom.
Pourtant des sources proches du dossier indiquent l’offre de StarTimes est plutôt de 183 milliards de Fcfa. «Ils ont fait une offre additionnelle d’environ 70 milliards de Fcfa, qu’il ne faut pas confondre avec le marché initial qui est de 110 milliards de Fcfa et qui ne bougera pas. Les Chinois ont le droit de solliciter d’autres opportunités ici au Cameroun s’ils veulent mais il y a des choses qui ne sont pas de notre ressort ; donc, les 183 milliards de Fcfa ne sont pas le chiffre du marché sur la réhabilitation de la Crtv», indique le conseiller technique du Mincom qui affirme cependant que les Chinois peuvent solliciter un avenant à ce marché si cela est nécessaire. Pour ce qui concerne la concession, le ministère de la Communication indique qu’il n’a pas encore examiné l’offre de l’opérateur chinois qui semble non-conforme aux intérêts du Cameroun. «Lorsque les Chinois ont déposé chez nous, elle a fait l’objet d’un laminage à commencer par les collaborateurs du ministre de la Communication», plaide-t-on au Mincom.
Pierre Célestin Atangana





